vendredi 15 mai 2015

Le sucre en donner aux enfants ou pas ?

Cet article a pour origine les parents de mes patients qui souvent ignorent qu'il y a du sucre caché dans la plupart des produits destinés aux enfants et ma propre expérience de mère qui cherchait des gourdes yaourts sans sucre pour BébéCarie.

NDMM : Le "sucre" dont je parle ici ne correspond pas à l'amidon ou sucres complexes mais au saccharose et dérivés. 

Sommes-nous conditionnés pour aimer le sucré ?

L'être humain serait programmé pour préférer le sucré. Pour la survie de nos ancêtres préhistoriques, il était primordial de choisir des aliments non empoisonnés (indice de comestibilité, quand le fruit est le plus sucré c'est qu'il est mûr et prêt à déguster et source de vitamines) ou source d'énergie. Un goût sucré indique une gain d'énergie immédiatement disponible. D'ailleurs c'est la seule saveur appréciée dès la naissance par les bébés qui font une moue satisfaite après avoir en goûté. Ce réflexe inné inconditionné par l'apprentissage existe dès la vie in-utéro.
En pédiatrie, on l'utilise pour calmer les pleurs chez le nourrisson (pipette d'eau sucrée par exemple).




Mangeons nous trop de sucre ? 

Le sucre est un ciment social. On l'offre à nos hôtes, on prépare des gâteaux. On le prive pour punir, C'est une récompense, une preuve d'amour .



Pendant une longue période la seule forme disponible de sucre était le miel. Son accès difficile rendait ce met exceptionnel. Dorénavant on en trouve partout. L'instinct de survie de nos lointains ancêtres a été dépassé par le progrès alors que nos besoins énergétiques ont considérablement diminués (qui chasse encore tous les jours la viande qu'il va manger ou cueillir les fruits et légumes qu'il va manger ?).




Le changement de nos habitudes familiales ont fait augmenter la consommation de sucres. On prend plus de repas rapides, déjà prêts, on grignote devant la télé ou sur le trajet ...


Peut-on être dépendant au sucre ?

La prise d'aliment sucré provoque un bien-être (un apaisement, un réconfort) puis une phase de détresse où il faut renouveler la prise. 


Le potentiel addictif du sucre serait plus important que celui de la cocaïne. Les rats préfèrent le sucre à la cocaïne quand ils en ont le choix et préfèrent "travailler" plus pour en obtenir. 




Comment se construit le goût ? Peut-on l'influencer ?



Si le goût pour le sucré est inné ( l'appétence pour le sucre est guidée par des récepteurs gustatifs placés sur la langue (T1R2 et T1R3 pour taste receptor, type 1 et, respectivement, member 2 et 3. ).  ) , alors que d'autres saveurs telle que l'amer sont désagréables, on apprend à les aimer comme c'est le cas pour le thé, la bière par exemple.  Le rejet de l'amertume viendrait de la peur ancestrale de l'empoisonnement . 
Ces habitudes seront prises dès la petite enfance. Les aliments doivent être reproposés régulièrement. 



Les enfants et adolescents en pleine croissance choisissent instinctivement les aliments qui procurent le plus d'énergie (d'où l'aversion caractérisée pour les légumes plus plébiscités à l'adolescence par les filles pour des raisons diététiques). 

Les enfants après 2 ans souffrent souvent de néophobie alimentaire et aiment les aliments familiers. 

L'acceptation est obtenue en présentant l'aliment et en l’associant avec un stimulus familier déjà aimé. 

 4 conditions seraient nécessaires pour voir l'aliment accepté :
- commencer par un aliment pas trop rejeté et le présenter au minimum 5 fois
- présenter l'aliment sous la même forme pour qu'il soit vu sous une forme connue et non pas perçu comme une nouveauté.
- être dans un environnement chaleureux (pas de pression)
- faire participer à l'élaboration du repas (l'autoriser à manipuler et goûter)

Une éducation sensorielle serait possible. pour inciter à découvrir de nouvelles flaveurs. 

"à travers la confrontation au modèle des autres, l’acceptation alimentaire peut-être modifiée par un apprentissage social." Un aliment sera goûté par l'enfant si ses camarades le mangent. Si c'est bon pour eux, ça doit l'être pour moi, je ne dois pas en avoir peur.




