mercredi 18 septembre 2019

J'ai 10 ans

C'était un vendredi je m'en rappelle comme si c'était hier.

Pile une semaine avant la fin de l'année universitaire.

Je m'étais dit à l'époque que si j'étais thèsée ils étaient obligés de me valider mon année. Imaginez le tableau t'es docteur mais non tu redoubles. ("Chez nous" dans notre fac c'était possible).

J'avais fait un détartrage à ma sœur à l'hôpital avant de repartir à la fac, elle avait hurlé comme un cochon qu'on égorge. Mes camarades étaient venus me voir "qu'est ce qui se passe ?". 10 ans plus tard ses dentistes "s'amusent" toujours avec elle. Je lui ai détecté une carie qui finira en grosse urgence lors de sa première grossesse (5 ans plus tard ...) (ne jamais remettre au lendemain ...).

Pour me détendre on avait regardé ma série préférée de l'époque (gossip girl) (xoxo) dans le grand amphi. Histoire de vérifier que mon Toshiba préhistorique fonctionnait bien (c'était le cas).

C'est elle qui m'avait aidée pour le powerpoint. Il était bien mieux que ma thèse "tapée" sur word 97 (dont la numérotation automatique n'avait rien à envier aux versions ultérieures).

Il y a 10 ans entre rires et larmes je soutenais ma thèse.

Aujourd'hui en recevant un patient que j'adore mais qui est tellement démuni qu'il me démunit moi aussi j'ai repensé au serment que j'ai prêté entre rires et larmes (l'émotion imprévisible).

J'ai l'impression que c'était hier, ces dix dernières années sont passées en un clin d’œil. Depuis j'ai changé de ville, de mec, eu 2 enfants.

"Pas sûre qu'il y ait autant de changements dans les 10 prochaines années" me disait ma collègue  ce midi.

Travail oblige, le champagne ne coulait pas à flot aujourd'hui mais j'ai repensé avec le sourire à cette journée qui a été un des tournants de ma vie.

Le choix que j'avais à l'époque sur mon lieu d'installation me paraissait vertigineux, comment choisir ? 

10 ans après je sais qu'on est pas obligé de travailler toute sa vie au même endroit, qu'un choix n'est jamais définitif.

En 10 ans j'aurais travaillé dans 8 cabinets différents (remplacements inclus), 5 départements, 5 inscriptions au tableau. Pour finalement revenir dans le premier département (mais pas le même cabinet) par le plus grand des hasards !

Il y a 10 ans je passais ma thèse et je faisais l'acquisition de me première voiture. A l'époque je commençais une collaboration qui me m'obligeait à rouler 70 km par jour. J'ignorais alors que j'allais rencontrer un "parisien" et laisser ma voiture au garage (chez sa mère ;)  pendant 5 années.

10 ans après malgré les photos de mes enfants accrochés sur les murs on me demande encore si j'ai 25 ans.

Je réponds en souriant.

Je suis bien contente du chemin parcouru.



samedi 6 juillet 2019

Doit- t'on être reconnaissant pour un professionnel qui a juste fait son "travail" ?

A l'heure de quitter l'équipe enseignante qui a encadré ma fille ces 2 dernières années, je n'ai pu m'empêcher de verser une larme et d'exprimer ma gratitude pour leur bienveillance envers ma fille.

Certains m'ont dit que j'étais folle d'être aussi émue, elles n'ont "fait que leur boulot".

Pourtant on a tous eu envie de prendre les bras celle qui nous a aidé à accoucher et qui nous a tendu dans le bras notre enfant tout neuf.

Ou celle caresse le bras de votre fils en lui posant sa perf' d'antibiotiques. 

Parfois on m'offre des cadeaux, des fleurs, des chocolats.

Parfois on m'arrête au rayon huiles et assaisonnements de mon hypermarché pour me dire que ça y'est la prothèse complète tient et que les repas sont redevenus un plaisir.

Parfois j'ai l'impression de n'avoir rien fait de spécial "juste mon travail" et la patiente sourit à nouveau.

Parfois j'ai l'impression de m'être donnée à 100 % et rien ne va. 

Parfois on veut me payer plus parce que j'ai passé toutes ces heures sur ce traitement canalaire pour enfin en voir le bout.

Parfois l'enfant se débat sur le fauteuil et le parent sort et part sans même payer la consultation.

Parfois on m'offre une paire de chaussons taille naissance tricotée main pour me souhaiter une bonne continuation.

