jeudi 15 décembre 2011

Comment virer ses patients en toute impunité ?

On ne peut pas plaire à tout le monde, je le répète souvent. Parfois c'est le patient qui ne me plaît pas. Qui est d'emblée désagréable, qui ne fait pas confiance, nous met mal à l'aise, nous remet en questions, ne vient pas. Bilan avec ce type de patient, on est sur les nerfs.

De deux choses l'une, soit on les invite à changer de praticien dès le début (j'ai du le faire une fois et c'est aussi dur qu'une rupture à expliquer), soit on subit et on attend qu'ils craquent.

Si il a de la prothèse à faire, on leur fait un devis faramineux, pour les dégoûter. Si ils reviennent c'est qu'ils sont hyper-motivés. La perspective d'être payée à la fin fait mieux passer la pilule.

Si c'est des soins, on commence par le fonctionnel, l'urgence mais pas l'esthétique. On traite la douleur et on traîne en longueur le reste pour qu'ils se lassent. On commence par les dents du fond (les molaires), on finit par les incisives (même si ils viennent pour ça, c'est à nous de choisir).

Sinon on les pousse à la faute. On leur donne des rendez-vous tôt un samedi matin quand on est sûr qu'ils ne se lèveront pas pour pouvoir leur dire au bout de 3 fois : "3 rendez-vous manqués, je ne vous prends plus".

Certains nous facilitent la tâche donc la vie. Après avoir invoqué toutes les excuses les plus bidons (j'étais en vacances, mon oncle est mort), il arrive en retard d'une heure au rendez-vous car dans sa tête c'était cette heure-là. Bien sur il a patienté gentiment devant la porte un moment mais n'a pas voulu déranger. Sauf que la patiente d'après a pris le même bus et l'a balancé (je l'adore cette dame). Ensuite il a essayé de me baratiner, "oui je travaille sur la route patati patata". Je l'ai calmé direct (2 mois que j'attendais ce moment). "Moi mon boulot c'est de soigner les gens pas de les attendre ". Il a dû attendre un moment avant de se relever et se décider à aller prendre un rendez-vous avec quelqu'un d'autre mais au moins, j'étais soulagée !

mardi 13 décembre 2011

De la position allongée ...

Tous les jours un patient se plaint de sa position sur le fauteuil, avec cette impression constante qu'il est tête en bas.

Chez les personnes âgées c'est récurrent d'entendre "vous pouvez arrêtez la descente là ça me convient" alors qu'elles sont tout juste assis. C'est souvent le moment (je n'ai aucune patience) où je leur dit que je ne peux rien faire si ils sont assis. Ce qui est vrai. La plupart du temps, je capitule, trouve un compromis, allongés mais pas trop parce que sinon j'y aurais droit pendant toute la séance aux jérémiades, aux "je vais m’estourbir", "je peux pas respirer", "j'ai la tête en bas". Et mon but dans la vie c'est de soigner, pas d'essayer de soigner, j'ai 30 minutes, parfois moins alors il faut agir (et travailler plus pour gagner plus). 

Chez les jeunes c'est diffèrent. La première fois, ils pensent tous qu'ils vont tomber ou glisser. Et je rigole. Parce que je sais qu'ils vont à la fête foraine (qui fait des morts tous les ans), ou au Parc Astérix faire le goudurix ou Space Moutain chez Mickey, donc là ils ont vraiment la tête en bas avec l'impression qu'ils vont se crasher. Je me marre qu'ils ne distinguent pas la différence. Comme je leur dis souvent "personne n'est mort sur ce fauteuil pour l'instant". Parfois je leur propose un niveau pour qu'ils constatent d'eux-mêmes qu'ils sont à plat et que ce sont leurs jambes qui sont relevées. A un patient qui était d'humeur blagueuse, je lui ai dit que ça permettrait d'oxygéner son cerveau. Il ne l'a pas mal pris. A éviter avec les susceptibles.

J'aime mes patients qui me disent de faire comme je veux pour être confortable. Ces patients ont tout compris. Je veux dire c'est logique de vouloir être soigné dans de bonnes conditions par un praticien qui n'est pas plié en deux et qui ne devra pas prendre une retraite anticipée pour cause de dos en vrac, par un praticien qui a une bonne vision surtout et qui voit où il va. Quand ils se font opérer et qu'ils voient leur chirurgien en consult' ils ne sont pas aussi chiant, peut-être parce que c'est leur vie (survie) qui est en jeu et qu'ils voient dans leurs soins dentaires que du bonus esthétique et non pas  du vital. 

Après je négocie. Les patients nous testent. Leur vieux dentiste (celui qui s'est pété le dos et qui marche courbé comme toute sa génération) les contentait parce qu'à son époque à la fac on ne leur enseignait pas ce genre de choses. La première fois, ils tiquent puis ils s'habituent ou se résignent. Oui c'est moi qui décide. 

Je n'ai que 27 ans et j'ai déjà des douleurs dans le dos malgré l'aide précieuse de mon ostéopathe pour me replacer les vertèbres. Alors j'imagine pas dans 40 ans ...

Nous sommes la nouvelle génération de soignants, plus égoïstes certes (plus de vacances, moins d'horaires à rallonge, des mi-temps) mais c'est aussi pour votre bien. Anima sana in corpore sano. Si on est mieux dans votre corps on vous traitera mieux.


mardi 22 novembre 2011

De l'art de vendre de la prothèse

Parfois, je me demande pourquoi nous n'avons pas de cours de force de vente la dernière année à la fac, tant l'aspect commercial de notre métier est nécessaire. Indispensable si le cabinet/poste veut être rentable. Ce n'est pas avec un détartrage à 28,92 euros en 30 minutes que l'on va payer les charges. 100 euros minimum pour être rentable de l'heure soit le double si on veut faire des bénéfices et se faire plaisir (renouveler le matériel, ...).

La seule solution (à part travailler au quart d'heure et se tuer la santé) c'est de faire de la prothèse. C'est à dire poser des couronnes, inlay core, bridge, stellite, appareil complet ... Cela implique de faire des devis aux patients qui prennent une consultation pour ce motif et motiver les autres, ceux qui mastiquent sur 5 dents depuis 5 ans ou qui ont un appareillage qui date d'avant ma naissance.

Quand j'y pense, on a commencé dès la fac. Sauf qu'à l'époque, on adorait motiver les CMU, parce que tout était pris en charge pour eux et ainsi on avait nos points (telle cotation = tant de points). Il fallait qu'on finisse nos points, limite on aurait donné nous-même les 40 euros qui restaient pour valider le module et l'année. La validation des points de prothèses c'était le nerf de la guerre en clinique.

En cabinet, la prothèse CMU ça rapporte pas. Genre t'es à peine excédentaire au vu du nombre de séance et de la faible rémunération sécu à la fin. Pour peu que la couronne dorme pas dans ton tiroir. Le prothésiste il faut bien le payer quand même.

Sauf que c'est difficile de parler d'argent, et la prothèse ça coûte. En plus selon un test facebook, je suis une dentiste humaniste autant dire pas commerciale, encore plus ardu pour moi de vendre quelque chose. J'irais bien sur le mode comique genre "c'est bon avec vous je vais pouvoir me payer mes vacances aux Bahamas".

Longtemps je ne proposais pas de couronnes après mes traitements canalaires, puis mon ancien mac collaborateur m'a rappelé à l'ordre (à coup de débriefing le mercredi soir "alors t'en es où ?"). Peur de me lancer et de mal faire ? Peur d'annoncer la couleur aux patients (le devis) ?  Peur de passer pour un marchand de tapis ? Un confrère m'avait dit qu'il avait encore du mal malgré sa bonne douzaine d'années de pratique à parler d'argent et faire des devis. Comme moi il préférait proposer de la prothèse au cas où une restauration autre n'était pas possible.

Je ne fais pas partie de ces dentistes qui peuvent te vendre une céramique sur une dent de sagesse, ni un appareil base métal juste pour une dent, ou un bridge complet à une petite grand-mère de 89 ans.

Je ne fais pas partie de ces gens qui créent le besoin, qui vous font croire que c'est normal de couronner toute une arcade pour remplacer juste une dent, qui font la vente mais pas la service après-vente, et qui vous rejettent la faute dessus quand l'appareil blesse ("vous avez une trop grosse joue c'est normal que vous mordiez dessus").

Bien sûr je propose certaines choses, mais si je vois que le patient a des difficultés économiques/ un âge avancé, je temporise. J'essaie de ne pas le mettre sur la paille, ne pas lui forcer la main.

Même si des fois je sens que j'abuse (quand les mois sont difficiles, que je veux partir en vacances, que je veux faire décoller le CA pour faire comme les copains). Genre je demande si le patient a déjà eu une prothèse alors qu'elle est posée sur la tablette ...

