mercredi 17 septembre 2014

La mère, le dentiste et l'enfant.

Il était évident qu'en devenant mère j'allais soigner différemment les enfants au cabinet. 

Il y a ce côté amusement que j'avais déjà à voir leurs petites bouilles rondes, maintenant je les identifie à mon fils, je l'imagine plus grand.

J'avais déjà beaucoup changé pendant la grossesse, surtout compte tenu des positions parfois acrobatiques face aux récalcitrants (non pas pour les tenir mais pour les soigner dans une position qui NOUS convient). Après quelques coups dans le ventre (sur des enfants encore une fois non immobilisés mais très énergiques) et surtout des coups de chaleur/fatigue, j'ai vite décidé de ne plus me prendre la tête.

Compte tenu du tarif final du soin, je ne vois plus m'ennuyer pendant 20 minutes à négocier avec un enfant qui n'en a rien à faire. Si il est violent/dangereux envers moi/lui, dorénavant j'arrête le soin et je fais un courrier. Bien entendu si il a juste peur et qu'il ouvre la bouche, je continue. (Tout en expliquant et en prenant le temps comme je l'ai toujours fait).

Souvent la mère me supplie de continuer, parfois l'enfant voyant sa mère pleurer et par crainte de la punition (ou de la non-récompense) me dit qu'il va faire un effort. Généralement je ne change pas d'avis (souvent il ne me reste à ce moment là que 5 minutes).

Ces séances sont rares mais me laissent toute aussi fatiguée que l'enfant et sont délétères pour le reste de ma journée. Si certains parents offrent de me payer pour mon temps, la plupart (faute de soin pas d'acte à coter, à part si c'est le premier rdv) part sans me remercier pour le temps passé à essayer.

J'avais toujours convenu de ne jamais faire souffrir un enfant, j'essaie de m'y tenir même si parfois les parents me menacent ou m'insultent (souvent le père d'ailleurs qui ne comprend pas pourquoi je m'interrompt alors que j'ai fait l'anesthésie par exemple).

Je dirais que le plus dur c'est la culpabilité. Celle d'abandonner. De savoir que l'enfant ne sera pas soigné, que les parents devront prendre rendez-vous ailleurs et devront attendre. Partagée entre le devoir de ne pas les traumatiser et la nécessité de les soulager, je cherche des solutions et leur trouve des adresses où ils seront mieux accueillis . En sachant que ce ne sera pas immédiat certes mais que les soins repartiront sur des bases saines.

Je sais qu'en province cette accès sera plus difficile et impliquera alors un dépassement d'honoraires mais comment peut-on envisager de faire des soins corrects en prenant le temps autrement ? 

D'un autre côté je n'ai aucune reconnaissance de ces parents qui bien souvent se font suivre par mon titulaire et ne me consultent qu'en urgence. 

La seule chose que je sais dorénavant est qu'une mère peut se tromper.
Dire à son enfant qu'il n'a pas mal juste peur alors que c'est faux.
Je sais aussi qu'elle peut être débordée et exténuée et oublier parfois de contrôler le brossage des dents le soir.
Qu'elle peut aussi abdiquer et donner un biberon de lait pour la nuit pour que le bébé puisse s'endormir.
Je sais que parfois on est à bout après 2h, 3h de pleurs incessants, que le père râle en rentrant et que la belle-mère nous dit de donner une tétine pleine de miel et qu'on finit par abdiquer.
Je sais que parfois on voudrait juste qu'il finisse le biberon alors on rajoute du sucre.
Je sais qu'on trouve ça drôle que la petite goûte au coca même si elle a 18 mois et qu'on va même prendre une photo et la mettre sur facebook.
Je sais que parfois on est dépassés, têtus.
Je sais que souvent on ne sait pas pourquoi c'est mal parce qu'on l'a toujours vu faire.
Je sais qu'on ne peut pas juger des parents qui n'ont pas le même bagage culturel ni le même accès à l'information. 

