lundi 7 août 2017

Pourquoi les hommes de Cro-Magnon n'allaient pas chez le dentiste mais vous devriez quand même y aller. (L'huile de foie de morue a sauvé mes dents)

Un commentaire sur le blog a porté mon attention vers le régime paléo et la guérison des caries sans le passage redouté sur un fauteuil dentaire, je voulais apporter mon éclairage.

Le régime paléo anti-carie a été popularisé par Ramiel Nagel.
Auto-proclamé éducateur de santé dentaire, qui affirme sur son site que la carie dentaire n'a pour origine qu'une carence en nutriments et non pas des bactéries. Je vois d'ici Keyes et tous les scientifiques qui ont étudié le streptococcus mutans hurler (ou se retourner dans leur tombe).
Une simple recherche sur pubmed suffira de vous convaincre que je n'ai rien inventé.

Triade de Keyes
Je sais que c'est plus facile de croire que nous les dentistes nous protégeons notre "business" et propageons la carie dentaire pour continuer à partir au club med en vacances.
Sauf que ce n'est pas si simple, il n'y a pas un facteur provoquant les caries mais un équilibre à respecter.
L'introduction de la fluoruration a nettement contribué à diminuer la prévalence des caries mais cela suppose de contrôler aussi son alimentation et d'avoir un brossage adéquat.
Bref tout n'est pas aussi manichéen que Ramiel Nagel veut bien le montrer.

Par contre la relation entre le régime paléo et la santé bucco-dentaire est intéressante.

 Pourquoi les hommes des cavernes n'avaient pas de caries ?

Avant l’avènement de l'agriculture il y a 10 000 ans les caries dentaires étaient rares.
L'épidémie a réellement débuté dans les années 50.
Nous n'utilisons pas nos dents de la même façon que nos ancêtres qui mangeaient leur viande beaucoup moins tendre que la nôtre et des végétaux plus fibreux. La mastication induite par cette alimentation produisait un nettoyage mécanique naturel des dents.
Notre alimentation moderne elle est riche en aliments mous ou liquides faciles à mâcher (essayer des gnocchis au babybel et vous verrez si vos dents sont propres ensuite).

La conclusion logique serait de faire comme les chasseurs-cueilleurs et ne manger que des aliments disponibles à l'époque, des aliments peu transformés, pas de sucres raffinés, des plats industriels ...

Sauf que les bactéries se sont aussi habituées et transformées (quand on a découvert la pénicilline il n'y avait pas de bactéries résistantes maintenant les germes ont muté ). Le Streptococcus mutans existait il y a 10 000 ans mais notre alimentation de plus en plus riche en sucre a amplifié sa prolifération et en a fait une bactérie dominante.
L'aseptisation de la vie quotidienne a diminué les populations des "bonnes" bactéries (ces bactéries commensales présentes en permanence sur les muqueuses de notre bouche ou sur notre peau) qui évitent la prolifération des pathogènes, leur laissant plus de terrain.


Caries dentaires et signes de maladie parodontale sur le maxillaire supérieur d'un chasseur-cueilleur. Courtesy of Isabelle De Groote

On dirait que certains chasseurs-cueilleurs aussi avaient des caries ...

Finalement ils mangeaient ce qu'ils trouvaient autour d'eux donc il n'y avait pas un régime précis. Parfois ils mangeaient des aliments collants (comme les glands) (si ils avaient su qu'on pourrait caraméliser un jour des cacahouètes ...)  et/ou sucrés et sans brossage des dents ou fil dentaire ...

Le lien entre la consommation d'aliments sucrés solides ou liquides et les caries n'est plus à démontrer.

¨Pour une bonne santé en général (et pas seulement dentaire), il est important d'avoir une alimentation riche en légumes et pauvres en sucre (ce qui ne signifie pas qu'il faut éviter les fruits, juste les plus sucrés), riche en graisses d'origine végétale (et non animales). Une alimentation équilibrée somme toute.



Faut-il boire de l'huile de foie de morue ?

Oui ! 
Mais pas n'importe comment !

Le point fort du régime "anti-caries" est la supplémentation en vitamine D via l'huile de foie de morue notamment. La vitamine D est primordiale à la construction osseuse et sa carence provoque le rachitisme.