Je déteste cet aspect de notre métier, celui de vente, celui de réclamer l’acompte, celui de rappeler le paiement une semaine avant. Essayez de faire des blagues là-dessus pour détendre l’atmosphère, pas facile. Encore aujourd'hui j'ai dit à une grand-mère "la semaine prochaine, je vous donne votre prothèse !" " oui, vous me la vendez quoi" "oui je vous la donne contre de l'argent" ...

Franchement si je pouvais être rentable juste avec les soins je ne ferais que ça. Mais les actes prothétiques et les coûts impliqués permettent de financer tout le reste, un dentiste détendu, l'équipe, le plateau technique, des bons prothésistes.

Bref, faut que je vende ma prothèse.

vendredi 18 novembre 2011

La valse des représentants de laboratoires ...

Congrès dentaire en vue, les labos pharmaceutiques sortent l'artillerie lourde.
D'habitude, je reçois un représentant tous les 3 mois. Là en une semaine, j'en avais vu 3. Et une autre est passée sans que je puisse la prendre. (Grande question d'ailleurs, quel est l'intérêt de passer à l'improviste quand on sait qu'intercaler une entrevue de 15 minutes quand on est déjà à la bourre réside du domaine du suicide psychologique ?).

A chaque fois c'est la même chose, le représentant prétend que son produit est le mieux. Le sujet roi est le bain de bouche, prescription reine, au minimum 4 par jour (beaucoup plus que les antibios qui ne sont pas automatiques), post-détartrage, post-extraction... Sortant de la fac fraîchement, je garde les habitudes que j'avais à l'hôpital, je bannis les molécules que les profs évitaient, je recommande (j'impose ?) celles qu'ils préconisaient. Sachant que leurs choix n'étaient pas forcément fonction du rapport qualitatif mais aussi d'une relation affective donc subjective avec les labos (et leurs fameux congrès-voyage aux Bahamas).

J'ai horreur de commencer l'entretien par la question type : "alors depuis la dernière fois vous prescrivez du bip ?". Je n'aime pas mentir alors je lui dis que pour contenter tout le monde (aka les 3 principaux labos qui vendent leur chlorhexidine  sous forme différente), que j'alterne. Ce que je fais vraiment. 

J'adore le labo A parce que je voyais souvent le représentant à la fac (et qu'il me donne autant de fil dentaire que je veux et des brosses à dent). Totalement objective en somme. En plus c'est prêt à l'emploi, pas besoin de diluer, aucun risque pour les enfants/petits vieux qui lisent mal. Par contre à une époque, ils ont du retirer ce produit du marché (et on a grave pleuré dans les couloirs de la fac) pour une sombre histoire de solution instable. Heureusement ils sont revenus plus forts que jamais. J'ai dit que leur dentifrice anti-tâches est le meilleur aussi ?

Je prescrivais du labo B parce que la gentille représentante (ça change une femme, ça te sent pas obligée de te draguer à moitié pour te mettre dans la poche) était la seule à être venue me voir dans mon trou perdu 1 et 2. Et ça c'était quand même énorme de sa part. Les 2 fois elle a su avant le collaborateur que je comptais partir, j'adore ses cheveux, son bain de bouche aussi même si contrairement à labo A ils n'ont pas une gamme énorme dentifrice/bain de bouche. Je l'ai boulée cette semaine et je m'en veux un peu, j'avais des choses à lui dire (mais j'avais vraiment pas le temps). 

Reste le labo C que je n'ai pas besoin d'aider vu que c'est le top des ventes pour la base chlorhexidine, tellement top qu'ils ont sorti leur générique (marre de se faire piquer des parts de marché). Gars sympa, qui m'arrose allégrement de dentifrice que mes patients adorent, de ma brosse à dent préférée (la préférée du prof mais comme je suis têtue j'ai pas changé depuis 8 ans, je suis fidèle moi)....  Bref, pour lui j'ai fait un effort.

Passent également les labos de dentifrices purs, qui donnent plus ou moins des échantillons (ou alors il faut attendre la grande messe du congrès pour la générosité).

Mention spéciale à la marque number one de brosse à dent électrique qui se payait le luxe d'offrir à chaque étudiant de deuxième et sixième année, un modèle tout neuf; les praticiens auront droit à une offre de 4 par an à 1/4 du prix.

Au final, parfois je m'y perds, je confonds le nom réel de la boîte (je ne  connais souvent que le nom de la marque du dentifrice qui s'est fait racheter par un grand groupe ). Ça donne des moments de solitude : "j'adore votre produit x, les patients me disent qu'ils ne prennent plus que ça pour leurs appareils, mais vous avez résolu le problème du zinc ?" "C'est le concurrent, ça". Sourire débile .;; "Vous avez des échantillons quand même? "

Bizarrement, je n'ai jamais vu certains labos, genre ceux dont le prof pro-chlorhexidine s'est fâché avec quand il leur a montré que l'héxetidine n'avait pas la même rémanence. Produit que ma mère adorait me refourger quand j'étais petite, autant vous dire que les placards sont dominés par moi-même maintenant (ça nettoie très bien les boucles d'oreille par contre).

De l'influence de la fac qui influe sur l'étudiant (je vous ai parlé des installations en plein milieu des couloirs à l'hôpital ?), qui influence le praticien (qui peut se gratter pour avoir autant d'échantillons qu'avant le bon vieux temps où vous aviez le choix dans la couleur de la brosse à dent) qui soumet aux patients. 

Mais au final, c'est moins grave qu'en médecine (pas de cas isoméride/médiator en dentaire); le patient reste maître de son dentifrice (en fonction de ses goûts et de ses moyens). En ce qui concerne les antibios, nous n'avons aucune pression (la plupart en ont dans leur groupe mais pas dans leur marque).

3 échantillons gratuits pour celui qui reconnaît de quels labos je parle.

A la fin de cet article, je me rends compte que mon côté pas commercial, m'a fait perdre l'occasion de me sponsoriser par labo A ou B, C n'en a pas besoin (quoique ?).

lundi 7 novembre 2011

Je sais pas

Je sais pas est la réponse qu'on aimerait donner à de nombreux patients face à l'impossibilité d'établir un diagnostic.

La raison première des consultations est la douleur.

Souvent c'est facile, ils ont un cratère (voire plusieurs), tu sais que c'est cette dent là, tu fais ce qui y a à faire (programmer l'extraction, la dévitalisation ...).

Souvent, le patient te montre une dent en bas, mais la carie est en haut (les fameuses douleurs projetées). 

Souvent, le patient a mal "partout" au froid. A part les cas désespérés, personne n'a des caries assez profondes sur chaque dent. Donc c'est la gencive. Bingo elle est enflammée. Un détartrage et roule ma poule. Ou alors la gencive est rétractée, les dents sont hypersensibles, du sensodyne et ça repart.

Parfois, tu inspectes toutes les dents et elles sont nickel. Aucuns soins, aucunes caries. Le patient a 18-20 ans, ça doit être les dents de sagesse. Tu fais le bilan radio, ouf c'est bon tu as trouvé une cause possible de douleurs.

Parfois, la dent qui fait mal est déjà dévitalisée et sous couronne, et tu sais que ça passera qu'avec des antibiotiques avant de tout démonter et refaire.

Rarement, tu ne trouves rien. Pas de cratère, de débris de racine, de dent cassée, de carie petite mais grosse, de dents de sagesse qui poussent, d'infections sous prothèse. Rien, nada.

Mais le patient veut une réponse.

Et toi tout ce que tu fais c'est suspecter. Tu te mets à regretter la fac, où un prof aurait eu une idée, ou au moins tu aurais pu te décharger sur lui. "C'est un cas rare, en 20 ans d'expérience j'ai jamais vu ça". 

Là tu es seule, face à tes questionnements, aux interrogations du patient.

La première fois, j'étais en remplacement en fin de 6ème année. Et c'est tombé sur une médecin généraliste, qui se shootait au tramadol LP (c'est elle qui m'a donné l'initiative d'en donner aux douleurs récalcitrantes quand je pars en week-end). Elle m'a dit que ça lui arrivait parfois. J'avais un semblant de réponse : on défonce tout et on remonte faut dévitaliser toutes les dents même si aucune ne répond aux test c'est probable qu'elles soient pas nécrosées toutes.

Depuis j'ai une phrase toute faite : si ça s'arrange pas vous revenez ...

dimanche 6 novembre 2011

Une rencontre ...

Non je ne vais pas vous raconter que j'ai eu le coup de foudre sur le fauteuil (de toute façon c'est interdit par le code de déontologie, faut draguer puis soigner pas le contraire).

Mais être au contact de patients, ce n'est pas que des échanges de paroles banales ou stériles. 

Ainsi j'ai rencontré l'idole des petits-déjeuners de ma enfance, l'homme qui a inventé les céréales fourrées au chocolat dans son usine de céréales (commercialisé par Carrefour à l'origine puis racheté par Kellog's). Quand on connaît l'importance de la nourriture dans ma vie, c'est pas peu de chose. C'est simple je le regardais comme un enfant au pied d'un sapin le jour de Noël. Des grands yeux écarquillés !