Parfois on me reproche justement de partir en congé maternité et de quitter le cabinet alors que personne ne vient prendre ma place.

Parfois on me dit "avant j'avais peur du dentiste mais ça c'était avant".

Parfois on me dit qu'un détartrage c'est trop cher alors que j'y ai passé 30 minutes (pour 28,92 euros).

Et puis il y a ce patient qui arrive et qui d'une phrase illumine toute la journée, et efface les ingratitudes entendues plus tôt.

C'est juste un petit mot, MERCI.

lundi 8 octobre 2018

Nouveau rythme

Il y a eu la rentrée sur les chapeaux de roues comme l'an passé. Après les mois d'été calmes où j'ai pu prendre les patients lors de longues plages horaires. Profiter de ceux qui peuvent venir pendant que d'autres sont en congé avant de partir soi-même en congé.

Puis les vacances tant attendues mais qui paraissent toujours trop longues pour les patients pour qui le cabinet est resté fermé pendant ce temps (un jour peut-être nous prendrons un remplaçant mais qui a envie de travailler 2 ou 3 semaines sans assistantes qui elles aussi ont bien mérité leur vacances ?).

Elle me paraît loin cette période où je ne me levais pas les matins où je ne travaillais pas. Je gardais alors ma fille à la maison avec moi. Depuis entre l'école et le samedi matin au cabinet, je n'ai plus que mon dimanche matin où je peux espérer grappiller un peu de repos (c'est à dire rester au lit jusqu'à 8h, le maximum pour un bébé de 18 mois ou presque qui aime bien manger tous les jours à la même heure).

Le nouveau rythme c'est aussi une nouvelle organisation avec 2 assistantes au cabinet dont toujours au moins une qui peut nettoyer/préparer/encaisser pendant que je termine. 
Dans mon ancienne vie j'étais contente d'avoir 5 minutes de battement, j'étais même obligée de m'organiser pour pouvoir moi-même/seule nettoyer/préparer/donner les prochain rendez-vous/encaisser. Je prenais moins de risques niveau timing pour ne pas être en retard (j'ai horreur de ça !).

Là j'avoue qu'entre le délai pour les prochains rendez-vous, j'ai envie d'avancer plus vite, tout en le faisant bien, et j'essaie de faire le plus de soins possibles dans une séance, même si ça signifie avoir parfois (souvent ?) 5 minutes de retard.

En semaine ça coule tout seul, mais le samedi matin c'est une vraie séance de cardio (le secret de ma ligne ?), je dois tout faire toute seule, j'ai toujours un patient qui me dit "on a le temps détends ton corps". 

Certains samedi tout roule sans problème, puis il y a ceux où tous les patients vont arriver en retard alors que je suis en avance, ou celui où je n'ai même pas le temps d'aller aux toilettes 2 minutes et où arrive l'urgence qu'on ne peut pas refuser.

Bref je ne m'ennuie pas !

mercredi 22 août 2018

Tétris

J'avais beau travailler en Seine Saint Denis (93), département (un peu) plus lésé niveau démographique par les professions médicales,  je n'ai jamais dépassé les 15 jours de délai pour un rendez-vous (mis à part le samedi matin bien sûr et certains créneaux prisés). 

En changeant de région et de cabinet, j'ai découvert ce que c'est de travailler dans une zone sous-dotée. Et encore nous ne sommes pas dans un vrai désert médical ! (Malgré que ce soit assez folklorique ici pour prendre rendez-vous avec un dermatologue).

Très vite (avant d'ouvrir l'emploi du temps pour la prise de rendez-vous) j'ai du choisir entre donner plusieurs rendez-vous par patients d'avance, ou ne donner qu'un rendez-vous à la fois pour les soins.

Chaque méthode a ses partisans.

Les premiers se rassurent que les patients ont leur liste de 10 rendez-vous donc qu'ils sont assurés d'avoir leurs soins dans un délai donné.
Les deuxièmes assurent que si un rendez-vous est manqué/annulé/déplacé, il faut tout réagencer.

Je n'ai jamais voulu travailler avec 3-6 mois d'attente. Déjà 1 mois cela me paraît énorme et inconcevable.
Bon moins inconcevable depuis que je n'en ai pas le choix.