C'est pourquoi maintenant ma bataille est de détecter ces parents dans mes patients, et de leur expliquer avant qu'il ne soit trop tard. 





mardi 9 septembre 2014

Culpabilité

J'ai repris le boulot et il ne m'a pas manqué (le bébé pas le boulot). Il faut dire que je n'ai pas eu le temps, tellement occupée que j'étais à courir dans tous les sens pour remettre de l'ordre dans mes affaires, à retrouver mes marques perturbée par l'ouragan remplaçant qui a un sens de l'ergonomie bien différent du mien (et qui a du penser que si j'avais été bien sympa de garnir les tiroirs pour ne manquer de rien il n'avait pas à faire de même). Entre les réglages du fauteuil à refaire (on ne peut pas dire qu'il n'était pas à l'aise au moins) et les patients qui avaient pris rendez-vous pour moi, je n'ai pu me poser qu'à l'heure du déjeuner. 

Je stressais de reprendre car je m'étais habituée à ma vie tranquille sans grande responsabilité (maintenir un être humain en vie n'est guère très difficile comparé à satisfaire tous ses patients). 

Du jour au lendemain, je l'ai laissé une journée entière (non sans m'en occuper avant de partir quitte à me réveiller plus tôt). 

J'étais heureuse au boulot puis soucieuse. Sur moi planais cette mission à accomplir, être une super dentiste doublée d'une super maman. Devoir gérer les 2 en parallèle. Avoir la pression du titulaire qui veut que je bosse plus pour le décharger de sa surcharge de travail, devoir bosser moins pour s'ajuster au mode de garde. 

Etre tiraillée entre son bien-être psychique (=avoir une activité intellectuelle autre qu'apprendre des comptines) et le bien-être de son nourrisson (=qui n'a connu que moi ou presque pendant 4 mois et demi et qui doit composer avec une nounou qui opère différemment).

Mais être poussée aussi par l'URSSAF, les impôts et la caisse de retraite qui n'ont pas manqué de me rappeler qu'il fallait que je travaille si je voulais pas vider mon livret A. 

Maintenant je comprends ces femmes qui ont choisi d'arrêter de travailler, c'est difficile avec nos horaires de dingues quand on a pas de solution de garde adaptée de devoir jongler, et parfois on préfère abdiquer, oublier ses plans de carrière, ses rêves de vacances en club pour se recentrer sur l'essentiel, son enfant.

En attendant je navigue à vue entre l'incapacité financière de démissionner (et l'envie d'avoir une activité professionnelle qui prévaut toujours) et mon envie d'enfoncer ma tête dans un oreiller pour étouffer mes cris.

Bien sûr que je suis aidée. MrCarie est plus que présent et me seconde à merveille.

Mais toute la pression est sur moi. Je suis la mère, je l'ai voulu. 

mardi 2 septembre 2014

Le dentiste vu par le cinéma

Le gros sadique.

Attention les scènes suivantes peuvent choquer, ne pas regarder si vous avez déjà une phobie du dentiste.

Inutile de courir avec une tronçonneuse ou de faire des crises convulsives entre 2 exorcisme pour faire peur. On peut aussi bien cacher son jeu, paraître attentionné et torturer avec un plaisir démesuré ses patients. Ce qui est encore plus jouissif c'est que personne ne s'y attend. un masque de dentiste c'est quand même plus discret que la panoplie de Scream.

Le premier exemple qui me vient est forcément celui du dentiste nazi de Marathon Man. 
Difficile de faire pire qu'une scène de torture.

Sauf peut-être en cocufiant son mari avec le jardinier. Et en révélant ainsi sa face cachée de psychopathe. 

Moralité : Au cas où vous l'ignoriez, il ne faut jamais embêter son dentiste, surtout si on est sur son fauteuil, ou si on le sent légèrement à cran ces derniers temps.  On ne sait jamais ;-)

Le notable

Que ce soit le père de Vicky dans la Boum, le fiancé éconduit de Rachel Green dans Friends, Richard dans friends toujours, à chaque fois que l'on voit un dentiste, c'est d'abord un bon père de famille (même si il travaille tout le temps), et le gendre idéal. C'est le cliché numéro 1, "on s'en fiche qu'il soit moche et vieux, il est dentiste va lui parler".

Moralité: Si vous voulez avoir une belle maison et partir en vacances à Hawaï, épousez un dentiste. Ou devenez-le vous même.

La désaxée

Dentiste c'est un métier d'homme, si vous voulez pratiquer cette profession en tant que femme vous avez un problème psychologique. Vous êtes nymphomane par exemple, et vous adorez harceler votre assistant dentaire comme Jennifer Aniston dans Comment tuer son boss ?


Ne manque que le masque ...