Chercher l’adhérence. Hiver, temps neigeux. Forcément on ne parle que de ça avec les patients. Quand j'aime bien un patient, j'aime bien lui faire partager des détails de ma vie. Donc lui je lui avais raconté comment le matin en quittant mon village enneigé, j'ai eu la peur de ma vie en rebondissant contre un trottoir. Et il m'a donné ce conseil. Je pense à lui à chaque fois qu'il neige et que je dois prendre la route. A chercher l’adhérence. Rester à vitesse constante en seconde ou troisième en sous-régime. Depuis, j'ai fait des voyages de 2h par routes non dégagées, j'ai monté des côtes (et je me suis faite aidée pas mal de fois aussi pour me relancer après un arrêt), j'ai pris des rond-points en pleine forêt, sans déraper. Bon j'ai grillé un radar feu rouge, et failli me prendre un camion, mais ça c'était à cause de ma manie de surtout ne pas freiner brutalement pour ne pas rompre l’adhérence. Je ne sais plus son nom à ce monsieur mais je m'en souviendrai toute ma vie.

Le dépanneur. Un patient de la fac, donc à cette époque bénie où la rentabilité ne primait pas et où on pouvait se permettre de passer 1h30 sur un patient sans que ça dérange personne. Finalement j'avais de bons rapports avec tous mes patients de cette époque, je les appelais "mon pool".  Lui, je n'étais pas tout à fait d'accord avec ses idées. Son fils qui n'avais pas voulu honorer sa femme le soir de leur nuit de noces, et qui avait demandé l'annulation du mariage (arrangé) au retour en France. Mais il était sympa, je l'avais même emmené par la passage secret entre les 2 hôpitaux rejoindre sa femme. Un jour, un ami me dit qu'il a remarqué qu'un des pneus de ma voiture était à plat. J'aurais pu changer la roue seule. Sauf qu'il a vu à ma tête (fille célibataire qui ne peut rien demander à son mec parce qu'elle en a pas), qu'il était là au moment oppertun. Nous voilà donc tous deux avec ma petite voiture, moi en blouse, lui avec ses mains sales mettant ma galette. On m'avait souvent dit qu'on peut obtenir bien des choses avec un seul sourire, j'aime bien en profiter parfois (bon quand la roue a recrevé après réparation, c'est mon voisin qui est intervenu, il se trouve que mon cric n'était pas adapté à ma force de demi-naine).


Et bien d'autres à suivre !

mercredi 2 novembre 2011

Faut-il se faire blanchir les dents dans les bars à sourire ?





L'esthétique suscite beaucoup d'envies. Depuis que toutes les étoiles d'Hollywood arborent un sourire plus blanc que blanc, le commun des mortels désire le même.

Surfant sur cette vague issue des Etats-Unis où le culte de la beauté prime, de nombreux bars à sourire ont ouvert en France.

Vous vous dites que venant d'une dentiste, qui pratique le même acte (blanchiment) pour un tarif bien plus élevé, je n'allais pas en faire les éloges. Vous pensez bien.

Vous vous alarmez des prothèses venues de Chine ou d'ailleurs, fabriquées selon des normes plus ou moins obscures, à moindre coût mais à quel prix pour votre santé. On entre dans la même gamme avec les bars à sourire.

Leurs instituts sont tous beaux, tous propres, fraîchement installés. Sauf que leurs employés n'ont pour la plupart aucune base de formation en dentisterie. Comment je pourrais le savoir ? Notre ordre national des chirurgiens dentiste a diligenté une enquête par l'intermédiaire de l'Afssaps. Agence chargée de la sécurité qui a donc émis son avis.

Pour rappel, seuls les professionnels de santé ont le droit d'utiliser et délivrer des médicaments ou dispositifs médicaux.Les employés des instituts esthétiques ne peuvent utiliser que des produits cosmétiques. 
Par exemple dans le cadre de l'épilation au laser, seuls les dermatologues peuvent l'employer. Tout ce qui vient de la dénomination laser dans un institut de beauté est en fait de la lumière pulsée. 

Les bars à sourire se targuent d'utiliser des produits sans peroxyde. Au contraire de nous. Vu qu'ils n'ont pas l'autorisation d'employer des produits à concentration ou à libération de plus d'1 % de peroxyde d'hydrogène. Sauf que leurs kits sont à base de perborate de sodium qui libère du peroxyde. Perborate de sodium qui est d'ailleurs classé par la Commission européenne comme toxique à la reproduction donc à ne pas mettre au contact de n'importe quelle muqueuse, n'importe comment. Aussi de par l'efficacité des blanchiments constatés par les clients (là ce ne sont pas des patients), l'ont sait qu'il y a plus de 1 % de perxoyde d'hydrogène libéré.  Ce qui les rend illégaux au regard de la loi par exercice illégal de l'art dentaire.

Pourquoi leur actes sont-ils facturés 4 fois moins cher que chez le dentiste ?

- le dentiste a vocation de conseil et de diagnostic. Avant d'exécuter un blanchiment, on s'assure de l'absence de contre-indications ou de facteurs d'échec assuré. Par exemple, un patient sans hygiène ou fumeur dont la durée d'efficacité sera moindre. La présence de caries ou non. Allez mettre de l'acide sur une lésion déjà carieuse, ne venez pas vous plaindre quand la déminéralisation demandera une reconstitution par couronne céramique.  Si le patient a de multiples restaurations par composite ou amalgame, elles peuvent être altérées. Le composite gardera la même teinte, et les reconstitutions seront à refaire. Si le patient a déjà des sensibilités au chaud et au froid, elles seront exacerbées...

- le dentiste propose plusieurs séances si c'est un traitement ambulatoire (à faire chez soi) donc une possibilité de lui poser des questions, d'avoir des réponses, avoir un service après vente en somme.

- les gouttières proposées sont individuelles. Façonnées directement sur les empreintes prises en bouche.  Par un laboratoire de prothèse que l'on doit rémunérer par ailleurs. Dans les bars à sourire, point d'empreinte, vous avez une gouttière du commerce "presque adaptée". J'insiste sur le presque, ces gouttières doivent être étanches pour ne pas permettre la fuite donc l'ingestion de produits nocifs, qui peuvent également provoquer une altération de la gencive (c'est de l'acide je rappelle). 

- je ne reviendrai jamais assez sur les risques d'hypersensibilités. La surface de l'émail est déminéralisée par l'acide. Une visite de contrôle s'impose pour décider ou non de l'application de fluor pour protéger la dent des attaques de l'extérieur (sensibilité accrue à la carie) et perméabiliser la dent (éviter la transmission du froid). 

Le faible coût peut entraîner des dérives, telles que la fréquence importante de blanchiments faits dans la même année, avec un risque important pour les dents et la gencive.

Pour terminer, vous pensez sûrement que nous sommes là que pour faire de l'argent sur vos dents, mais eux (les bars à sourire) encore plus. Vous imaginiez qu'ils font ça par altruisme et qu'ils ne touchent aucun bénéfice sur les marges ? En ce qui nous concerne, les actes hors nomenclature (non remboursé par l'assurance maladie) nous permettent de faire des soins de qualité tout en restant rentable (allez payer l'assistante, les charges ... avec des détartrages ...).

Dites vous bien que ces instituts ne profitent que d'une mode.



jeudi 27 octobre 2011

Brèves de consultation

Je n'ai jamais vu le patient, je lui demande donc si il prend des médicaments.

"Oui"

"Lequel ?"

"Un médicament de la même couleur que la table"

"..." "Vous avez un médecin traitant ?"

"Oui"

"Il s'appelle ?"

"Je sais pas "

"A part qu'il est grand, brun avec des lunettes, vous avez d'autres informations ?"

Il a pas compris que je me foutais de lui, en même temps tant mieux.

"Elle est petite comme vous"

"Vous savez je ne connais pas tous les médecins de la ville par taille ..."

On est pas aidés ! Certes le patient ne savait pas lire (ni écrire apparemment) mais quand on prend un médicament au long cours, on s'y intéresse non ?

mardi 25 octobre 2011

10 bonnes raisons de ne pas bouger chez le dentiste

Je sais que ça n'a rien de simple de se détendre sur un fauteuil de dentiste et laisser le dentiste faire. Au pire vous voyez ça comme un acte de soumission et votre inquiétude vous agite. Dans certains cas (mais rares), le patient oublie où il est et s'endort la bouche ouverte. Là, c'est la paix ROYALE. D'abord on travaille tranquillement sans stress vu que le patient nous prouve sa confiance par ses ronflements son calme, aussi on est pas gêné par des mouvements parasites.