Le lien entre la faible concentration plasmatique de vitamine D (25-hydroxyvitamine D (25(OH)D) et le risque carieux a été prouvé. Le taux de vitamine D sous lequel le risque serait majoré (avec une absence de brossage 2 fois par jour et de contrôles dentaires réguliers) est de 75 nmol/L.

La carence en vitamine D serait responsable des hypolasies dentaires (défaut de minéralisation des tissus). Les caries précoces des jeunes enfants seraient expliquées par une carence maternelle durant la grossesse.

Étapes de formation de l'organe dentaire pendant la grossesse


Toute supplémentation qui intervient après la naissance n'a pas d'influence sur les dents de lait mais sur la formation des dents définitives.


Par exemple les incisives définitives commencent leur minéralisation à la naissance et la couronne est totalement formée à 3 ans. Ainsi la structure de la dent ne peut pas être modifiée après cette période.

Par ailleurs il est important de ne pas focaliser son régime alimentaire sur un nutriment (comme des gélules de vitamine D) mais plutôt d'obtenir un équilibre entre différents aliments riches en facteurs minéralisants en contenant, comme le lait, le fromage, légumes verts, champignons, œufs et l'huile de foie de morue.

De plus une fois la formation des dents terminée, seules les molécules en contact avec la surface dentaire peuvent la reminéraliser.
Par exemple une cuillère d'huile de foie de morue en complément d'une alimentation équilibrée peut être bénéfique au vu de sa composition en calcium (et en vitamine D pour l'os et le parodonte). Mais la même dose ingérée en gélule n'aura aucune incidence sur l'émail dentaire.



La dent peut-elle se réparer seule ?

Oui (et non ! ...)

J'avais déjà consacré un article à la reminéralisation de l'émail.
Cette reminéralisation peut se faire avec ou sans apport de fluor. L'utilisation d'un dentifrice fluoruré est  conseillé et  induit le meilleur résultat mais une alimentation riche en calcium peut suffire avec un contrôle adéquat de l'hygiène bucco-dentaire.

Cette reminéralisation/réparation ne concerne pas toutes les lésions carieuses. Mais uniquement les lésions débutantes que l'on appelle leucome pré-carieux ou white spot.

Démineralisation de la surface amélaire

Cela sous-entend qu'une carie qui n'a pas créé de cavité peut être réversible. La destruction n'est que moléculaire (perte de minéraux).

Si la carie a déjà créé une cavité, la carie peut être "arrêtée" c'est à dire que sa progression est stoppée et le tissu sous-jacent est stable et dur mais la cavité n'est pas réobturée par de l'émail (ou de la dentine).

Stades de progression de la carie dentaire de la lésion blanche à la nécrose pulpaire

Cavité cervicale


Cavité cervicale avancée
Il existe différents stades d'atteinte carieuses et nos traitements sont adaptés à chaque stade.

Il est illusoire de croire que l'on peut obtenir une réparation spontanée d'une dent dont la pulpe est infectée.
Il est illusoire de croire que l'on peut traiter de la même manière une dent qui présente une tâche blanche qu'une dent qui présente une cavité avec des douleurs lancinantes associées.


Je veux bien rencontrer la personne qui réparera cette dentition juste avec un régime alimentaire ...

vendredi 23 juin 2017

(Ouahad jouj tlata) De la bienveillance et des soins dentaires chez l'enfant

J'ai lu récemment des commentaires sur twitter sur le manque de bienveillance d'une consœur concernant la prise en charge d'un jeune enfant polycarié et je me suis dite que c'était l'occasion rêvée d'écrire ici (pardonnez moi d'avoir laissé cet espace à l'abandon mais l'inspiration me manquait).

Ma façon de prendre en charge les enfants a bien évoluée depuis la sortie de la faculté.
(Vous pouvez relire cet post qui fait un peu froid dans le dos je le concède).

Je suis passée du "il faut soigner l'enfant qu'il soit compliant ou non quitte à le tenir" à "je ne peux pas soigner votre enfant allez voir quelqu'un de plus compétent".

La différence vient bien sur du fait qu'en centre hospitalier vous recevions des familles qui avaient déjà tout tenté et dont nous étions la dernière alternative avant des soins sous anesthésie générale.

En 8 ans j'ai changé en partie parce que je suis moi-même devenue mère.
Je ne suis pas un exemple parfait de bienveillance, comme beaucoup d'enfants de ma génération j'ai été élevée sous la menace d'une fessée, comme beaucoup de parents je m'efforce de ne pas gifler mes enfants même si parfois ça me démange.