Les parents doivent faire goûter les différentes saveurs, préparer eux-même pour choisir ce qu'ils leur font manger. Généralement plus un aliment est sucré plus cela dénote de sa mauvaise qualité, le sucre est alors ajouté pour masquer ou faire accepter un mauvais goût. 


Faut-il diaboliser le sucre ?

Le but n'est pas d'interdire sa consommation mais de montrer ses effets nocifs. On connaît ses conséquences sur la santé bucco-dentaire, et la prévalence de la carie dentaire, ainsi que son rôle dans le développement des problèmes de surcharge pondérale et d'obésité morbide et son implication dans l'accroissement du nombre de diabétique.

Il ne s'agit pas de ne plus consommer des glucides en général, mais de favoriser les sucres complexes bien moins néfastes aux sucres raffinés . 

Interdire ou restreindre renforce le besoin de s'en procurer à l’extérieur de la maison. Contrairement à son accès illimité. Et le fait d'en offrir en récompense augmente l'attractivité et sa valeur négative.

Si on a le droit de se faire plaisir en mangeant un dessert, on a aussi le droit de savoir ce que l'on mange (donc de bien lire les étiquettes) et pourquoi on le mange que ce soit du fait de l'influence de la publicité  ou indirecte de l'industrie agro-alimentaire.


Regardez ce reportage de cash investigations et lisez ce décryptage vous ne serez pas déçus. 




Gavès de sucre.
Reportage Cash Investigation 2013

A écouter également les podcasts des émissions de la tête au carré  et de service public.

lundi 4 mai 2015

Doit on décharger la gestion de l'emploi du temps à des personnes extérieures au cabinet ?

Le rêve de le plupart d'entre nous ce serait que tout soit disponible tout le temps.
Qu'on puisse acheter/avoir n'importe quoi n'importe où n'importe quel jour à n'importe quelle heure. Peut importe ce que ça impliquerait sur la vie privée des personnes concernées.

On me dit souvent que c'est dommage que le cabinet ne soit pas ouvert avant 9h, ou après 19h ou le samedi à 18h, "comment on fait nous ?" "On peut mourir non ?". 

Que j'ai envie/besoin/le devoir d'être rentrée à 20h on s'en fiche un peu (je suis une nantie je peux bien loger une fille au pair et me décharger sur elle pour les aller-retours de BébéCarie).

A défaut de pouvoir prendre rendez-vous pour n'importe quelle heure, on voudrait pouvoir le faire à n'importe quelle heure. Là par exemple pendant la pub de TopChef. 

J'ai été dernièrement démarchée via le blog (qui pourrait croire que je lèverais l'anonymat et donnerais suite) (je ne le ferais pas même pour Oral B) et depuis j'ai retourné le problème dans ma tête.

Question n°1 : L'humain dans tout ça.

Les patients sont ils prêts à ce qu'on supprime ce rôle à l'assistante ?

La majorité de nos patients est du quartier, et ils leur arrivent souvent de passer directement au cabinet pour prendre rendez-vous.  Surtout les non francophones.
Certains patients sont aussi habitués à ce qu'on leur donne un rendez-vous en urgence (sur des plages "interdites" du planning), à ce moment là une personne extérieure au cabinet ne pourrait pas (si elle le pouvait ça signifierait qu'elle pourrait placer un rendez-vous à 21h15 parce que ça arrange).
Par ailleurs vu l'aversion de la plupart envers le répondeur, je les vois mal passer par un secrétariat centralisé (à qui on ne pourrait pas dire "bonjour c'est madame MamieTouteGentille" qui est connue dans le cabinet mais pas par des gens qui gèrent les plannings plusieurs cabinets à la fois).

Question n°2 ; la compatibilité informatique

Qui rejoint la question n°1. Afin de satisfaire tout le monde, il faudrait une assistante-secrétaire et l'agenda disponible tout le temps.

Donc soit une application qui se greffe directement sur notre progiciel soit un planning extérieur au logiciel mais suffisamment intelligent pour qu'on puisse ouvrir le dossier patient avec et compatible avec nos ordinateurs (PC et MAC) et les smartphones des patients ou ceux du secrétariat à distance (oui ça fait beaucoup mais ça doit exister).