Souvent quand le patient vient pour la première fois, qu'il change de praticien, il doit se réhabituer. Reprendre ses marques. Vérifier que vous êtes en possession de vos moyens. Que vous avez bien votre diplôme. Après l'assaut de questions qui donnent envie d'envoyer paître (ou de renoncer), vient le soin enfin. Mais le patient n'en n'est pas plus rassuré, se crispe et vous avec. L'épée de Damoclès est là au dessus de votre tête, à la moindre bévue, il se redresse avec ce regard "je le savais, vous êtes nulle". Forcément c'est là que l'instrument tombe par terre quand vous ouvrez le sachet, que l’anesthésie prend moins bien ... 

C'est un réflexe humain de protection. Si on se sent en danger, on ramène ses mains à son visage pour crier. Je vois souvent des patients qui gardent leur mains près d'eux pour écarter l'élément perturbateur. La plupart du temps, ils n'ont pas mal mais peur d'avoir mal. Ils finissent par attraper la seringue, les rotatifs (turbine ...) pour arrêter. Bien sûr qu'on arrête, vous connaissez beaucoup d'instruments qui tournent à 40000 rotations minute qui ne font pas mal.  J'ai beau leur expliquer que c'est très dangereux, ça fonctionne moyennement.
C'est un peu comme les distances de freinage, entre l'acquisition de la donnée et la réaction, il y a un laps de temps plus ou moins conséquent.

Voici donc 10 bonnes raisons de ne pas bouger pendant un soin :

- un mouvement malheureux lors d'une anesthésie et paf ! l'oeil ( ou la joue)

- un geste brusque et la fraise que vous utilisiez pour éliminer la carie se plante 

                                   - dans la joue

                                   - dans la langue

                                   - dans la gencive

                                   - trop profond dans la dent (et paf un traitement canalaire) 

                                   - dans la mauvaise dent

- vous pouvez aussi très bien inhaler ou ingérer les débris d'amalgames (qu'on aurait pu enlever si on avait pu glisser l'aspiration ), les limes de traitements canalaires.

- en pleine extraction dentaire, les instruments contendants bien coupants peuvent être déviés de leur trajectoire d'origine et provoquer une hémorragie, casser une dent sur l'arcade opposée ...

Bien sur je laisse au patient le soin de s'exprimer avec l'aide de ses mains. Je ne suis pas un monstre.



jeudi 20 octobre 2011

Cette langue de malheur ...


Comme je vous le disais il y a quelques semaines, "avant", je m'entraînais sur un "fantôme" qui n'avait pas de langue. J'avais accès à toutes les dents tranquillement, même les molaires. Pas de problème de séchage, de salive. La paix quoi (si on oublie l'aérosol quasi-permanent à cause de l'eau libérée par la turbine) !


Puis on a tous grandi et on a eu le droit de soigner des "vrais" patients avec des vraies bouches (on avait déjà des vraies dents). Avant le passage initiatique, les anciens nous ont prévenu. "Vous allez voir, c'est plus compliqué, ils ont une langue". 

Cette p***** de langue que le patient ne sait jamais où mettre. Enfin pas tous heureusement. Langue qu'ils adorent fourrer dans l'aspiration, qu'ils adorent passer contre les dents alors que je suis en train de détartrer. Langue qu'ils ressortent quand je leur dis de garder la bouche ouverte pour obturer ma cavité (enfin la leur). Langue vigoureuse et musculeuse (une langue = 17 muscles !) qui repousse même l'aspiration (invention magnifique pour aspirer mais aussi tenir la langue à l'écart).
Souvent je leur demande si ils tiennent leur langue comme ça au repos (franchement on dirait les chiens quand ils ont la langue qui pend). Je veux dire, y en a un sur deux qui comprend "sortez la langue", quand je dis de la garder "en bas" là où elle ne gène pas et où les molaires sont dégagées.

Il y a pire, les enfants (que j'adore vous aurez compris) qui ont pour passion de passer leur langue sur la dent pendant que j'ai le dos tourné. C'est aussi pour ça (enfin surtout) que je ne fais jamais de composite en première intention sur un enfant. Ce n'est jamais étanche entre la langue (et donc la salive qui arrive comme par magie) et la fermeture de la bouche malgré les 10 avertissements (voire le doigt qui se voit sous la menace d'un écrasement). 


Il y a deux fois pire, les grosses langues, méga langues, chez les patients atteints de macroglossie. Bien sur ce n'est pas de leur faute. Sauf que là pour retrouver la dent dans le champ de vision, il faut caler la langue avec plein de cotons, l'écarter avec l'aspiration (la grosse voire la petite), garder assez d'énergie pour avoir la force de résister à la musculature sans se taper une crampe. Tout un programme. Et là tu rends compte qu'il va falloir faire un traitement canalaire (sans digue parce si tu pouvais en mettre tu le ferais) et tu pleures. Tu appréhendes par avance cette séance où tu protégeras la dent de l'attaque de la salive en faisant rempart par la force de tes doigts avec la canule de la main gauche, tout en passant tes petites limes avec des rotations de 1/4 de tour du côté droit. Puis un jour, tu diras à une patiente "là, ça va pas être possible". Vu la situation géographique de la dent (enfouie sous des couches et des replis muqueux), jamais le traitement ne sera étanche sans digue ou alors j'aurais insulté 10 fois le mobilier par énervement (malgré les exercices de respiration et de détente).

Parfois la langue est si baladeuse qu'elle vient "m'embêter" quand je travaille "en haut". Provoquant un réflexe nauséeux par contact avec mon aspiration adorée. Aahhhhhhhhhhh j'adore quand ils ont la nausée (ou quand ils toussent) ...

Heureusement la plupart de mes patients ont une langue normale qui reste bien sagement à sa place.




lundi 17 octobre 2011

Pourquoi tu ouvres pas ton cab' ?

Quand l'entourage a connaissance que tes études se terminent, une seule question fusse "Quand est-ce que tu ouvres ton cabinet ?". C'est l'équivalent du "Quand est-ce que vous commencez à vous reproduire ?" aux jeunes couples mariés ou ensemble depuis longtemps. Le cabinet c'est le bébé professionnel du dentiste.

Généralement tu leur réponds "Give me the money". (Pour des raisons évidentes, tes propres parents ne te posent jamais cette question).

Le problème majeur de la fin des études c'est où s'installer. Trop de choix tue le choix. Tu peux aller où tu veux. Mais où tu veux aller ? Dans quelle région ? Campagne ou ville ?

Les chanceux sont ceux qui adorent leur ville/région d'origine et qui rêvent d'y retourner depuis le début.

Les autres chanceux sont ceux qui ont trouvé l'amour de leur vie et qui le suivent.

Vous avez compris je n'étais dans aucune des situations pré-citées. J'étais en dépression pré-diplôme. Prête à partir en Nouvelle-Calédonie pour me rafraîchir les idées et avoir le temps de me poser. 

Au final, j'ai rencontré quelqu'un donc je suis restée dans la ville de mes études. Mais je suis quand même repartie dans ma campagne d'origine pour travailler.

Puis il m'a largué comme une merde on a rompu et j'ai voulu retourner à la ville.

Mon collaborateur m'a alors tenu un discours, que si j'avais eu un flingue je l'aurais assassiné, comme quoi j'étais irresponsable de repartir dans une région où la démographie médicale se porte trop bien, qu'abandonner la campagne c'était un irrespect de mon devoir envers la communauté, que je (et tous les autres qui faisaient ce choix) devraient plus cotiser pour la retraite que lui (et ceux qui bossent à la campagne). 

J'avais expliqué tout ça calmement aux patients qui voulaient savoir mon choix : "où voulez-vous que je chope un mec ici ?". Ils ont compris. Y en a même un qui m'a raconté qu'il allait dans une boîte à Paris où il voyait plein de filles super diplômées mais super seules. Qui avaient tout sacrifié pour leur carrière et qui se réveillaient à 35 ans avec des envies de maris et de mômes et qu'elles ne trouvaient pas.

Tout ce que je n'avais pas envie de devenir.

Mon but ce n'est pas de devenir le meilleur chirurgien-dentiste de France, mais d'être une bonne omnipraticienne, une bonne femme, amante et mère.

L'accomplissement de ma vie ce ne sera pas de regarder les billets voler mais de voir ma famille heureuse.

Et je pense que je ne suis pas la seule à ne pas vouloir me tuer à la tâche, à ne pas vouloir frôler le burn-out mais d'avoir une vie équilibrée.

De plus en plus de femmes peuplent les rangs des disciplines médicales et en relation cela pose un problème démographique. 

Mais j'avais 25 ans et je voulais pas finir seule avec mon chat même si je gagnais plein de sous.

J'ai préféré reprendre une vie plus simple et continuer de draguer des internes.

Maintenant j'y vois plus clair et je suivrai l'amoureux. Le vent nous portera.



jeudi 13 octobre 2011

Les insolites du cabinet dentaire

Parfois y a des patients qui voient de la lumière et qui décident de rentrer même si ils savent pas pourquoi.