Moralité: Si tu veux être indépendante financièrement et ne pas avoir à épouser un homme pour avoir la belle vie, tu es une mauvaise fille ...
Pour aller plus loin, une thèse sur le sujet;

Vous en voyez d'autres ?

mercredi 30 juillet 2014

Fluor, en prescrire ou pas ?

C'est dur d'être favorable à l'administration de fluor chez le nourrisson pour la prévention des caries dentaires quand on voit comme moi tous les jours de cas de fluorose. Mais je vais tâcher d'être objective.

(NDLR: tout le monde n'a pas la chance d'avoir une maman dentiste (ce que m'a dit ma pédiatre), on ne peut renier l'apport du fluor dans la diminution du nombre de caries).

(NDLR: j'évoque ici le fluor donné sous forme systémique par voie orale (gouttes, comprimés...)).

Dans un premier temps, il est nécessaire de comprendre qu'une fois les dents sur l'arcade le fluor n'aura pas d'action sur la minéralisation de l'émail mais juste sur sa composition (en gros au lieu d'avoir des cristaux d' hydroxyapatite on aura de la fluoroapatite plus résistante à la carie).



Arcade dentaire et âge d'éruption

Par ailleurs il est important de noter que les dents de lait se forment pendant la vie in-utéro, les dents définitives commencent également leur minéralisation pendant la grossesse (voir tableau en dessous). C'est pourquoi il est important de ne pas consommer de médicaments sans l'accord du médecin (en plus du risque tératogène, certains comment les tétracyclines engendrent des colorations indélébiles sur les dents définitives).



Âge de minéralisation des dents définitives

Une dent définitive met en moyenne 9 ans pour se former, les 3 premières pour la construction de la couronne, les 3 suivantes pour le début d'édification de la racine et les 3 dernières se déroulent une fois la dent sur l'arcade pour terminer l'édification radiculaire.



Exemple panoramique dentaire d'un enfant de 6 ans, on voit que les couronnes des 2èmes molaires et prémolaires sont déjà formées.

La prescription de fluor chez l'enfant ne doit pas être systématique et doit répondre à plusieurs critères pour évaluer le risque carieux. La prescription par voie orale a un but préventif uniquement. 

Si l'enfant a des aînés, c'est plus facile de mesurer le besoin. Surtout si ils ont eu des caries précoces ou de nombreux soins dentaires. C'est le rôle du pédiatre, du médecin de famille et du dentiste de savoir reconnaître les enfants qui en ont besoin. 

                                       

Comme vous pouvez le constater la fluoruration n'est jugée nécessaire qu'en cas de risque carieux élevé. 









L'apport en Fluor quand il est jugé nécessaire en rapport avec le risque carieux doit être mesuré et ajusté en fonction des teneurs dans l'eau de boisson (eau de ville, eau en bouteille). 

Si le calcul peut paraître fastidieux il est indispensable pour éviter un excès de fluor (fluorose) qui est néfaste pour les dents et pour les os. 

Recommandations apport en fluor en fonction des teneurs dans l'eau de boisson AFSSAPS/OMS

La fluorose prend des aspects divers et gradués en fonction de l'âge et du degré d'exposition. Il n'y a pas de traitement une fois l'émail altéré. 

L'université d'Oslo a produit cet index très utile.


Profondeur de l'atteinte de la dent en fonction
de la gravité


Formes de fluorose

Fluorose très légère (celle la plus rencontrée en France)

Forme fréquemment rencontrée pour les patients ayant grandi au sud de l’Algérie ou au Maroc.


En résumé :

  • avant de faire ingérer à votre enfant du fluor tous les jours demandez-vous si cela est nécessaire.
  • contrôlez les différents apports en fluor pour éviter un surdosage.
  • prévenez la carie dentaire en évitant le grignotage et les apports en sucre (boissons, bonbons, biscuits).
  • brossez les dents de vos enfants jusqu'à ce qu'ils soient autonomes, puis surveillez-les.
  • utilisez des bains de bouche fluorés (nettoyage à la compresse chez les enfants de moins de 2 ans) puis dentifrice fluoré sous surveillance pour éviter que l'enfant en avale.
  • parlez-en à votre médecin et dentiste.
  • faites de contrôles annuels dès 6 ans (et avant si vous remarquez des lésions carieuses).










vendredi 25 juillet 2014

Peut-on (doit-on) noter son dentiste ?