Question n°3 : la gestion des cas particuliers

Je me rappelle de ma gynécologue fulminant qu'on lui ai calé un rendez-vous demandant du temps sur un créneau restreint.

Comment leur signifier que pour telle patiente on ait besoin de 2h et pour MrTrucMuche juste 30 minutes ?
Comment faire comprendre qu'on ne prend pas 6 patients de la même famille à la suite sur des créneaux de 30 minutes mais qu'on ferra plutôt une séance de consultation-contrôle rapide de 15 minutes ? (croyez moi sans cette "politique" les périodes de vacances scolaires seraient une catastrophe à gérer.

Question n°4  le cas des patients sur liste noire

Je ne veux plus voir MrUntel c'est marqué noir sur blanc dans le dossier. Comment faire pour être sûre qu'on ne leur donne pas de rendez-vous ?


Vous en pensez quoi vous ?

vendredi 17 avril 2015

Contre la montre

On me demande souvent mon secret minceur, il est simple, je cours tout le temps. J'ai l'impression d'être au taquet maximum pour toutes mes activités et ne jamais pouvoir me poser. Toutes mes copines qui ont accouché en 2014 sont dans le même cas cela dit, qu'elles soient dentiste ou médecin, ou autre. 

Ma vie est devenue un contre la montre permanent. Parfois le matin je me dis que je suis large et 5 minutes après il faut empaqueter Bébé Carie qui forcément a une couche qui déborde et refuse de mettre son bonnet.

Auparavant je n'avais juste à me soucier d'être ponctuelle pour les rendez-vous. Maintenant c'est de la rigolade à côté de l'impression de tourner Pékin Express chaque matin.

J'envie forcément mes confrères qui peuvent se permettre d'arriver à 9h la bouche en cœur en sachant que l'assistante aura tout préparé. La magie de notre cabinet est qu'on est toujours seuls le matin et le soir.

En somme si je décide de paresser 5 minutes de trop je peux retrouver un patient gelé devant la porte car je suis toujours la première. Je pourrais jouer la nonchalance et arriver à la dernière minute mais j'apprécie ces quelques minutes de calme où je n'ai ni un biberon à donner, ni un métro à attraper, ni un cabinet à ranger, juste à attendre le patient en lisant tranquillement.

Je rigole quand on me demande de prendre un patient "tôt ça ne me dérange pas" le matin. Comme si ce n'était pas déjà assez sportif de venir pour 9h, et quand bien même je suis contre l'idée de réveiller BébéCarie ou de lui donner le biberon sur la route.

Avant je n'aimais pas le retard des patients. Maintenant j'apprécie que le patient de 9h arrive à 9h05, ça me laisse plus de temps pour me mettre en route.

Il y a sans doute le fait que je n'ai pas eu une grosse activité en 2014. J'ai beaucoup écrémé et refusé systématiquement tous les patients qui se présentaient avec plus de 15 minutes de retard. Maintenant je me suis adoucie. Me rendant compte que finalement je suis la plus grosse perdante car j'ai perdu mon temps et mon argent. Dorénavant je préviens qu'il me reste tant de temps, que c'est insuffisant pour le soin à faire, si c'est un premier rendez-vous je fais une consultation rapide, sinon un détartrage, l'avantage est que le patient est pris donc ne sort pas énervé (bon il ne faut pas qu'il arrive après l'heure du rendez-vous quand même), et que moi j'ai pu coter un acte. Parfois ils ne comprennent pas que ça ne prend pas 5 minutes ou que le temps de rendez-vous n'est pas extensible, dans ce cas je bénis l'arrivée du patient suivant qui leur rappelle qu'ils ne sont pas seuls.

Il doit y avoir aussi une part de sagesse, à me dire que je sais qu'un détartrage prend 15 minutes en moyenne ou qu'un examen de prévention pour un enfant ne demande pas 30 minutes. Alors parfois je déborde pour finir le soin au lieu de reporter, je grappille 5 minutes au patient suivant. Je me suis souvent rendu compte que le patient qui suit un patient en retard est souvent soit lui-même en retard soit  ne se présente pas, ça m'est arrivée un bon nombre de fois de ne rien faire 1h d'affilée alors que j'aurais pu prendre le premier patient ...