- "Je voudrais la clé des toilettes". Madame n'avait pas rendez-vous mais savait que nos patients ont accès à des toilettes à l'étage, fermées pour ne pas faire office de toilettes publiques en plein centre ville de la petite bourgade.

- Le patient qui vole le papier-toilette, le savon, le gel hydro-alcoolique, le spray anti-odeur mais qui a eu la délicatesse de laisser la serviette, la balayette et la cuvette ... Mes soupçons se sont portés sur une famille mais difficile d'accuser quelqu'un sans preuve d'avoir volé le PQ. Comment tourner l'interrogatoire ? "Salut, c'est vous qui avez pris le papier toilette la dernière fois ?". 

- Je cherchais le véto mais je suis arrivé chez vous, vous pouvez m'indiquer où c'est ? 

- Je n'ai pas le téléphone fixe chez moi (mais je veux faire des implants non remboursés par la sécu) donc pas de botin téléphonique et je vous appelle pour avoir un numéro de téléphone que j'ai perdu. Genre on est les renseignements.

- C'est ma soeur qui avait rendez-vous mais j'ai pris sa place. Et j'ai ramené mes gosses aussi. 

- Vous travaillez pas le lundi 15 Août ?

- J'ai appelé à 19h30 mais y avait plus personne. ( Déjà qu'on est là à 8h30 ...)

- Je suis devant la porte, je sonne, je ne pousse pas la porte, je re-sonne, la porte se s'ouvre toujours pas (vu qu'il faut pousser). A la 3ème sonnerie, j'ai failli enlever mes gants pour lui expliquer qu'il faut pousser mais ses  neurones se sont reconnectés et elle est entré.

- J'ai rendez-vous chez un dentiste mais je sais plus son nom. Ah c'est pas vous ? Même joueur joue encore.

Et puis y a ceux qui une fois à l'intérieur, font un peu ce qui veulent.

- "Vous pouvez vous asseoir sur le fauteuil". "Non l'autre, ça c'est ma chaise". Le patient était à ma place derrière le fauteuil et attendait avec un grand sourire ...

- "Vous pouvez poser votre manteau et votre sac". "Non pas là, là c'est ma chaise". C'est un peu comme si tu allais chez la banquier et que tu installais tes affaires sur sa chaise à lui derrière son bureau. Les gens réfléchissent pas parfois ... ou alors ils pensent que je travaille debout (et sur des gens assis).

- "J'ai mal avec mon appareil du haut". "Mais je l'ai pas pris". "On va reprendre rendez-vous alors".
Même joueur joue encore. 

- "Je suis venue mais aujourd'hui je veux qu'on me fasse rien". "T'aurais mieux fait de prévenir dans ces cas-là" ...



lundi 10 octobre 2011

Les phrases de patient qui font hurler ...

"Vous n'êtes pas venu au dernier rendez-vous". "Oui, j'étais en vacances". (Même pas excusez-moi d'ailleurs ...).  Vive la CMU au passage.

"Depuis que je vous ai vu, j'ai mal alors qu'avant j'avais jamais mal". Sa bouche est un cloaque (la ville du Havre après la 2ème guerre mondiale). Chaque dent menaçait telle des bombes à retardement de rentrer en inflammation pulpaire irréversible (gros trou dans chaque dent = pulpe énervée = on se tape la tête contre les murs et bientôt y a plus assez de murs pour se soulager). Maintenant je les préviens (vous êtes une bombe humaine) que ça peut "péter" n'importe quand et que ce n'est pas MA faute.

"C'est la faute d'un ancien dentiste, il a abîmé la dent et depuis elle est fragile".  C'est tellement plus facile de rejeter la faute sur quelqu'un d'autre. Fatalement si on a une carie un jour, soignée ou non, il faut surveiller. Rien n'est immortel. Surtout quand on a une hygiène douteuse (personne ne m'a dit ça avec un indice de plaque de suédois).

"J'ai rien senti pas comme avec l'ancien dentiste". Ça devrait faire plaisir mais j'ai horreur qu'on daube sur le praticien d'avant, ça sous-entend que quand on sera partie, il fera de même avec nous. Surtout que c'était pas du tout la même situation ; une dent différente donc une anesthésie différente (en bas ça fait plus mal, dans le palais aussi), une carie différente. Le praticien le plus méritant est celui qui se tape un traitement canalaire dans une bouche dégueulasse alors que tout le monde aurait extrait mais ça le patient ne le voit jamais. Idem avec la prise d'un patient en urgence, d'une extraction sur une infection qui forcément sera plus douloureuse. Les patients les plus mécontents sont toujours ceux qui viennent le moins souvent. Pour eux on est chez macdo ("je suis au dentiste" qu'ils disent au téléphone quand ils répondent alors qu'on est en soin).

"On m'a posé un plombage il est tombé". C'était un pansement. Il vous a sûrement dit de revenir mais vous l'avez pas fait parce que vous n'aviez plus mal, mais là soit c'est la couronne soit c'est l'extraction ...

"Vous m'avez tué la bouche". "Vous vous êtes très bien débrouillé tout seul". Face à un patient énervé à qui j'avais extrait une dent pourrie jusqu'à la trogne (j'avais eu le malheur de mettre un coup dans la joue ce qui arrive souvent pendant les extractions difficiles). 

"Vas-y c'est des charcutiers ici". Le dentiste aussi délicat qu'un boucher, on connaissait déjà. Lui a voulu innover. J'ai failli lui dire que je faisais des saucissons mais ça n'aurait fait que l'énerver encore plus. Je lui avais juste fait un début de détartrage et détartrer quelqu'un qui n'a pas vu de dentiste en 10 ans c'est agréable pour personne.

"Ne me faites pas de détartrage après j'ai mes dents qui se déchaussent"/ "Le tartre tient mes dents". C'est fou la cristallisation de légendes urbaines autour du détartrage. Acte d'hygiène par excellence (il existe dans les pays scandinaves des hygiénistes qui ne font que ça), c'est la base même de notre activité. Car avec la carie, le tartre est responsable de la plupart des extractions dentaires. Certes le tartre est dur et lie les dents entre elle tel une contention naturelle, mais c'est surtout un agrégat de bactéries qui n'ont comme activité que de provoquer une lyse de l'os (et donc une rétraction de la gencive). Donc à terme ça bouge encore plus.

"On a qu'à tout enlever comme ça, je serais tranquille". C'est incroyable le nombre de gens qui me demandent d'extraire toutes leurs dents restantes pour ne plus avoir jamais mal. Comme si avoir 2 appareils complets était une sinécure, qu'on pouvait manger et avoir une vie sociale normale après ça. J'ai répondu à un patient "on peut aussi vous enlever les 2 jambes comme ça vous serez sûrs de ne jamais avoir mal". Plutôt que prendre leurs responsabilités, de mener à terme les soins, de se faire suivre et contrôler, ils préfèrent capituler et se dire que de toute façon ça devait arriver ("ma mère n'avais plus de dents à 40 ans"). Une dent en moins, c'est un organe en moins (bon sauf les dents de sagesse, là c'est des organes de remplacement). Un coefficient masticatoire diminué. Un visage creusé, plus ridé ...

"Elle est toujours restée sur mon ventre, ça ne dérangeait pas les autres dentiste". Réponse d'une patiente dont la fille de 4 ans ne voulait pas s'asseoir sur la chaise des accompagnants et qui trouvait normal de la laisser donc sur elle pendant le soin. "Et vous comptez la gardez jusqu'à ses 8ans sur vous comme ça ? Et jamais lui apprendre que c'est les adultes qui décident et qu'on doit se plier aux règles et pas bouder pour obtenir ce qu'on veut ?". Inutile de raconter comment la mère a essayé de négocier une inspection de bouche à coups de "on ira pas au manège". Tu l'as gardes sur toi comme un gros bébé et après tu t'étonnes qu'elle obéisse pas ? Je sais que je passe souvent pour une ingrate avec les enfants mais dans mon enfance je ne me serais jamais permise de ne pas me tenir à carreau (puis vint l'adolescence ...). Ça m'éclate (oui carrément) ces réflexions à type de "ce n'est qu'une enfant". Justement quand est-ce qu'on leur apprend la notion de limite, de respect ? 

"Je dois payer ? " . LOL comme disent les jeunes.

"Mais vous êtes jeune".

jeudi 6 octobre 2011

Ces poussées d'adrénaline ...


Personne n'est parfait. Encore moins un jeune soignant.

Forcément en sortant de la faculté, on a jamais vu tous les cas cliniques présentés en cours, jamais rencontrés tous les effets indésirables aussi rares que oubliables.

On a vu que le plus commun et avec un peu de "chance" ou plutôt de communication avec ses camarades/confrères on apprend à parer à des situations inconnues.

L'expérience est une lanterne qui éclaire le chemin déjà parcouru. Tu as vu, tu as vaincu pas sûr mais au moins tu as digéré/analysé le cas et tu en sors grandi.

