jeudi 29 septembre 2011

Comment les études apprennent à devenir vulgaire

Ma mère adore me dire que je suis trop vulgaire et que je ne marierais jamais.

En cause, 4 années dans un collège de zone où les gros mots fusaient (en même temps que les bombes lacrymo et autres joyeusetés). 4 ans de "zyva" ("mais tu veux qu'elle aille où ?"), de "paysans" (pour les passagers de mon bus qui habitaient dans un village sans tours). 4 ans où il a bien fallu se forger une carapace pour ne pas se faire manger.

Les années lycée dans un lycée d'une ville "classe" m'ont appris à me modérer (même si les anciens de mon collège me rappelaient d'où je venais).

Puis viens la fac de médecine. Et les chants carabins. Là tu as 2 choix, soit tu assumes ta part de débauche et tu y prends part soit tu joues la choquée. J'adorais ses chants où tu pouvais dire bite, couille dans la même phrase sans rougir et sans que personne ne te juge (refoulement des années collège).

                                               Avertissement : interdit aux âmes sensibles


On parle souvent du bizutage, maintenant renommé intégration pour faire plus politiquement correct.

En médecine (ou dentaire), c'est en 2 ème année pour des raisons évidentes (les 1 ères année vont se faire jeter au 3/4). Ça commence doucement. Tu sais que tu vas y avoir droit mais tu sais pas quand ça va te tomber dessus. Tu es tranquillement installée dans ton amphi à écouter parler ce qui se révélera être un faux prof, quand les lumières s'éteindront, une horde de boeufs crieront et taperont à la porte (en bois pour plus d'effet dramatique), ils rentreront avec des bougies et te pousseront à te caler en bas en bloquant les sorties. Y en a qui ont réussi à sortir. Je sais pas comment. On appelle ça la descente dans l'amphi (on est très inspirés par chez nous). La fac est au courant, toutes les années viennent au spectacle. Les troisièmes années sont là pour au choix te faire boire et t'humilier sur le pupitre normalement réservé au prof. On défile un à un sur ce pupitre, souvent à 2 quand c'est pour mimer des positions sexuelles. Les mecs installés dans les hauteurs avec leur alcool font leur choix, élisent "la pétasse de l'année". Entre on te nourrit à la seringue, punch orange, ginz fizz, pastis. Ton seul salut c'est de dire que par religion tu ne bois pas. Je ne sais toujours pas comment je suis sortie sur mes deux jambes sans vomir. On nous avait piqué une chaussure aussi pour être sur qu'on se ramène le soir au bar la récupérer. Rentrer en bus avec une kickers et une chaussette, tu n'es plus à ça près après.

Jusqu'au week-end d'intégration, le point d'orgue du bizutage, ça continue doucement avec des journées à thème où tu te ramènes déguisés en cours (et en TP). Le fameux week-end ne sera qu'une version condensée du "tu bois donc tu es", avec plein de jeux à boire, des soirées décadentes, des ânes embêtés.

On imagine jamais le nombre de jeunes qui sont devenus alcooliques (ou moins alcooliques sociaux) alors qu'ils étaient très sages à la base. Parce que finalement, il y a deux clans, ceux qui s’intègrent tellement bien qu'ils piquent la seringue pour se nourrir eux-même (ou qui se prennent de la soupe de poisson plein la gueule en rigolant) et ceux qui banniront à jamais toute soirée ayant rapport avec la fac en ayant peur que toute l'année ressemble à ça (et donc toute vie sociale à la fac).

J'avais vite compris que pour qu'on ne me force pas, il fallait que je sois compliante. Ressortir ma part vulgaire (non je n'ai jamais roté sur eux), chanter les chansons paillardes avec coeur, boire pour exister.

Là au milieu de tout ça, tu es immunisée contre les images pornos, le vomi partout, les mecs en pré-coma éthylique, t'es devenue une fille qui parle comme un mec pour se protéger, qui danse collé-serré avec tous les mecs parce que ça ne signifie rien.

Au début, les seules chansons que je connaissais par coeur (et que je ne chantais pas en yaourt), étaient des paillardes. Je m'exécutais gaiement en famille (une fois les enfants couchés) quand on me demandait "tu connais quoi ?", ou alors en plein aéroport quand prise de larmes, je devais me remonter le moral et celui de mes potes. La digue du cul est et reste ma chanson remonte moral.

Alors oui, il faudra apprendre à se modérer, composer avec les "autres", ceux qui sont pas du milieu; qui n'ont pas l'habitude de voir des femmes boire comme des trous, parler sans tabou de sexe sans rougir. Je n'ai jamais eu de vraie cuite (en public) ou alors il n'y a aucune preuve.

Je suis vulgaire mais je me soigne. Les patients ont au pire droit à un "putain" étouffé si je me cogne avec le cône radio ou que je laisse tomber un instrument par terre ou que je me bloque sur un traitement canalaire.

Au rayon progrès, je n'insulte plus les coins de lit, table, chaise que je heurte dans la douleur (on reparlera du stoïcisme).

Les insanités maintenant c'est pour les voitures ...

3 commentaires:

  1. Ben moi je suis vulgaire et je me soigne pas! Y'a que devant ma fille que je me calme un peu, histoire qu'elle n'aille pas répéter toutes les insanités que sa mère indigne débite à longueur de journée. Je remplace donc les "merde" par "nom d'une crotte de poney" et les "fait chier" par "ça m'escagasse". C'est plus imagé et tout aussi vulgaire :-)

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  2. C'est quand même moins trash maintenant, ou en tout cas en médecine, ce qui est pas plus mal d'ailleurs.

    Faut dire que dans ma fac on est pas super drôles, aussi.

    Mais je suis complètement d'accord sur "On imagine jamais le nombre de jeunes qui sont devenus alcooliques (ou moins alcooliques sociaux) alors qu'ils étaient très sages à la base"

    C'est simple avant ma P2 j'ai du boire deux coupes de champagne dans ma vie, j'avais baisé avec un seul mec et jamais fait de vraies soirées (qui durent toute la nuit). En plus j'étais l'intello de mon collège et de mon lycée.
    Maintenant ... c'est une autre histoire ! Même si je continue à me débrouiller en cours (comme quoi on peut faire la fête et être bosseuse quand même).

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  3. Quand on a passé la moitié de sa vie à être studieux et surtout après une difficile P1 où on a eu aucune vie sociale, c'est dur de ne pas avoir envie de s'amuser et de profiter de sa jeunesse.

    Je pense que ça se tasse naturellement à la fin des études (du moins en 6 ème année chez nous et vous avec l'internat) quand on a enfin trouvé son juste milieu.

    Tout ça participe à faire oublier qu'on soigne des personnes, qu'on côtoie la mort et la maladie ou encore que l'on a beaucoup de responsabilités ...

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