J'ai pu lire un "la consultation partait mal si le dentiste dit d'emblée c'est moi qui décide ici".  Si être bienveillant c'est laisser le patient décider de quand et comment il doit recevoir les soins c'est sûr je ne serais jamais bienveillante.

Si le petit patient vient pour un contrôle et refuse d'ouvrir la bouche, je ne vais pas forcer l'ouverture.

Si il ne veut pas s'asseoir sur le fauteuil, même allongé sur sa mère, je ne vais pas l'attacher.

Si il me tape dans mon ventre de 8 mois de grossesse, je ne vais ni le gifler ni l'insulter.

Je commence toujours les soins de la même manière. Ici c'est chez moi, tu as le droit de toucher ce que je t'autorise à toucher mais pas le reste (donc non tu ne vides pas mes tiroirs, non tu ne joues pas avec l'eau, non tu ne touches pas mes fraises ou mes flacons d'eugénol, non tu ne joues pas avec mon siège).

Si je sais que la carie est toute petite je commence sans eau (souvent l'aspiration est une source d'angoisse) sans anesthésie en comptant jusqu'à cinq, et bien sûr je préviens qu'il peut m'arrêter à tout moment si il a mal. 

Si l'enfant se fait en danger pendant le soin (bouge sa tête alors que la turbine tourne ou que j'essaie de l'anesthésier) j'arrête tout.

Parfois je ne mets qu'un pansement temporaire en sachant que ça ne le soulagera que très peu de temps et qu'il faudra tout recommencer.

Souvent le parent supplie l'enfant de "se laisser faire", ou menace d'en parler au père "tu vas voir ce qu'il va te faire". A ce moment qu'est-ce que je suis censée choisir ? Laisser l'enfant se prendre une raclée en rentrant chez lui ou faire un soin de force ? 

Je choisis que ce n'est pas mon problème.

Et là j'ai envie de dire à tout ceux qui pensent que nous sommes des bourreaux que ces parents le sont d'autant plus.  Non seulement je considère que c'est une forme de maltraitance de laisser un gamin de 4 ans avec autant de caries que de dents sans consulter ni se remettre en question, mais en plus ce sont eux qui me supplient de continuer. Qui me disent je le tiens si vous voulez. Qu'ils leur ouvrent la bouche quitte à se faire mordre. Qui sont en larmes de colère à côté de moi quand je dis que je ne peux rien faire de plus.

Pour moi c'est ça la bienveillance, savoir s'arrêter quand on ne peut plus rien espérer.

J'aime bien leur dire que ce soir moi je dormirais bien (ou pas vu que j'ai des enfants en bas âge à la maison) et que ce n'est plus mon souci.

Ici c'est chez moi je décide qui je peux soigner et si je ne peux pas soigner correctement je me réserve le droit d'arrêter.
Ce n'est pas à l'enfant de décider qu'il n'y a plus de carie. Je suis la seule à le savoir. Si l'éviction n'est pas complète le soin ne sera pas correct et la restauration ne va pas tenir et il devra revenir.

Il y a des patients dont j'ai relevé le siège en leur disant partez sans payer (quoique ça ne leur serait pas venu à l'idée de me régler la séance vu que je n'ai rien fait) au bout de 5 minutes.

Il y en a d'autres où j'ai mis 2 ans. Où j'ai commencé avec le petit qui ne parlait pas un mot de français donc qui ne comprenait pas un mot de ce que je disais allongé sur sa mère avec des pansements sur chaque dent. Pansements que je renouvelais réguliérement.
Et puis avec le temps j'ai appris à compter dans sa langue, à lui dire "douleur" dans sa langue. Où j'ai accepté de ne pas compter jusqu'à 5 mais jusqu'à 2 comme il me l'avait demandé.
Et puis un jour cet enfant n'avait plus de pansement en bouche mais que des soins réalisés comme je le voulais en ayant pris un temps fou certes mais avec une telle confiance des parents et de lui qu'il s'installait seul dès le début de la séance sur le fauteuil sans qu'on lui demande.




vendredi 9 décembre 2016

Les médicaments que l'on prend par voie orale peuvent-t'ils provoquer des caries ?