C'est la grande différence entre le théorique et la pratique. La mise en oeuvre n'est pas aussi simple même en lisant le manuel (voir le problème que pose parfois la lecture et compréhension des kits ikea). "Mais elle est où la vis ????".

N'étant pas une adepte des sensations fortes (je ne risque pas de sauter d'une falaise, j'aurais trop peur que mon coeur lâche de peur et si je survis de me péter les membres et ne plus pouvoir exercer), j'ai horreur des poussées d'adrénaline, des mains qui grattent et ces petites bulles qui transparaissent sous le gant en latex, le coeur qui commence à battre la chamade, le regard qui devient flou ... Ça ressemble presque à un malaise vagal. Sauf que quand tu fais ton malaise, quelqu'un vient t'aider et là t'es tout seul avec ta merde. Qu'il faut que tu te réveilles, ce n'est pas un  rêve, le patient est là, il attend (et ne doit pas savoir que tu paniques). Tout l'art d'être en stress sans que ça se voit. Inspiration. Expiration. A l'aaaaaaaaaaaaiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiideeeeeeeeeee. 

Je me rappelle la première fois où j'ai du enlever une dent toute seule. C'était une canine (racine la plus longue), je me suis démenée. Je cherchais du regard dans la pièce le prof qui si j'avais été à l’hôpital, m'aurais dit "t'inquiètes je gère".  Bon à la place j'ai eu mon gentil maître de stage actif qui est venu m'aider. J'ai appris que face à une dent qui ne bouge pas alors qu'on y met toute son énergie, il faut fraiser au maximum l'os (pas de pitié).

Au chapitre, ça n'arrive qu'à moi; le patient qui se bloque la mâchoire en plein détartrage. Je sais parfaitement comment réduire la luxation. En plus j'ai déjà eu le cas une fois en urgence (un interne en plus en pleine extraction on était 2 et on a dû appeler un mec parce qu'on avait pas assez de force). Enfin en théorie. En pratique, tu zappes de mettre des compresses autour de tes doigts pour pas te faire mordre une fois que ce sera redevenu normal. En attendant, tu as devant toi un patient la bouche ouverte au maximum (on voit ses dents de sagesse à 5 mètres) et tu appuies avec ta force de naine de moins de 50 kg. Oui faut appuyer, ça a pas l'air logique mais faut appuyer et remettre l'os dans l'articulation. J'aurais pu demander à un homme ce jour-là mais j'aurais fait quoi le jour où ça me serait arrivée seule dans ma cambrousse ? J'aurais dit au patient "désolé, je sais pas faire, la dernière fois y avait un mec pour m'aider" ? Bilan, le patient est reparti bouche fermée (imaginez la honte sinon).

Au chapitre faute d'inattention ou de concentration; c'est arrivé à un ami (et à moi mais c'était moins grave), cet ami donc a reçu un courrier de l'orthodontiste de son patient pour extraire 4 prémolaires avant la pose de l'appareil. Le confrère avait noté le bon numéro des dents. Sauf que mon ami a mal lu, au lieu d'enlever les 1 ères prémolaires, il a enlevé les secondes. Une dent est une dent, vous me direz. Sauf qu'elles font pas la même taille et qu'esthétiquement elles sont un peu différentes. Il s'est fait crié dessus très fort par l'ortho (en plus c'est une fille de la fac et elle est conne). Ça m'est arrivé d'enlever une dent de lait de trop. C'est le syndrome je me précipite sur mon davier et j'enlève tout ce qui bouge. MAIS j'ai appelé la consoeur pour lui raconter ma boulette (et lui demander si ça changerait pas son traitement). Elle m'a rassuré, j'ai pu dormir.

Bon j'en ai à la pelle des histoires de cas pourris de gens qui ont mal mais tu sais pas d'où ça vient, qui te font une réaction de la mort (non pas au sens propre) à une pauvre petite anesthésie alors que les autres patients n'ont jamais eu ça, ces premières fois où tu prescris un médicament (et que tu es obligée de vérifier dans le vidal la posologie tellement à part le nom tu sais plus rien) et où tu n'as pas la moindre idée si ça va fonctionner ou non. La patiente te regarde avec cette confiance où tu te dis "faut pas que je me foire", tu la vois 48 h plus tard pour contrôler mais c'est aussi pour te rassurer.

J'ai pas fini d'en avoir des angoisses.

Le pire c'est que parfois j'ai envie de crier "maman" (ce besoin primaire revient souvent dans les phases les plus dures de mon existence comme en cas de gueule de bois ou de gueule de bois associée au mal de mer) (l'abus d'alcool est dangereux pour la santé à consommer avec modération). Sauf qu'elle n'est d'aucune aide.

Plus tard j'en rirai.

mardi 4 octobre 2011

A quoi pense le dentiste pendant le détartrage (suite) ?

Souvent il suffit d'une chanson à la radio le matin pour te pourrir la tête.

T'as envie de faire un lavage de cerveau pour que la mélodie parte.

Cette aprem, je sens que j'aurais besoin d'occuper mes pensées pour ne pas avoir CETTE chanson pourrie qui me hante.

Mais c'est de ma faute.

Explication (ça fait un peu 3615 my laïfe mais j'étais obligée de vous le faire partager) (écoutez au moins les chansons c'est mythique) :

J'aime bien vivre comme si j'étais dans une comédie musicale. Et faire des associations mot= chanson untelle (heureusement que je connais peu de Lucie ou de Jeanneton). 

Même si au cabinet, je ne l'applique guère pour des raisons évidentes. J'aurais trop peur qu'un patient porte plainte et me fasse interner. 

Donc là je parlais avec mon amoureux d'un pilote que j'arrête pas de croiser en ville (en Province, pour évoquer le centre-ville on dit "en ville"). Dont une fois dans un resto qui faisait karaoké mais y a eu des plaintes de météo France et du voisinage alors ils ont arrêté à moins que ce soit moi à force de les maudire de pas avoir du REM, où je m'essayais avec une amie à une chanson somme toute facile à chanter issue de nos années collège.




Une fois l'anecdote racontée, vous pensez bien que j'avais envie de mettre du should i leave or should i stay à toutes les sauces.

J'ai donc passé la journée à ponctuer les vides par du David Charvet, comme en plus je ne connais pas toutes les paroles, j'ai vite tourné en rond.

Le soir je l'ai gratifié d'une surprise, je lui ai fait un mini-revival années 96-98 pour lui rappeler d'où je venais (il est pas de la même décennie).

Non il m'a pas largué dans la seconde.

Il préparait sa vengeance.

Il a attendu une journée que je n'ai plus ces chansons en tête.

Hier soir en allant nous coucher, il s'est penché vers moi Raphaël a l'air d'un ange mais c'est un diable de l'amour, quand il se penche ... et m'a susurré : LUCY DON'T CRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRYYYYYYYYYYYYYYYY.



Bref toute à l'heure quand je reprendrais le boulot, j'aurais envie de massacrer Alliage. Prions pour qu'aucune patiente ne s'appelle Lucy. 

lundi 3 octobre 2011

Il a free il a tout compris

On parle souvent de cette France à 2 vitesses.

Aux "riches" qui peuvent se payer une bonne mutuelle et qui ont un meilleur accès aux soins.

Aux "pauvres" qui doivent se démener pour payer leur mutuelle et qui doivent choisir quel opération/acte est prioritaire.

Au milieu de tout ce monde, il y a les bénéficiaires de la CMU, couverture maladie universelle. Les soins sont payés par la Caisse Primaire d'Assurance Maladie donc par les travailleurs (dédicace à l'URSSAF).

Ces patients ne travaillent pas (ou alors au black donc pas de revenus déclarés) depuis plus ou moins longtemps. Ils déclarent un revenu considéré comme très faible ( 7611 euros en 2011). Donc en plus du RMI, ils ont la CMU.

Vous me direz, où est le problème ? C'est normal dans un pays à vocation sociale d'aider les plus démunis à avoir une vie normale.

Sauf que premier problème ces patients ont un accès totalement gratuit à des actes de prothèse que les travailleurs pauvres (ceux qui sont juste au dessus de la limite) n'ont pas. Là où les travailleurs pauvres cotisent tous les mois pour leur sécu sur leur salaire, et leur mutuelle, les patients CMU ne déboursent jamais rien. 

Et ils le savent, ils viennent tous les 5 ans changer leur prothèse, attendent de ravoir la CMU pour se faire leur couronne, alors que les autres doivent épargner sur leur petit salaire vu qu'ils ont toujours un reste à charge.

Une patiente me racontait qu'elle était outrée (et je la comprends) de voir son fils qui n'a jamais rien fait de sa vie bénéficier de la CMU lui et toute sa famille, se refaire les lunettes, les appareils ... alors qu'elle hésitait depuis 20 ans à changer de prothèse. 