Il fut un temps (que les moins de 20 ans ne peuvent pas conn-) où l'on se fier au seul bouche à oreille pour trouver un soignant. Le DrUntel soignait toute la famille et les voisins, tout le monde était content, personne ne se posait de questions.

Maintenant on aime bien les classements. On veut trouver le meilleur kebab, l'hôtel à meilleur rapport qualité prix de la Baule, le meilleur lycée du monde.

Pour preuve les numéros de l'express/lepoint dont les ventes cartonnent et qui reviennent tous les ans.


Le classement c'est rassurant, ça aide à faire des choix cruciaux. Comment choisir entre DrDelajambe et DrDubras pour sa prothèse de hanche, comment choisir un centre de PMA, comment choisir son centre de traitement anti-cancer ?

C'est aussi accepter de ne se fier qu'à des chiffres, à des statistiques. Les mêmes qui disent que vous avez plus de chance de vous faire foudroyer plutôt que de mourir croqué par un requin (sauf que dans votre région il n'y a presque jamais d'orage par contre vous aimez bien le bodyboard en dehors des plages surveillées).  Ou les mêmes qui disent que statistiquement une grande compagnie aérienne ne peut avoir 2 crashs majeurs la même année. 

Il suffit de voir les commentaires sur tripadvisor pour comprendre les dangers d'une classification établie par un juré de non-experts. Certains sont conquis par des points qui sont rédhibitoires pour d'autres.

On est tous différents, nous n'avons pas les mêmes attentes, ni les mêmes problématiques.

Pour être dit de référence (autre que le Niveau De Preuve Moi-Même) il faudrait faire vérifier les points suivants :

- La douleur
La question classique dans le choix d'un dentiste, "t'as t-il fait mal ?".  Quelle était la situation de départ ? Le patient avait t-il une rage de dent/un abcès/une gingivite ... auxquels cas l'anesthésie peut être longue à prendre.
On a forcément pas la même expérience si on vient pour un simple contrôle détartrage que si on vient pour extraire une dent de sagesse mandibulaire.

- Le délai pour obtenir un rendez-vous.
A tempérer par les exigences du patient libre que le jeudi entre 18h et 19h15. Si on vous propose 3 créneaux dans les 3 jours mais que vous ne pouvez venir que le samedi après-midi ce n'est pas de notre faute.

- La disponibilité
Répond au point précédent. A écouter certains patients on devrait être ouvert tous les jours même le dimanche. Le fait d'avoir une vie sociale et familiale étant un mauvais point. 
Et je ne parle pas du fait de partir 15 jours en vacances en Août alors que l'emploi du temps est vide et les laboratoires de prothèse fermés.

-Le temps d'attente en salle d'attente
Certains patient arrivent à 8h30 pour un rendez-vous à 9h. Non seulement ils ont de grandes chances de patienter devant une porte close (voire sous la pluie) mais en plus ils ne seront pas sortis plus rapidement. Je râle souvent face aux retards mais la préparation du matin c'est sacré.
Le mieux reste de s'arranger pour arriver 5-10 minutes avant pour avoir le temps de se garer/repérer le bouton pour ouvrir la porte plutôt que d'appeler 10 fois ...

-La tête du soignant
Certains voudraient n'être soigner que par des hommes d'autres des femmes. On encore faire sa sélection sur les pages jaunes.
D'autres veulent un "vieux de la vieille" et abhorrent le jeune.
D'autres pires laissent passer un "argh" en ouvrant la porte quand ils voient qu'on est trop gros/trop grand/trop petit/trop jaune/trop basané/trop moche/ pas à leur goût.
Racistes restez chez vous.

-La sympathie du soignant
Certains sont peu aimables et peu affables mais pas pour autant mauvais. D'autres adorent parler mais c'est pour masquer leur incompétence (on parle de moi ?).
Comme tout être vivant doté d'empathie nous répondons aussi à la personne en face de nous, si elle est mal-aimable et arrive 10 minutes en retard sans s'excuser il est "normal" qu'on ait pas envie de faire la conversation.

-La durée du soin
Tout dépend du motif de la visite,si vous posez 36 questions redondantes ...
Un détartrage dure 15 minutes en moyenne. Pour certains 2 séances seront nécessaires, pour d'autres un simple polissage de 5 minutes sera suffisant.
Il en va de même pour une carie ou un traitement canalaire.