Les médecins, pédiatres et soignants qui entourent les enfants oublient (par ignorance souvent) souvent de préciser que les médicaments liquides prescrits (sirop, goutte, poudre dispersible) n'ont pas une composition anodine. En effet pour aider à les accepter ils contiennent des édulcorants (coucou le fameux sirop rose que Bébé Carie réclame) et peuvent même être acides, ces excipients  rendent donc ces sirops cariogènes  (un rappel ici des facteurs favorisants les caries) et érosifs.

L'érosion due à la consommation des produits acides est souvent méconnue du grand public. Ou du moins on imagine que seuls les sodas ou boissons gazeuses en sont la cause. En l’occurrence les jus de fruits ont un potentiel érosif équivalent.
Ce potentiel érosif est déterminé par l'acidité bien sûr (ou "titre", le goût acide étant souvent masqué par l'ajout d'édulcorant au palais c'est impossible souvent de le distinguer), le pH et la faible teneur en ions calcium, phosphate et fluor. L'émail dentaire étant constitué de cristaux de phosphate de calcium, si il est déminéralisé mais en contact avec des ions calcium et phosphate en suspension dans la salive ou l'alimentation il se reminéralise, au contraire si il n'y a pas d'ions calcium ou phosphate ou fluor en suspension la couche est perdue. Ce qui rend l'émail plus sensible à la carie.



http://slideplayer.fr/slide/1189999/



Bien sûr l'idéal serait de choisir et prescrire des médicaments ne contenants ni édulcorants ni composés qui les rendent acides mais cela suppose déjà que de tels médicaments existent sur le marché (avec une formulation qui les rendraient quand même attractifs pour les enfants) et que les médecins prescripteurs pensent ou soient alertés du risque. En effet un enfant qui prend des médicaments de façon répétée et régulière est particulièrement exposé. (je pense aux premiers hivers qui peuvent être très chargés en maladies respiratoires pour les tout-petits, sans compter les otites à répétition et les poussées dentaires douloureuses ...). 

L'alternative est de les donner et de brosser les dents aux enfants ensuite (mais là encore les médecins ne l'indiquent pas forcément et les parents ne peuvent deviner seuls)

Pour un antibiotique rien de plus simple vu que généralement la prise est juste avant ou pendant le repas (ou juste après), pour un antalgique pris au milieu de la nuit je sais que c'est bien plus difficile. (Pour ma part en 2 ans et demi je viens tout juste de finir le premier flacon de doliprane ... je préfère largement les suppositoires même si je sais que beaucoup de parents sont réticents à les utiliser).

Pour rappel voici 2 courbes pour situer la chute du pH buccal et le temps nécessaire pour le rerour au pH basique après l'ingestion d'un aliment et celle suivant le sucré ingéré.
ph de la plaque dentaire après  ingestion de différents types de sucres
Évolution du pH salivaire après l'ingestion d'un aliment (courbe de Stephan)




J'ai classé les médicaments les plus couramment prescrits aux enfants en 3 catégories. Les antalgiques , les antibiotiques et les inhalateurs pour l'asthme.


Les antalgiques


https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/27583053
Courbe du pH après l'ingestion de sirop de paracétamol

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26430360
Courbe du pH après ingestion de sirop d'ibuprofène


Il a été établi que les aliments sont considérés comme acidogènes si le pH de la plaque dentaire après absorption est équivalent à celle après l'ingestion d'une solution à 10% de saccharose (sucre) et peu acidogène si la réponse est équivalente à celle après l'ingestion d'une solution à 10 % de sorbitol.

Les résultats  montrent que les 2 antalgiques testés (sirop de paracétamol et sirop d'ibuprofène) sont acidogènes car ils sont responsables d'une chute prolongée du pH. 
Néanmoins le contenu en sucre de ces sirops n'est pas le seul responsable des effets indésirables sur la santé dentaire. La fréquence des apports alimentaire, l'alimentation nocturne, la viscosité, le pH intrinsèque augmente le risque de carie (j'aurais ajouté le brossage et l'hygiène alimentaire en général).

L'eau ne provoque pas d'effet significatif sur la remontée du pH. Rincer sa bouche avec de l'eau n'est pas capable de déloger ou d'éliminer tous les liquides visqueux.