La chose ne serait pas râlante si des milliers de gens ne profitaient pas du système. Combien sont-ils à ne jamais avoir cotisé pour la sécu parce qu'ils n'ont jamais travaillé, certes c'est la crise, mais nombreux sont ceux qui n'ont jamais cherché à changer de situation, et qui étaient bienheureux avec leurs aides

Je sais bien que je passe pour une sale fille de droite (ce que je ne suis pas en plus) mais j'ai mal pour ceux qui se lèvent tous les matins, et qui savent le vrai coût des soins.

Je pourrais aussi baisser le prix des prothèses. Dans ce cas, les lunettes devraient aussi être moins chères chez l'opticien, ainsi que les actes de radiographies, les dépassements d'honoraires sur les opérations chirurgicales...

Mais c'est rageant aussi ces gens qui viennent habiter 4 mois chez leurs enfants en France pour bénéficier de la CMU et faire leurs soins.

Ce qui est révoltant est que souvent ces patients veulent bien payer de leur poche les actes hors nomenclature (donc non pris en charge par la CMU), type couronne esthétique sur une molaire, blanchiment. Par principe, je ne le propose pas. Si le patient est CMU c'est qu'il ne peut pas donner 260 euros en complément juste par souci esthétique. Mais eux ça les choque pas. D'ailleurs y a une semaine, j'en ai vu un arriver qui voulait des dents en argent. Pas la couleur argent (couronne métal), mais en métal précieux argent. "Ça se travaille pas l'argent en prothèse". "De l'or alors"...

Sinon pour anticiper vos questions, bien sûr que je les soigne. Même si pour les travaux de prothèse, on est déficitaires. (Le coût de laboratoire reste le même, rapporté au nombre de séances, on est toujours perdant). Je suis certaine que l'essor des prothèses chinoises est issu de ce "souci" (part prise en charge par la sécu trop faible).




jeudi 29 septembre 2011

Comment les études apprennent à devenir vulgaire

Ma mère adore me dire que je suis trop vulgaire et que je ne marierais jamais.

En cause, 4 années dans un collège de zone où les gros mots fusaient (en même temps que les bombes lacrymo et autres joyeusetés). 4 ans de "zyva" ("mais tu veux qu'elle aille où ?"), de "paysans" (pour les passagers de mon bus qui habitaient dans un village sans tours). 4 ans où il a bien fallu se forger une carapace pour ne pas se faire manger.

Les années lycée dans un lycée d'une ville "classe" m'ont appris à me modérer (même si les anciens de mon collège me rappelaient d'où je venais).

Puis viens la fac de médecine. Et les chants carabins. Là tu as 2 choix, soit tu assumes ta part de débauche et tu y prends part soit tu joues la choquée. J'adorais ses chants où tu pouvais dire bite, couille dans la même phrase sans rougir et sans que personne ne te juge (refoulement des années collège).

                                               Avertissement : interdit aux âmes sensibles


On parle souvent du bizutage, maintenant renommé intégration pour faire plus politiquement correct.

En médecine (ou dentaire), c'est en 2 ème année pour des raisons évidentes (les 1 ères année vont se faire jeter au 3/4). Ça commence doucement. Tu sais que tu vas y avoir droit mais tu sais pas quand ça va te tomber dessus. Tu es tranquillement installée dans ton amphi à écouter parler ce qui se révélera être un faux prof, quand les lumières s'éteindront, une horde de boeufs crieront et taperont à la porte (en bois pour plus d'effet dramatique), ils rentreront avec des bougies et te pousseront à te caler en bas en bloquant les sorties. Y en a qui ont réussi à sortir. Je sais pas comment. On appelle ça la descente dans l'amphi (on est très inspirés par chez nous). La fac est au courant, toutes les années viennent au spectacle. Les troisièmes années sont là pour au choix te faire boire et t'humilier sur le pupitre normalement réservé au prof. On défile un à un sur ce pupitre, souvent à 2 quand c'est pour mimer des positions sexuelles. Les mecs installés dans les hauteurs avec leur alcool font leur choix, élisent "la pétasse de l'année". Entre on te nourrit à la seringue, punch orange, ginz fizz, pastis. Ton seul salut c'est de dire que par religion tu ne bois pas. Je ne sais toujours pas comment je suis sortie sur mes deux jambes sans vomir. On nous avait piqué une chaussure aussi pour être sur qu'on se ramène le soir au bar la récupérer. Rentrer en bus avec une kickers et une chaussette, tu n'es plus à ça près après.

Jusqu'au week-end d'intégration, le point d'orgue du bizutage, ça continue doucement avec des journées à thème où tu te ramènes déguisés en cours (et en TP). Le fameux week-end ne sera qu'une version condensée du "tu bois donc tu es", avec plein de jeux à boire, des soirées décadentes, des ânes embêtés.

On imagine jamais le nombre de jeunes qui sont devenus alcooliques (ou moins alcooliques sociaux) alors qu'ils étaient très sages à la base. Parce que finalement, il y a deux clans, ceux qui s’intègrent tellement bien qu'ils piquent la seringue pour se nourrir eux-même (ou qui se prennent de la soupe de poisson plein la gueule en rigolant) et ceux qui banniront à jamais toute soirée ayant rapport avec la fac en ayant peur que toute l'année ressemble à ça (et donc toute vie sociale à la fac).

J'avais vite compris que pour qu'on ne me force pas, il fallait que je sois compliante. Ressortir ma part vulgaire (non je n'ai jamais roté sur eux), chanter les chansons paillardes avec coeur, boire pour exister.

Là au milieu de tout ça, tu es immunisée contre les images pornos, le vomi partout, les mecs en pré-coma éthylique, t'es devenue une fille qui parle comme un mec pour se protéger, qui danse collé-serré avec tous les mecs parce que ça ne signifie rien.

Au début, les seules chansons que je connaissais par coeur (et que je ne chantais pas en yaourt), étaient des paillardes. Je m'exécutais gaiement en famille (une fois les enfants couchés) quand on me demandait "tu connais quoi ?", ou alors en plein aéroport quand prise de larmes, je devais me remonter le moral et celui de mes potes. La digue du cul est et reste ma chanson remonte moral.

Alors oui, il faudra apprendre à se modérer, composer avec les "autres", ceux qui sont pas du milieu; qui n'ont pas l'habitude de voir des femmes boire comme des trous, parler sans tabou de sexe sans rougir. Je n'ai jamais eu de vraie cuite (en public) ou alors il n'y a aucune preuve.

Je suis vulgaire mais je me soigne. Les patients ont au pire droit à un "putain" étouffé si je me cogne avec le cône radio ou que je laisse tomber un instrument par terre ou que je me bloque sur un traitement canalaire.

Au rayon progrès, je n'insulte plus les coins de lit, table, chaise que je heurte dans la douleur (on reparlera du stoïcisme).

Les insanités maintenant c'est pour les voitures ...

lundi 26 septembre 2011

Better run through the jungle



En vrai ce blog aurait pu s'appeler autobiographie du dentiste en coureuse de fond. Vu que la course à pied occupe une grande partie de ma vie. Je vais pas vous faire le coup du "comment je suis saine et je ressemble à Gwyneth Paltrow " alors que je suis mieux. C'est juste que se défouler dehors et pas sur les patients énervants , ça te change une vie. Je suis beaucoup plus zen, moins stressée (si tant est que je l'ai jamais été pour le boulot). 

Par contre, quand je cours il faut pas m'embêter.

Et c'est fou comme en tant que coureuse, on en voit des vertes et des pas mûres.

Des conducteurs qui sont à un stop et qui démarrent alors que tu traverses le passage piéton (toujours le même d'ailleurs). Alors qu'ils m'ont bien vu.  Encore aujourd'hui j'ai lâché mon flot d'insanité à la petite vieille toute étonnée que je puisse vouloir traverser alors que j'étais doublement dans mon droit. "J'ai la priorité putain, c'est pas vrai bordel de merde". Je plains le père de famille qui a dû expliquer à son gamin pourquoi j'étais aussi vulgaire. J'avais juste failli me faire renverser.

J'espère que si j'avais eu une poussette, elle ne se serait pas élancée. Vous allez me dire, j'aurais pu attendre.  (Elle aussi). J'étais pas à 30 secondes (elle non plus). La vérité c'est que plein de conducteurs ne sont jamais piétons et ne savent pas ce que c'est de ne pas pouvoir traverser un passage clouté sereinement (la faute aux gens qui accélèrent quand le feu passe au vert, même si ils tournent à droite et qu'ils n'ont aucune visibilité).

Au rayon voiture et énervement, il y a aussi les sorties de garage ou de parking à toute blinde, avec passage et ratissage express du trottoir. Si par malheur tu l'as pas entendu arriver ou que tu ne t'es pas penchée avant de t'élancer, t'as toutes les chances d'avoir une bonne décharge d'adrénaline. Ça m'est arrivé avec l'amoureux et quand je repasse devant à chaque fois maintenant je fais un blocage et je ralentis (peut-être que c'est ça aussi le but qu'on ralentisse tous pour qu'ils n'aient pas à le faire ?). 