-Le prix/le devis
Tout dépend de quelle situation on part et ce à quoi on aspire. Tout dépend du soin qui a été réalisé. Il n'y a pas de prix fixes pour une séance, tout dépend de l'acte.
Si on veut le sourire de Shakira alors qu'on une bouche en touches de piano ça va forcément chiffrer.

-La réponse aux attentes
La demande que je décline le plus souvent est celle du blanchiment. Elle est souvent formulée par des gros fumeurs/gros buveurs de café/patients qui ont du mal avec l'hygiène dentaire. Bizarrement le peu qui pourrait y accéder (hygiène impeccable, aucune carie...) n'en émet pas le souhait.
Je ne parle pas du "je veux un bridge comme celui de ma voisine" qui ressemble fortement au "faites moi la coupe de Jennifer Aniston" alors qu'on a des anglaises. 

-Le parking
En province il est facile d'installer un parking privé mais quand on bosse en plein centre-ville on en parle ?

-Difficulté pour trouver le cabinet
Certains aimerait un fléchage type "mariage" pour trouver l'emplacement et arrivent la bouche en cœur iphone à la main après avoir cherché 30 minutes.
Si vous êtes doté d'un smartphone vous savez que les plans sont disponibles (dès la recherche pages jaunes d'ailleurs). Pour les autres la plupart des grands axes sont équipés de plans de la ville.Et rien ne vous interdit de vous renseigner avant.

-Lecture en salle d'attente
La blague commune est qu'il n'y a souvent que des Elle de 1995 (enfin plutôt la dernière année des Madame Figaro et Express/LePoint).
Oui les pages sont écornées voire arrachées, cela semble être un passe-temps agréable pour les enfants de nos patients.

-Propreté de la salle d'attente
Malgré notre bonne volonté et votre délicatesse, certains êtres oublient l'existence de la poubelle pour déposer mouchoirs, restes de gâteaux et détritus en tout genre.

-Propreté des toilettes
Commencez par nettoyer derrière votre enfant/mari qui n'a pas encore acquis le fonctionnement de la balayette.

Vous voyez quoi d'autres comme critères ? On fait quoi on nomme un inspecteur ?


L'accessibilité handicapés ne devrait pas être un critère, tous les cabinets devraient avoir un accès, même si certaines copropriétés (à Paris surtout) s'opposent à des travaux importants (voire impossible dans certains immeubles).








mercredi 16 juillet 2014

Nous ne sommes pas des prestataires de service, nous sommes des soignants.

Voilà MrX qui se présente à moi, il a vu un autre praticien  il y a  2 mois mais il n'a pas voulu accéder à sa demande alors il est reparti en claquant la porte. 

Comme souvent (avec certains patients) il a mal à une dent et c'est forcément celle que j'ai soigné moi (ça doit être la réminiscence de l'ancienne douleur). Il ne peut pas avoir mal ailleurs. Même si elle est dévitalisée et qu'il a mal au froid (ndlr : une dent sans pulpe ne peut réagir au froid, au chaud ou au sucre).

Il veut que je l'extraie. Je fais une radio, lui montre qu'elle ne présente pas de lésion à l'apex (au bout de la racine). Mais la gencive est un peu gonflée (bienvenue à toi Gingivite !). 

Il persiste à dire que c'est là alors que 2 dents plus loin un énorme cratère orne sa dent de sagesse.

Mais non sa dent de sagesse va bien. Je lui fais le test au froid, forcément il sursaute sur la dent de sagesse et m'autorise à l'extraire. 

Pendant 15 minutes cela n'a été que négociations entre lui qui voulait absolument qu'on lui enlève une dent qui va bien et pas celle atteinte et moi qui essayait de lui  faire comprendre que je ne fais rien sur commande.

Il est fini le temps des soignants paternalistes, qui savaient et dont le diagnostic était respecté.
Maintenant on remet tout en question en fonction de son expérience, de celle de sa concierge et de ce qu'on a vu sur doctissimo.

Maintenant le patient croit qu'il est un client (parce qu'il paie) et qu'il a donc tous les droits.

Le droit de décider par quel soin commencer. Le droit de décider si il vient à l'heure ou pas. Le droit de décider qu'un acte n'est pas nécessaire. Le droit de réfuter un diagnostic. 

Je fais de la résistance car je suis jeune, et c'est maintenant que nous devons nous battre pour leur faire comprendre que nous sommes des soignants. Nous avons fait des études, nous suivons des formations , nous savons reconnaître une carie, une infection, une maladie de la gencive ou de l'os.