Dès le feu vert administratif de l'ordre et la CPAM pour commencer à travailler (oui même si on a un fauteuil, 2 bras libres, si on a pas les papiers on est bloqués, c'est merveilleux n'est-ce pas?), nous avons ouvert l'emploi du temps.

Sachant qu'il y avait déjà une soixantaine de patients en attente. 60 patients sur des créneaux de 30 minutes à raison de journées de travail de 9 h et de semaine de 35h, ça remplissait déjà un bon mois.

L'assistante était toute contente elle les avait tous casés.
Et moi je l'ai regardée et je lui ai dit mais je fais comment pour les revoir ? Je les mets où ensuite ?
(Oui elle n'avait laissé aucun créneau libre même pour une urgence ...).

On s'est arraché un peu les cheveux, j'ai mangé un peu plus rapidement, dormi très bien (et très tôt) et entre on a tout revu.

Depuis j'ai 3 créneaux par jour pour des urgences. Créneaux qui ne sont donnés sous aucun prétexte à l'avance (au mieux la veille).

Et j'ai mes créneaux réservés (la moitié des rendez-vous de la journée à des horaires stratégiques) que je garde pour les patients que je suis, les soins à finir, la prothèse ... 

L'assistante n'a pas le "droit" de me voler ces créneaux. Ce qui allonge le temps d'attente pour les nouveaux patients, ou ceux qui ne sont pas venus depuis longtemps. (En moyenne un gros mois, voire 2 pour les mercredis et les rendez-vous du soir). 

Après presque un an à travailler à ce rythme je dois dire que je suis satisfaite. Mon délai pour les patients en cours de soins est d'un mois en moyenne (parfois moins). J'arrive à gérer mes urgences tout en partant à la même heure. 

Cela étonne toujours certains patients habitués par l'autre praticien à avoir tous leurs rendez-vous d'avance mais le plus important  est que tout le monde soit gagnant. 

mardi 8 mai 2018

Should I leave or should i go ?

Chaque année en rentrant de "grandes" vacances je me disais que ce serait ma dernière rentrée dans ce cabinet B. Je ne me suis jamais vue sur le long terme dans le 93. L'ambiance dans le quartier me semblait se dégrader. 

Je me revois glisser sur la trottoir encore mouillé alors que je viens d'apprendre que je suis enceinte. 
Cela fait des mois que j'attends ce moment (pas celui où je me vautre à 8h30 du matin alors que j'ai un pantalon blanc) (je n'ai jamais réussi à ravoir les marques). C'était l'impulsion qui nous fallait pour nous obliger à partir, et moi démissionner (ou plutôt quitter) du cabinet. 

Je ne suis pas une aventurière, j'ai du mal à quitter une situation même si le cadre pourrait être mieux. J'avais déjà regardé les annonces dans le secteur et rien ne me paraissait convenir.
Notre 50 m2 étant trop petit déjà pour 3, nous savions que le déménagement s'imposerait.

On ne peut pas dire que les adieux ont été déchirants avec mon titulaire. Au contraire il m'a juste dit au revoir comme si on allait se retrouver le lundi. Il n'a pas apprécié que je ne déplace pas mon départ en congé maternité alors qu'il partait en vacances (j'étais juste à un mois du terme) (et ça faisait juste un mois qu'on payait 2 loyers pour que je puisse continuer à y travailler).

J'ai quitté le cabinet le vendredi soir seule avec mon petit carton. J'ai dit une dernière fois au revoir au gardien. Traversé les tours et cette dalle en me disant c'est la dernière fois et c'était fini.

Cette fois-ci pas de congé maternité express, ma fille rentrant à l'école en septembre et n'ayant pas de mode de garde, hors de question de reprendre avant.

5 mois qui sont passés à une vitesse folle mais que j'ai savouré. On a pas tous l'opportunité de passer 5 mois avec ses enfants.

Je n'ai même pas eu le temps de poser une annonce que j'avais déjà un entretien. Dans l'ancien cabinet de mon dentiste (le monde est tout petit). 

Et puis il y a eu cette rencontre. Je n'ai jamais eu une bonne intuition mais je m'y suis sentie tellement bien que j'ai dit directement "il faut imprimer les contrats". (C'était sans compter les vacances du conseil de l'ordre et la lenteur administrative qui nous a bien fait rager).

Depuis chaque matin au lieu de prendre un métro et de traverser une cité, je prends une route de forêt et je contemple la nature pour arriver au travail.