En somme j'ai changé, je suis moins catégorique, plus compréhensive sur certains points. Et je pense que c'est une bonne chose de ne plus passer pour un dragon (même si l'assistante leur dit toujours "je ne pense pas qu'elle va vous prendre".


mercredi 1 avril 2015

Légende urbaine : mon dentiste est content quand j'ai plein de caries ça lui permet de payer ses vacances.

Dans la série affirmation qui m'énerve celle-ci gagne largement la palme d'or.

Certains pensent que nous chirurgiens-dentistes nous frottons les mains et bavons de plaisir dès qu'un patient ouvre la bouche et nous dévoile des chicots plus ou moins pourris.

C'est aussi débile que de dire que au choix:

- les pompiers sont contents qu'une maison avec sa famille qui dormait tranquillement à l'intérieur brûle. 

- le camion du SMUR et son équipé trépigne d'impatience à l'idée de réanimer un motard qui s'est pris un camion

- l'oncologue a envie que vous ayez un cancer, sinon il n'aurait pas de boulot.

- le médecin généraliste attend que vous attrapiez la gastro-entérite pour remplir sa salle d'attente

Etc etc 

Je comprends qu'on soit jaloux des professions qui ont des revenus plus élevés que la moyenne (et encore comme dirait une copine le concours est ouvert à tout le monde, on a volé la place à personne) mais il faudrait garder en tête que si personne n'avait de caries, de problèmes de gencive, des dents manquantes, on existerait pas.

Nous chirurgiens-dentistes, nous ne sommes pas là pour vous faire lâcher un maximum d'argent, nous sommes là avant tout pour vous soigner.

Si notre but était que la carie vous atteigne tous, on ne ferait pas de prévention au quotidien, on vous laisserait avec votre tartre et vos mauvaises habitudes. 

Je le répète suffisamment ici mais mon idéal ce serait de ne faire que des détartrages ou des polissage.

Je ne me satisfait pas à voir des enfants de 3 ans ou plus (ou moins) avec 5 dents à soigner.

Cela ne me réjouis pas non plus d'avoir à planifier l'extraction de 5 dents sur un patient de 25 ans.


Mais ces patients sont là, ont mal, sont en demande de soins, de prothèses, de pouvoir mastiquer, sourire, parler. 

Alors oui au final pour certains ça atteint des sommes folles, mais rapporté au nombre de patients vus par jour pour lesquels on ne fait qu' "un composite", ils sont minoritaires et ne sauraient résumer notre profession.

Si vous avez des questions, des remarques à faire à votre dentiste profitez de la journée portes ouvertes

mercredi 25 mars 2015

Comment brosser les dents d'un bébé ?


Mes dernières publications sont très pédo-centrés mais d'après les statistiques ce sont surtout les futures mamans et les parents qui viennent trouver des conseils ici. Je me devais donc de vous donner des pistes.

Je n'ai pas utilisé le doigtier sur BébéCarie, mais j'ai failli en commander plusieurs fois en même temps que mes biberons Iltet. Je trouve ça plus sécurisant au départ que la brosse à dent, bras moins long donc plus de maniabilité. Un peu comme si on avait une compresse à picots au bout de l'index. 
Doigtier-brosse à dent en silicone



Idem je ne connaissais pas bioseptyl ni leur brosse sans poils, parfaite à mâchouiller. Car qu'on le veuille ou non un bébé de 6 mois (surtout si il "fait ses dents") aura envie de goûter /mordre la brosse et ne vous laissera pas faire un brossage académique.

Brosse La bavouille Bioseptyl

Masse les gencives, nettoie les premières dents, et familiarise Bébé en douceur avec le geste du brossage. Manche ludique et ergonomique. Bague anti-enfoncement à placer sur le col.


Dentifrice ou pas ?

Techniquement tant que l'enfant se sait pas cracher, on est censés ne pas mettre de dentifrice. Surtout il faut éviter le dentifrice du grand frère/sœur si il contient plus de 500ppm de fluor (gamme après 9 ans généralement). Si l'ingestion de pâte dentifrice n'est pas gravissime à faible dose, elle  fortement déconseillée pour le surdosage en fluor que cela pourrait induire. 