Nous ne pouvons nous fier au seul ressenti du patient car la douleur peut se projeter ailleurs que là où est elle réellement. 

Nous ne sommes pas là pour satisfaire un désir mais pour prévenir/traiter/réparer.

Vous devez nous remettre votre confiance pour que l'on avance ensemble, et non vous méfier, remettre en question notre analyse, notre plan de traitement.

Vous pensez qu'en un clic vous pouvez avoir les dents blanches/réalignées/soignées vous vous trompez. Certaines choses se font par étapes et vous devez être patients. 

Vous êtes des patients pas des clients.

Nous ne sommes pas des prestataires de service, nous sommes des soignants.

PS: le patient est revenu. Il m'a affirmé la tête baissée que j'avais raison il n'a plus eu mal après l'extraction de la bonne dent.

A lire un post qui date mais qui fait écho à ce que j'évoque dans cette façon de vouloir faire de la médecine un commerce .

mercredi 9 juillet 2014

Sealants: en avoir ou pas ?

Les sealants sont un peu le seul acte que font certains dentistes sur les enfants. Car c'est le mieux rémunéré (généralement on en fait 4 ou au moins 2) et celui le moins traumatisant (pas d’anesthésie).

C'est un acte de prévention mis en place pour les molaires définitives remboursé jusqu'aux 15 ans de l'enfant.
Dans les faits il est vraiment "utile" dans les 3 ans qui suivent l'éruption de la molaire définitive, car l'émail est encore immature donc plus sensible aux caries. Donc jusqu'à 9-10 ans pour les premières molaires et 15 ans pour les secondes.

Sur le papier c'est un acte super simple à faire. Il suffit juste de nettoyer la dent à la brossette, d'appliquer un acide, attendre 30 secondes, rincer-sécher, appliquer le composite, polymériser à la lampe puis polir. En somme 4 minutes par dent, donc 4 dents en 20 minutes max easy.




Sauf qu'en réalité, ce ne qu'on ne voit pas sur les schémas, c'est le patient. Par essence il est jeune, il a une langue qui bouge et de la salive qui coule. Parfois la dent est à peine sortie et recouverte de gencive ...

Les parents demandent toujours cet acte, en pensant que c'est un droit mais ignorent qu'il est n'est pas nécessaire si l'enfant ne présente pas de risque carieux particulier (par exemple aucune caries, bon brossage, sillons peu marqués) et surtout qu'il doit toujours être réalisé dans de bonnes conditions.

J'en fais peu car souvent c'est plus une séance de combat pour garder la dent au sec, et les patients les plus compliants sont souvent les moins nécessitants. 

Un père m'a récemment regardé de haut quand je lui ai dit que je n'en ferais pas sur son fils, sur qui une carie avait été galère à soigner. C'est difficile de leur faire comprendre que travailler dans la salive (ou bouche fermée) est un facteur favorisant la reprise carieuse, ce qui est dommage pour un acte de prévention sur une dent saine.

Je ne compte pas le nombre de patients qui ont eu une carie sous un sealant. Justement parce qu'il a été fait dans les mauvaises conditions. Et/ou que personne n'a prévenu les patients qu'il ne fallait pas s'abstenir de brosser (CE N'EST PAS UN VACCIN ANTI-CARIE ni une armure, tout soin peut toujours s'infiltrer si on ne se brosse pas les dents, ou si on a une mauvaise hygiène alimentaire).

Dans l'idéal, il faudrait poser un champ opératoire (digue dentaire) pour chaque dent.


Dent isolée de la salive/langue par digue dentaire


Ou avoir une assistante au fauteuil qui aspire et tient la langue.


Existe-t'il des assistants ? J'aimerais bien en rencontrer.

Petite canule d'aspiration salivaire, dite "paille"


La dernière option est de s'armer d'un bon stock de cotons salivaires et de se battre avec la langue et l'aspiration pour garder au sec.

Par ici le rouleau !


Il conviendrait comme pour tous les soins que les autres professionnels de santé gravitant autour de l'enfant (je pense aux infirmières scolaires ) arrêtent de dire aux parents que cet acte est indispensable, pour modérer leurs propos et rajouter que c'est à faire en fonction de l'examen buccal. 

Il conviendrait aussi qu'on exécute cet acte dans des conditions optimales en expliquant au patient qu'il doit continuer de pratiquer un brossage rigoureux.

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