Les limites de cette étude sont que je ne connais pas la composition exacte du sirop de paracétamol testé.
En effet en France le sirop le plus commun est commercialisé sous le nom de Doliprane sans sucre.
Sans sucre signifiant sans saccharose, mais pas sans édulcorants.
Les édulcorants employés sont le maltitol et le sorbitol qui sont considérés comme non/peu cariogènes.
L'édulcorant idéal est le xylitol qui en plus de ne pas être dégradé par les bactéries responsables de caries, il a un facteur protecteur. Il est d'ailleurs très utilisé dans les sucreries.

Par ailleurs comme vous pouvez le constater dans le tableau suivant les comprimés effervescents et les sachets de doliprane en poudre contiennent du saccharose. Le pourcentage est énorme pour les sachets de 150 mg (dose pédiatrique) ...

http://eurekasante.vidal.fr/medicaments/vidal-famille/medicament-ddolip01-DOLIPRANE.html


http://eurekasante.vidal.fr/medicaments/vidal-famille/medicament-oadvil01-ADVIL-Enfant-et-Nourrisson.html
Les antibiotiques


https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4963776/

La plupart des antibiotiques testés présentent une forte concentration en sucres, une acidité, une viscosité et un faible pH qui sont considérés comme des facteurs de risques pour la carie dentaire et l'érosion quand ils sont consommés fréquemment.
Nous conseillons donc que des annotations soient apposées sur les boîtes pour prévenir du danger. 
Il est également important de recommander les mesures d'hygiène après la prise du médicament.

Encore une fois l'étude a été réalisée aux Etats-Unis et d'un laboratoire à l'autre les excipients et édulcorants changent donc impossible de dire que tous les sirops à base d'amoxicilline provoqueront les mêmes effets délétères.

En cherchant la compostions en sucre des antibiotiques les plus prescrits chez les enfants je n'ai trouvé que des + pour indiquer la part d'aspartame et pas leur quantité réelle.  Ce qui est sûr c'est que l'édulcorant employé est cariogène. Donc sur une utilisation au long cours (une semaine de traitement avec 2 ou 3 prises par jour) et répétée (si otites à répétition par exemple) sur un enfant avec une mauvaise hygiène alimentaire (brossage absent ou incomplet, alimentation nocturne, grignotage ...) cela favorise grandement les caries.

http://eurekasante.vidal.fr/medicaments/vidal-famille/medicament-dclamo01-CLAMOXYL-oral.html




Les traitements pour l'asthme




Par ailleurs la poudre inhalée est retenue dans l'orpharynx (entre 60% et 80% suivant le traitement et le type d'inhalateur). Donc la substance sucrée reste en rémanence.

La baisse du pH salivaire conjuguée avec le faible débit et l'inhalation répétée de sucres (édulcorants) favorise l'apparition de caries.  

Les enfants qui ont un traitement par inhalateur depuis plus de 2 ans ont un risque carieux 6 fois plus élevé que les enfants sans traitement.

 En résumé il faut

  • Regarder les excipients des médicaments donnés aux enfants
  •  Utiliser une forme comprimé et gélule dès que possible.
  •  Privilégier les sirops avec des dérivés de malitol, xylitol ou sorbitol. 
  • Brosser les dents après la prise (ou donner l'antibiotique juste avant le repas)
  •  Être vigilant quant à l'hygiène alimentaire des enfants surtout si ils sont souvent malades.

lundi 5 décembre 2016

Les Tagada m'ont tuer

Tout se déroulait pour le mieux dans le meilleur des mondes (c'est à dire que j'arrivais à extirper des mains et du regard de BébéCarie les bonbons offerts par les amis) (peut-on appeler ami une personne qui offre des bonbons à un gamin à l'heure où il est censé manger ses petits-pois carottes ? Je ne pense pas).

Un jour il avait exhibé fièrement un paquet offert lors d'un anniversaire. J'avais réussi à lui laisser les chocolats et il m'a trouvée la bouche pleine. Malgré son jeune âge il a couru directement à la poubelle vérifier l'emballage et là le drame il avait compris. J'étais à la fois fière de son esprit de déduction et triste qu'il ait associé les bonbons à un moment de plaisir que je lui aurais volé.
 
Alors une fois qu'il a eu ses 2 ans je me suis dite on relâche la pression, si quelqu'un lui en offre laisse lui goûter.
 
Le bol de tagada était à peine sur la table qu'il ne voyait que ça et l'a gloutonné en 5 minutes (tant pis pour les autres, on lui apprendra le partage plus tard).
 