J'ai bien réfléchi à fermer cet espace car j'ai moins de temps à lui consacrer, moins d'envie aussi, moins d'inspiration, j'ai d’ailleurs fermé mon adresse mail dédiée car je n'y répondais plus dans un délai raisonnable. Je le laisse ouvert uniquement parce qu'il y a eu un peu de travail de recherches derrière et je veux que les informations restent disponibles.

Et qui sait peut-être que l'inspiration reviendra ?

lundi 7 août 2017

Pourquoi les hommes de Cro-Magnon n'allaient pas chez le dentiste mais vous devriez quand même y aller. (L'huile de foie de morue a sauvé mes dents)

Un commentaire sur le blog a porté mon attention vers le régime paléo et la guérison des caries sans le passage redouté sur un fauteuil dentaire, je voulais apporter mon éclairage.

Le régime paléo anti-carie a été popularisé par Ramiel Nagel.
Auto-proclamé éducateur de santé dentaire, qui affirme sur son site que la carie dentaire n'a pour origine qu'une carence en nutriments et non pas des bactéries. Je vois d'ici Keyes et tous les scientifiques qui ont étudié le streptococcus mutans hurler (ou se retourner dans leur tombe).
Une simple recherche sur pubmed suffira de vous convaincre que je n'ai rien inventé.

Triade de Keyes
Je sais que c'est plus facile de croire que nous les dentistes nous protégeons notre "business" et propageons la carie dentaire pour continuer à partir au club med en vacances.
Sauf que ce n'est pas si simple, il n'y a pas un facteur provoquant les caries mais un équilibre à respecter.
L'introduction de la fluoruration a nettement contribué à diminuer la prévalence des caries mais cela suppose de contrôler aussi son alimentation et d'avoir un brossage adéquat.
Bref tout n'est pas aussi manichéen que Ramiel Nagel veut bien le montrer.

Par contre la relation entre le régime paléo et la santé bucco-dentaire est intéressante.

 Pourquoi les hommes des cavernes n'avaient pas de caries ?

Avant l’avènement de l'agriculture il y a 10 000 ans les caries dentaires étaient rares.
L'épidémie a réellement débuté dans les années 50.
Nous n'utilisons pas nos dents de la même façon que nos ancêtres qui mangeaient leur viande beaucoup moins tendre que la nôtre et des végétaux plus fibreux. La mastication induite par cette alimentation produisait un nettoyage mécanique naturel des dents.
Notre alimentation moderne elle est riche en aliments mous ou liquides faciles à mâcher (essayer des gnocchis au babybel et vous verrez si vos dents sont propres ensuite).

La conclusion logique serait de faire comme les chasseurs-cueilleurs et ne manger que des aliments disponibles à l'époque, des aliments peu transformés, pas de sucres raffinés, des plats industriels ...

Sauf que les bactéries se sont aussi habituées et transformées (quand on a découvert la pénicilline il n'y avait pas de bactéries résistantes maintenant les germes ont muté ). Le Streptococcus mutans existait il y a 10 000 ans mais notre alimentation de plus en plus riche en sucre a amplifié sa prolifération et en a fait une bactérie dominante.
L'aseptisation de la vie quotidienne a diminué les populations des "bonnes" bactéries (ces bactéries commensales présentes en permanence sur les muqueuses de notre bouche ou sur notre peau) qui évitent la prolifération des pathogènes, leur laissant plus de terrain.


Caries dentaires et signes de maladie parodontale sur le maxillaire supérieur d'un chasseur-cueilleur. Courtesy of Isabelle De Groote

On dirait que certains chasseurs-cueilleurs aussi avaient des caries ...

Finalement ils mangeaient ce qu'ils trouvaient autour d'eux donc il n'y avait pas un régime précis. Parfois ils mangeaient des aliments collants (comme les glands) (si ils avaient su qu'on pourrait caraméliser un jour des cacahouètes ...)  et/ou sucrés et sans brossage des dents ou fil dentaire ...

Le lien entre la consommation d'aliments sucrés solides ou liquides et les caries n'est plus à démontrer.

¨Pour une bonne santé en général (et pas seulement dentaire), il est important d'avoir une alimentation riche en légumes et pauvres en sucre (ce qui ne signifie pas qu'il faut éviter les fruits, juste les plus sucrés), riche en graisses d'origine végétale (et non animales). Une alimentation équilibrée somme toute.



Faut-il boire de l'huile de foie de morue ?

Oui ! 
Mais pas n'importe comment !