Dans ma ville, un coureur est mort de la façon la plus conne qui soit au passage. Il a voulu éviter l'ouverture d'un volet, il s'est pris une bagnole. Depuis je rase les murs sur cette rue. 

En parlant de raser les murs, tout le monde comprend qu'on roule à droite, et que donc le bon sens veut qu'on marche aussi à droite sur un trottoir. Je veux bien comprendre qu'une poussette est difficile à manœuvrer mais c'est si dur que ça d'expliquer et d'apprendre à ses enfants de se placer en rang d'oignons pour laisser passer la dame (vu qu'il y a la place en plus) ? Ou c'est mieux qu'ils assistent au spectacle oh combien merveilleux de la voir se faire percuter par une voiture par derrière vu qu'elle n'a pas de visibilité ?

Une amie m'avait dit de changer de route. J'ai changé d'horaire pour éviter la sortie de l'école privée et le lot de mamans qui allaient avec. Il faut dire qu'elles vous regardent avec des grands yeux comme si vous étiez un monstre de vouloir rester sur la droite du trottoir alors qu'elles viennent d'en face. Forcement elles n'ont jamais dû vivre la même situation. Je précise que ces enfants qui ne savent pas se pousser parce qu'on leur apprend à être les rois grandissent (l'école privée fait de la maternelle au lycée) avec les mêmes habitudes pourries de prendre le trottoir entier en marchant au milieu et en tenant son sac au pli du coude (histoire de prendre ce qu'il reste de place exploitable).

Notons que ces parents ont des voitures aussi et qu'ils n'hésitent pas à forcer le passage alors que vous êtes sur le passage piéton et à vous regarder indignés. C'est ça l'éducation ? J'en sais quelque chose, j'aurais jamais pu imaginer qu'un passage aussi minuscule (avec de l'élan je pourrais le traverser en sautant et je suis petite) deviendrait un cauchemar le matin en partant au boulot.

Certains diront que n'étant pas mère, je ne peux pas comprendre, un jour je leur taillerais un short pour qu'ils se rendent compte.

Le reste du parcours, je cours sur une voie spéciale ou bizarrement il ne m'arrive jamais rien.

vendredi 23 septembre 2011

C'est vous le dentiste ?

A chaque fois, je pense à la cité de la peur (on a les références cinématographiques qu'on peut) et j'ai envie de crier "NON JE SUIS LE PAPE ET J'ATTENDS MA SOEUR". Ou alors version 5ème élément, (Bruce Willis face à un contrôle d'identité), "non, je suis une mite en pull-over".



Ça revient à chaque fois que je change de poste. Non pas que ça arrive souvent mais c'est le but de la jeunesse d’expérimenter et de prendre son temps pour choisir où s'installer. Et puis qui peut ouvrir un cabinet directement en sortant de la fac ? (un il faut du courage, deux pas mal d'argent).  Bref. Chaque nouveau patient (ou patient qui ne m'a jamais vu) voit le doute l'assaillir quand il me voit. Ils leur faut souvent un moment de réflexion pour se demander si oui ou non je suis le dentiste (une fois sur deux, ils s'adressent à mon assistante). Une fois qu'ils savent arrive leur poussée d'adrénaline, ils lancent à coup sûr leur "mais vous faites tellement jeune".

On oublie souvent qu'avant d'avoir 30 ans d'expérience, on doit commencer et faire nos preuves.

C'est vrai leur vieux dentiste, il a toujours été vieux. (Ou alors ils ont vieilli avec). C'est normal, c'est dur de faire confiance à quelqu'un qui a l'âge de ses enfants. Ils savent qu'à cette âge, on est encore pas fini qu'on se biture le week-ends entier pour se refiler nos MST.

Heureusement, les jeunes s'en foutent sont plus cléments. Sûrement parce qu'ils sont juniors dans leur entreprise, et qu'ils ont bien compris que les échelons ça se gravit.

On rigolait souvent avec les collègues à la fac des patients qui venaient se soigner à l’hôpital et qui ne voulaient pas d'étudiants de 1ère année. En 1ère année, on sait même pas si on va l'avoir ce putain de concours ! D'ailleurs jusqu'à la 4ème année, même pas en rêve on touche un patient. (Ou alors on porte les instruments et on colle des étiquettes en stage).


Notre patient c'est ça, un fantôme. (Enfin le mien était pas aussi neuf)
Avec un tuyau pour évacuer l'eau, on a pas le droit à l'aspiration !
 (Paie ton démaquillage à chaque TP).

Pour mettre les patients sur la voie, je mets un masque. Par logique, si tu es enfermé dans une pièce avec un personne sans masque et une avec masque, tu devines facilement qui est qui, non ? C'est aussi à ce moment-là que tu peux évaluer le QI du patient dans ta tête ou te dire tout simplement "ON EST PAS RENDUS".

Une fois j'étais seule (pas d'assistante dans tous les cabinets, surtout en remplacement ) et le patient cherchait la feinte. J'ai dû me retenir de lui dire "Non, non, y a quelqu'un planqué sous le bureau". "SURPRISE".

Un jour, j'étais en train d'anesthèsier un gamin et sa mère me questionne "c'est vous le dentiste ?". "Non, non, je passais dans le quartier mais je trouvais ça drôle de m'installer derrière le fauteuil et de mettre un masque, en fait je suis femme de ménage".

Une patiente m'a raconté que sa fille avait le même problème à la fin de ses études de médecine et qu'elle avait fait 2 enfants pour se vieillir.

Florilèges de questions connes, réponses connes :

"Vous avez quel âge ?": "Je sais pas et vous ?"
 "Vous avez eu votre diplôme quand ?" : JE L'AI PAS (rire sadique). (j'étais en rempla juste avant de passer ma thèse).
"Ça fait combien de temps que vous faites ce métier ?" " Je sais pas 30 ans peut-être ?" (En vrai je rajoute 3 ans à ma date de thèse parce que ça compte aussi les années cliniques).
"Madame ou Mademoiselle, vous êtes si jeune ?"

Notons juste qu'à la fac, ils s'en tamponnaient royalement de savoir quel âge j'avais (vu que ça se voyait que je n'étais ni mariée, ni multipare, ni vieille) et qu'ils n'avaient pas peur pour autant.

Un jour on finit par comprendre que les patients riches sont rassurés par les soins (et prothèses ) qui coûtent cher et les praticiens vieux, ils pensent que c'est gage d'expérience et de perfection. (Si c'est trop bradé, ils se disent tout de suite que c'est de la prothèse chinoise). Alors que les pauvres, eux veulent juste être soignés, guéris sans douleur et avec tendresse ... Les entre-deux se rendent vite compte que les jeunes se forment et s'informent plus, utilisent du fait des techniques et des matériaux moins obsolètes.

Bon je dis ça mais le jour où je serais en plein travail si je vois débarquer un maïeuticien pré-pubère je lui ressortirai surement la même chose.



mercredi 21 septembre 2011

En attendant d'avoir mon propre tigre, je vais m'entraîner sur mon chat

Ma mère n'a pas son pareil pour m'envoyer tous les articles qu'elle trouve qui parlent de dents, de dentistes ... 

Heureusement qu'elle ne lit pas de revues paléontologiques...

Parfois c'est drôle. Comme la semaine dernière, où elle m'a transmis un article du site web de paris match. C'est vrai c'est mignon un ours qui dort et qui se fait soigner les dents. Ou une otarie qui se brosse les dents.


Chester, tigre du Bengale a le droit à la turbine. (Par contre les masques c'est en option ?)




Nettoyer les dents d'un hippopotame c'est un peu comme passer la balayette dans les toilettes, faut se contorsionner. 



Cette Otarie (nom non communiqué) se fait brosser les dents.



Ping Ping l'ours se fait administrer un tranquillisant.




Reyna, le jaguar se fait endormir les dents. (Pour un détartrage d'après paris match.)



Socrates le tigre se fait enlever une molaire. 



XioPingPing le panda se fait anesthésier. C'est un écarteur comme ça qu'il me faudrait pour travailler. (Spéciale dédicace à Lolotte).

Mon préféré pour la fin !



J'adore !!!
Voilà à quoi je pensais quand je parlais des petits diables qu'on tient à 4. Il a pas l'air malheureux le lion Tyson ! Regardez sa langue, je suis sûre qu'il a eu du protoxyde d'azote (pas assez).

Si vous aimez les singes, la suite est par. Personnellement c'est le genre d'animal qui me met mal à l'aise. 

Sinon j'aurais bien envie de me spécialiser juste (quoiqu'il faut sûrement être véto d'abord) pour pouvoir faire un câlin à un tigre endormi. Mon rêve ultime. (Clin d'oeil à Bixente : idée cadeau ). En attendant je vais me contenter de mon chat.


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