J'étais avec une autre maman qui ne savait pas si j'allais faire un malaise ou sortir la brosse à dent et le fluor dans la minute.
 
Je suis restée stoïque (en vrai j'aurais bien voulu en manger moi aussi des tagada) (je sais qu'il est impossible de s'arrêter une fois le paquet entamé).
 
Depuis  il me demande si il peut en prendre une quand il en croise (heureusement on fait plus d'apéros que de goûters ...).  

Et j'applique avec lui ce que je j'enseigne à mes patients, on mange tout d'un coup et on en parle plus (et après on se brosse les dents).

lundi 14 novembre 2016

La (in)compétence

Récemment j'ai reçu en urgence une patiente que j'avais vu dans les premières semaines au cabinet.

A l'époque j'étais donc 3 ans plus jeune et 3 ans moins expérimentée.

Ce jour-là je n'avais pas réussi à extraire sa dent. Ou du moins elle ne m'avait pas laissé continuer.

Aujourd'hui elle revient pour une autre dent qui partira en 3 secondes. Elle reprend donc rendez-vous pour la suite des soins. 

Je lui avais dit que ce serait pour enlever la dent "pas enlevée" d'il y a 3 ans mais elle n'avait du m'écouter d'une seule oreille (ou alors je n'avais pas hurlé assez fort). 

Sur le fauteuil elle se braque, au lieu de se mettre en confiance et de penser à celle qui lui a enlevé dent en moins d'une minute de l'autre côté elle pense à celle qu'elle a vu il y a 3 ans. 

Elle rajoute que mon titulaire (à qui j'adressais mes extractions "pas finies" à l'époque) lui avait stipulé que ça ne servait à rien d'enlever cette dent, surtout qu'elle était dévitalisée. (Dévitalisée certes mais à l'état de chicot). 

J'ai pris une grande inspiration et je lui ai demandé de me faire confiance et de me laisser terminer cette fois-ci.

L'extraction ne présentait aucune difficulté, elle avait juste du trouver mon geste pas assez sûr et surtout mon jeune âge avait du lu l'effrayer (la preuve elle préférait croire un dentiste plus vieux qui n'avait juste pas envie de s'enquiquiner avec une dame âgée).

 Au final il suffisait d'une dose suffisante d'assurance de mon côté pour m'imposer et lui faire comprendre que je savais faire.

Pas facile de ne pas être déstabilisée mais finalement c'est cela aussi l'expérience, avoir confiance en soi pour avancer.

lundi 7 novembre 2016

Et si il suffisait d'un sourire

Sourire ça paraît évident quand on voit défiler une trentaine de personnes par jour. 

Pourquoi sourire si la personne en face fait la tête ? Pourquoi se fatiguer les muscles de la face ? 

A l'origine, je suis plutôt une personne hargneuse à tendance agressive, sans pour autant en venir aux mains, je suis assez impulsive et si on m'énerve par un comportement ou une parole je réponds. 

Forcément aux débuts dans ce cabinet, avant d'éduquer les patients sur le sujet des retards, j'ouvrais souvent la porte en étant passablement énervée.

Forcément ça ne mettait pas le patient dans les meilleurs conditions. Les "énervés" comme moi montaient au créneau, les autres devaient se dire que je ferais mieux d'avoir plus de relations sexuelles.

Forcément ce n'était pas le meilleur moyen pour débuter les soins (ou faire connaissance).

Forcément j'ai du changer.

Parce qu'un jour ce qui devait arriver arriva, j'ai senti que j'allais m'en prendre une. Et que finalement ça pouvait être préférable de désamorcer un conflit plutôt que d'en amorcer un (prévenir plutôt que guérir). 

Il n'est pas étonnant qu'un de mes livres préférés soit celui-ci :



C'est un livre de self-défense à la base, mais il donne une bonne idée d'une résolution de conflit. Au krav maga, on dirait que la meilleure des réponses est de chercher la fuite, là ce serait plus comment ne pas énerver plus la personne ou comment s'en sortir sans avoir à se battre/se défendre.

Un jour un patient de mon titulaire est arrivé avec une douleur intense et une furieuse envie de lui casser la figure. C'est là que j'ai compris que le fait d'être jeune et pas trop moche pourrait être un atout. Je lui ai parlé avec calme en souriant, sans le prendre pour un demeuré (je veux dire on a parfois envie de baffer ces hôtesses d'accueil qui nous envoient bouler), je l'ai écouté bien sûr mais je lui ai aussi montré qu'il y avait une autre voie de communication possible.