En somme il n'y a pas d'âge précis, il faut suivre l'évolution de son enfant. 

Dans tous les cas un "petit pois" suffit, inutile de charger la tête ou de badigeonner tous les poils comme dans les pubs. 

Par ailleurs il est important de noter que le dentifrice ne nettoie pas les dents, il améliore le confort du brossage en donnant l'aspect mousseux et l'haleine fraîche mais c'est l'action mécanique de la brosse qui enlève les saletés ... ainsi on pourrait très bien s'en passer et ne pas avoir de caries.




Ce que je préconise pour les jeunes enfants est de nettoyer les dents avec une compresse imbibée d'une solution de rinçage. Super pratique quand le bébé n'ouvre (ou ne veut pas) ouvrir trop la bouche et quand on ne doit nettoyer que les incisives.

Solution de rinçage Elmex Protection Caries
Sur une compresse pour le brossage doux 


Puis quand il manie bien la brosse à dent (ou quand on arrive à lui brosser les dents sans qu'il mâchouille la brosse) et qu'il sait cracher on peut mettre du dentifrice (généralement vers 3-4 ans).


Faut juste aimer la fraise :)
Formule brevetée combinant Fluor (500ppm) + Isomalt permettant une reminéralisation 2 fois supérieure à celle du Fluor seul.


Pour ceux qui n'aiment pas la fraise
500 ppm de fluor



Quelques remarques :
  • On "doit" commencer le brossage des dents en théorie à l'apparition de la première dent de lait. En pratique on fait comme on peut (j'ai commencé à 10 mois).

  • Le but est d'introduire l'objet dans le quotidien sans en faire une contrainte. Il y a bien assez  à faire avec les mouchages de nez au sérum physiologique.

  • Vers 12 mois l'enfant commence à vouloir imiter ses parents donc le mieux est d'avoir au moins un moment dans la journée où il voit vous brosser les dents.

  • (Par exemple dans mon cas BébéCarie est réticent à la brosse à dent manuelle et parfois (souvent)  n'en veut pas, par contre il me court après (façon de parler) quand je me brosse les dents avec mon électrique, je lui ai donc réservé une brossette, ça l'éclate il pleure même au moment où je l'arrête.

  • Le moment crucial est l'apparition des premières molaires de lait, dents sur lesquelles les aliments resteront plus facilement collés. Que l'enfant mange liquide ou solide, il est capital de les brosser AU MOINS UNE FOIS PAR JOUR avant les 2 ans.







mercredi 11 mars 2015

Don't look back in anger

J'aurais aussi pu appeler ce post "Non rien de rien non je ne regrette rien".

On m'a récemment demandé si je regrettais mon choix de vie. Pas celui de courir partout pour concilier le cabinet et BébéCarie mais celui de soigner des dents. 

Ces questions émanent toujours (ou presque) de futurs aspirants aux études de médecine qui ne comprennent pas bien quel plaisir on peut avoir à être dentiste.

Comme je l'avais déjà écrit, dentiste n'est pas ma vocation d'enfant, j'adorais la biologie et le corps humain, j'aurais bien fait prof ou infirmière, mais je voulais un métier qui "rapporte" alors je me suis inscrite en médecine. (On notera que durant mes études j'ai essayé de me caser avec un futur médecin pour atteindre mon 2ème but dans la vie c'est à dire avoir un mari riche) (spoiler je n'ai pas réussi mais ce n'est pas plus mal).

Le problème dans le choix de l'orientation scolaire est qu'on embrasse souvent des études sans savoir ce qu'est réellement le métier qui nous attend. J'ai l'impression en ce moment que tout le monde veut faire médecine. Parce que ça fait bien dans les réunions de famille, parce que ça pète comme titre "docteur", parce que ça gagnerait bien (notez le conditionnel). 

Je note que ces personnes ne doivent pas avoir beaucoup de médecins dans leurs proches pour en garder cette vision fantasmée ou qu'ils ont une énorme poutre dans l’œil (la faute à la pénurie d'ophtalmologistes ?). Ou alors j'ai toujours eu un point de vue biaisé par le mari de ma marraine, médecin généraliste à la campagne. Oncle que j'ai toujours vu quitté le table du 25 décembre pour une urgence, ou que je voyais veiller devant la télé tard le soir pendant ses gardes. Je pourrais aussi dire qu'il a une superbe piscine mais tout comme sa maison c'est lui qui l'avait bâtie. Et on ne peut pas dire qu'il parte beaucoup en vacances.