Le point fort du régime "anti-caries" est la supplémentation en vitamine D via l'huile de foie de morue notamment. La vitamine D est primordiale à la construction osseuse et sa carence provoque le rachitisme.




Le lien entre la faible concentration plasmatique de vitamine D (25-hydroxyvitamine D (25(OH)D) et le risque carieux a été prouvé. Le taux de vitamine D sous lequel le risque serait majoré (avec une absence de brossage 2 fois par jour et de contrôles dentaires réguliers) est de 75 nmol/L.

La carence en vitamine D serait responsable des hypolasies dentaires (défaut de minéralisation des tissus). Les caries précoces des jeunes enfants seraient expliquées par une carence maternelle durant la grossesse.

Étapes de formation de l'organe dentaire pendant la grossesse


Toute supplémentation qui intervient après la naissance n'a pas d'influence sur les dents de lait mais sur la formation des dents définitives.


Par exemple les incisives définitives commencent leur minéralisation à la naissance et la couronne est totalement formée à 3 ans. Ainsi la structure de la dent ne peut pas être modifiée après cette période.

Par ailleurs il est important de ne pas focaliser son régime alimentaire sur un nutriment (comme des gélules de vitamine D) mais plutôt d'obtenir un équilibre entre différents aliments riches en facteurs minéralisants en contenant, comme le lait, le fromage, légumes verts, champignons, œufs et l'huile de foie de morue.

De plus une fois la formation des dents terminée, seules les molécules en contact avec la surface dentaire peuvent la reminéraliser.
Par exemple une cuillère d'huile de foie de morue en complément d'une alimentation équilibrée peut être bénéfique au vu de sa composition en calcium (et en vitamine D pour l'os et le parodonte). Mais la même dose ingérée en gélule n'aura aucune incidence sur l'émail dentaire.



La dent peut-elle se réparer seule ?

Oui (et non ! ...)

J'avais déjà consacré un article à la reminéralisation de l'émail.
Cette reminéralisation peut se faire avec ou sans apport de fluor. L'utilisation d'un dentifrice fluoruré est  conseillé et  induit le meilleur résultat mais une alimentation riche en calcium peut suffire avec un contrôle adéquat de l'hygiène bucco-dentaire.

Cette reminéralisation/réparation ne concerne pas toutes les lésions carieuses. Mais uniquement les lésions débutantes que l'on appelle leucome pré-carieux ou white spot.

Démineralisation de la surface amélaire

Cela sous-entend qu'une carie qui n'a pas créé de cavité peut être réversible. La destruction n'est que moléculaire (perte de minéraux).

Si la carie a déjà créé une cavité, la carie peut être "arrêtée" c'est à dire que sa progression est stoppée et le tissu sous-jacent est stable et dur mais la cavité n'est pas réobturée par de l'émail (ou de la dentine).

Stades de progression de la carie dentaire de la lésion blanche à la nécrose pulpaire

Cavité cervicale


Cavité cervicale avancée
Il existe différents stades d'atteinte carieuses et nos traitements sont adaptés à chaque stade.

Il est illusoire de croire que l'on peut obtenir une réparation spontanée d'une dent dont la pulpe est infectée.
Il est illusoire de croire que l'on peut traiter de la même manière une dent qui présente une tâche blanche qu'une dent qui présente une cavité avec des douleurs lancinantes associées.


Je veux bien rencontrer la personne qui réparera cette dentition juste avec un régime alimentaire ...

vendredi 23 juin 2017

(Ouahad jouj tlata) De la bienveillance et des soins dentaires chez l'enfant

J'ai lu récemment des commentaires sur twitter sur le manque de bienveillance d'une consœur concernant la prise en charge d'un jeune enfant polycarié et je me suis dite que c'était l'occasion rêvée d'écrire ici (pardonnez moi d'avoir laissé cet espace à l'abandon mais l'inspiration me manquait).

Ma façon de prendre en charge les enfants a bien évoluée depuis la sortie de la faculté.
(Vous pouvez relire cet post qui fait un peu froid dans le dos je le concède).

Je suis passée du "il faut soigner l'enfant qu'il soit compliant ou non quitte à le tenir" à "je ne peux pas soigner votre enfant allez voir quelqu'un de plus compétent".

La différence vient bien sur du fait qu'en centre hospitalier vous recevions des familles qui avaient déjà tout tenté et dont nous étions la dernière alternative avant des soins sous anesthésie générale.