Depuis il est devenu mon patient.

Parce que finalement ce qui nous oppose le plus sur notre façon de travail avec mon titulaire ce n'est pas notre âge ou notre formation, mais le fait que lui ne sourit jamais, moi oui. Les patients me disent souvent qu'ils ont l'impression de le déranger. Moi au contraire ils pensent (enfin les hommes) que je les drague. C'est un peu le syndrome du sourire dans le métro, on ne peut plus sourire sans se faire harceler. Là je dois placer BébéCarie dans certaines conversations pour en calmer certains (au cas où ils auraient raté l'énorme photo qui trône sur mon bureau) (je suis une maman gaga) .

Vous me direz que ce n'est pas facile de sourire quand on aime pas ses dents mais ça mes confrères et moi on s'en charge. 



vendredi 29 juillet 2016

Ça avait pourtant très mal commencé

Il était arrivé avec le classique mais néanmoins peu engageant "mon ancien dentiste m'a bousillé les dents". Le fameux "on m'a fait un détartrage puis j'ai eu plein de trous dans les dents".
Il a été bien difficile de lui faire admettre que les caries étaient là AVANT le détartrage, mais que nettoyer les dents n'a fait que les révéler.
Comme souvent le problème des patients de ce type (c'est à dire douloureux et sur la défensive) c'est que tu n'as le droit à aucune erreur.
Je ne parle pas d'erreur médicale ou de traitement, ça personne n'y a le droit, ça reste des accidents.
Je suppose les erreurs de jugement. A savoir commencer par telle ou telle dent.
Comment déterminer quand un patient a plus de 10 dents à soigner laquelle est la plus urgente ?
On le sait tous, ces bouches sont des cocottes-minute prêtes à exploser. Le patient n'a pas mal avant de venir mais tu peux être sûre que le lendemain des soins il aura mal PARTOUT. 
Donc forcément j'ai débuté par une carie et il a continué à avoir mal, ça n'était pas la même dent mais pour lui le résultat était le même. Il n'avait pas confiance, devenait limite agressif, de mon côté je redoutais de le voir en rendez-vous, je priais presque pour qu'il les rate. 
L'assistante me disait "plus vite commencé plus vite fini", j'avais envie de lui dire que ce n'était pas elle qui était face à ses doutes et ses résistances. Que j'étais sur mes gardes, que ça me stressait de ne pas réussir à l'anesthésier correctement. 
Et puis on y est presque un après à poser les couronnes à lui rendre le sourire qu'il m'avait demandé. A voir le bout du tunnel alors qu'il paraissait si impossible à atteindre. 

M est tout petit quand je le vois pour la première fois. C'est un des premiers patients que je soigne allongé sur le ventre de sa maman. Il a des caries partout il faut temporiser. Impossible de faire des soins corrects sur cet enfant qui ne parle et ne comprend pas le français. Qui ne reste pas en place 10 minutes. Qui est anxieux (d'autant plus qu'il est dans un monde nouveau et où il ne peut pas communiquer).
Un jour (un an plus tard) il est arrivé et est monté seul sur le fauteuil. Il m'a autorisée à utiliser de l'eau avec mes instruments rotatifs et donc à prendre l'aspiration (dont le bruit le dérangeait). J'ai même pu faire une anesthésie. C'était une grosse victoire pour moi de passer de soins de confort où je mettais des pansements en attendant à des vrais soins où je traitais la carie pour de bon. Maintenant nous ne nous voyons plus parce qu'il souffre mais parce que j'ai programmé le rendez-vous. Quel progrès en un an !

J'en ai plusieurs des cas comme ça où j'avais envie de baisser les bras face à la charge de travail à produire, aux nombreux soins préparatoires à la remise en l'état du sourire, cette fameuse parenthèse où tu comptes les traitements canalaires comme les kilomètres déjà courus et où tu comptes ceux qui restent. Allez plus qu'un et c'est fini. Cette étape est la plus longue, le patient voudrait que ce soit fini en claquant des doigts maintenant qu'il a décidé qu'il était temps de se prendre en main. Mais qu'est ce que c'est beau quand on a enfin terminé et qu'on se dit qu'on a bien travaillé.


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