Bref quand on me demande si je regrette mon métier, sous-entendu si je regrette de ne pas avoir choisi médecine, je rigole.

Déjà je souris qu'on puisse penser que je n'ai pas eu le choix (c'est vrai dans la tête de beaucoup de médecins ou de personnes nous sommes des médecins ratés). Car je l'ai eu et il était tout sauf cornélien à faire. Tout à fait réfléchi mais si j'ignorais complètement dans quoi je mettais les pieds (j'ai eu un aperçu avant la rentrée en allant chercher un livre et j'ai eu un peu peur).

Passé le moment où je pleurais dans les toilettes de la fac car je n'avais pas réussi cette cavité parfaite pour amalgame sur ma dent frasaco, j'ai arrêté de me dire "pourquoi n'ai-je pas choisi médecine? ça aurait été plus simple)(simple dans le sens où je suis une intellectuelle et apprendre bêtement par cœur ne m'a jamais posé de soucis)(et ça paraît beaucoup plus simple que faire ce foutu 4 en fil de fer). En somme quand je suis rentrée à l’hôpital et que je suis devenue externe avec mes vrais patients, j'ai su que je ne m'étais pas trompée.

Et il faut dire que la réforme de la loi de santé, la peut-être future obligation à ne pas s'installer où on veut (ou du moins à être contraint comme les pharmaciens) me donnent raison.

Si je devais ne plus soigner de dents, je ne soignerais plus tout court.




vendredi 6 mars 2015

Combien coûte un enfant professionnellement ?

Le début d'année pour les libéraux est marqué par la fermeture de la comptabilité professionnelle de l'année précédente, de belles heures de prise de tête pour les rapprochements bancaires et rendre tout dans les temps à l'association de gestion (quand on a pas de comptable).

Une fois que tout est déposé, et que l'association de gestion a tout vérifié et recalculé, on obtient notre déclaration 2035 sur laquelle est inscrit le bénéfice réel de l'année terminée. Une belle manière de voir combien on a vraiment gagné.

Car en libéral on a toujours (ou presque) de l'argent sur son compte pro. Si on travaille, les entrées (et sorties) sont régulières, pas ponctuelles comme un salaire. Ainsi même si certains mois sont difficiles (sauf quand la régularisation URSSAF dépasse le solde du compte), on a jamais l'impression d'être à sec.

Et puis il y a ce chiffre que j'ai vu en bénéfice net.

J'ai demandé deux fois à la personne qui s'était occupée de la mise en forme si ça correspondait bien à ce que j'avais gagné.

Oui c'était bien ça, en 2014, j'ai gagné 7000 euros.  Pratiquement 40 000  de moins qu'en 2013. Rapportés sur 12 mois ça ne fait pas un SMIC. Même si les indemnités journalières pour le congé maternité ne sont pas comptés (mais il ne sont que de 3000 euros).

Maintenant que je suis sortie du marasme financier ça me fait sourire car je sais que je ne paierais pas d'impôts cette année, et qu'ils vont devoir me rembourser le premier tiers (et le deuxième qui viendra).

Je suis heureuse de m'en être sortie, même si je sais comment: j'ai  vidé mon livret A. Car il fallait bien la payer la régularisation URSSAF et les impôts.

Je ne pense pas qu'il y ait de meilleurs moments pour faire un enfant, je suis collaboratrice, j'aurais pu avoir un cabinet à moi et devoir payer d'autres personnes quoi qu'il arrive, ça aurait sans doute été plus dur ou stressant.

J'aurais pu aussi choisir de reporter mes cotisations retraite comme certaines le font, mais ça aurait repousser l'échéance (ou perdre un semestre).

J'aurais pu me reposer financièrement sur MrCarie ou mes parents mais ça n'est pas ma vision des choses.

Ça n'a pas été un sacrifice.

J'ai le plus beau des sourires chez moi et ça en valait tout l'or du monde.

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