En 8 ans j'ai changé en partie parce que je suis moi-même devenue mère.
Je ne suis pas un exemple parfait de bienveillance, comme beaucoup d'enfants de ma génération j'ai été élevée sous la menace d'une fessée, comme beaucoup de parents je m'efforce de ne pas gifler mes enfants même si parfois ça me démange.

J'ai pu lire un "la consultation partait mal si le dentiste dit d'emblée c'est moi qui décide ici".  Si être bienveillant c'est laisser le patient décider de quand et comment il doit recevoir les soins c'est sûr je ne serais jamais bienveillante.

Si le petit patient vient pour un contrôle et refuse d'ouvrir la bouche, je ne vais pas forcer l'ouverture.

Si il ne veut pas s'asseoir sur le fauteuil, même allongé sur sa mère, je ne vais pas l'attacher.

Si il me tape dans mon ventre de 8 mois de grossesse, je ne vais ni le gifler ni l'insulter.

Je commence toujours les soins de la même manière. Ici c'est chez moi, tu as le droit de toucher ce que je t'autorise à toucher mais pas le reste (donc non tu ne vides pas mes tiroirs, non tu ne joues pas avec l'eau, non tu ne touches pas mes fraises ou mes flacons d'eugénol, non tu ne joues pas avec mon siège).

Si je sais que la carie est toute petite je commence sans eau (souvent l'aspiration est une source d'angoisse) sans anesthésie en comptant jusqu'à cinq, et bien sûr je préviens qu'il peut m'arrêter à tout moment si il a mal. 

Si l'enfant se fait en danger pendant le soin (bouge sa tête alors que la turbine tourne ou que j'essaie de l'anesthésier) j'arrête tout.

Parfois je ne mets qu'un pansement temporaire en sachant que ça ne le soulagera que très peu de temps et qu'il faudra tout recommencer.

Souvent le parent supplie l'enfant de "se laisser faire", ou menace d'en parler au père "tu vas voir ce qu'il va te faire". A ce moment qu'est-ce que je suis censée choisir ? Laisser l'enfant se prendre une raclée en rentrant chez lui ou faire un soin de force ? 

Je choisis que ce n'est pas mon problème.

Et là j'ai envie de dire à tout ceux qui pensent que nous sommes des bourreaux que ces parents le sont d'autant plus.  Non seulement je considère que c'est une forme de maltraitance de laisser un gamin de 4 ans avec autant de caries que de dents sans consulter ni se remettre en question, mais en plus ce sont eux qui me supplient de continuer. Qui me disent je le tiens si vous voulez. Qu'ils leur ouvrent la bouche quitte à se faire mordre. Qui sont en larmes de colère à côté de moi quand je dis que je ne peux rien faire de plus.

Pour moi c'est ça la bienveillance, savoir s'arrêter quand on ne peut plus rien espérer.

J'aime bien leur dire que ce soir moi je dormirais bien (ou pas vu que j'ai des enfants en bas âge à la maison) et que ce n'est plus mon souci.

Ici c'est chez moi je décide qui je peux soigner et si je ne peux pas soigner correctement je me réserve le droit d'arrêter.
Ce n'est pas à l'enfant de décider qu'il n'y a plus de carie. Je suis la seule à le savoir. Si l'éviction n'est pas complète le soin ne sera pas correct et la restauration ne va pas tenir et il devra revenir.

Il y a des patients dont j'ai relevé le siège en leur disant partez sans payer (quoique ça ne leur serait pas venu à l'idée de me régler la séance vu que je n'ai rien fait) au bout de 5 minutes.

Il y en a d'autres où j'ai mis 2 ans. Où j'ai commencé avec le petit qui ne parlait pas un mot de français donc qui ne comprenait pas un mot de ce que je disais allongé sur sa mère avec des pansements sur chaque dent. Pansements que je renouvelais réguliérement.
Et puis avec le temps j'ai appris à compter dans sa langue, à lui dire "douleur" dans sa langue. Où j'ai accepté de ne pas compter jusqu'à 5 mais jusqu'à 2 comme il me l'avait demandé.
Et puis un jour cet enfant n'avait plus de pansement en bouche mais que des soins réalisés comme je le voulais en ayant pris un temps fou certes mais avec une telle confiance des parents et de lui qu'il s'installait seul dès le début de la séance sur le fauteuil sans qu'on lui demande.