vendredi 16 septembre 2011

Les enfants, ces êtres maléfiques

NDLR :Il paraît que ma ligne éditoriale est moins drôle ces jours-ci, c'est juste un concours ce circonstances. Il n'y aura pas de Serge tous les jours.

Les enfants, c'est un peu comme le prince charmant, toutes les petites filles en veulent. Pour les coiffer, les habiller, les balader. Souvent on oublie le côté obscur, l'accouchement, les nuits sans sommeil, comment les faire garder, comment les élever ...

Chez le dentiste, donc sur mon fauteuil, on voit plus souvent leur face cachée. Les caprices pour ouvrir la bouche, leur gesticulation, leur 10000 questions "c'est quoi ça ?". Il vient souvent cette pensée à la question "comment éviter cela ?" = l'abstinence ne pas oublier la pilule. Bien sûr les miens seront différents vu que ce seront des demi-dieux. (Le dieu étant le père, je n'ai pas cette prétention, je suis juste chirurgien).


Le mercredi à la fac était une journée à thème, aka la journée des enfants. Appelée aussi adieu les tympans. 
Une journée en enfer, avec des enfants partout plus ou moins jeunes, plus ou moins dociles. Une journée à parler en baby talk, d'hélicoptère vert ou orange, à aspirer les joues des enfants pour leur faire rire, à compter 15 par 15 pour qu'ils gardent la bouche ouverte. Au premier c'est sympa, surtout quand elle a 5 ans, qu'elle s'appelle Rita et qu'on a jamais eu besoin de la droguer pour qu'elle soit calme. Surtout quand ils nous prennent la main en allant chercher le prof, ou en montant les escaliers pour rejoindre le box. Surtout quand ils se laissent faire en fait. 

Parfois Rita devient Moïse, nom non prédestiné, vu ses parents (et ses dents), il ne sauvera pas l'Egypte. Moïse, 2 ans presque, gros bébé à porter dans les escaliers  parce qu'à moitié shooté à cause de l'atarax. 2 ans et toutes ses dents déjà pourries. (A ce stade de la carie, parlons franchement). Le tranquillisant (hydroxyzine c'est légal ne vous inquiétez pas) ne fonctionne pas (une vague histoire de récepteurs sensoriels), je dois lui arracher 6 dents. Je n'y arrive pas. Un, je sais qu'il ne comprend rien, deux qu'il a peur. C'est le prof qui interviendra et finira au bloc pédiatrique. 

Souvent on a donc affaire à des récalcitrants. A la fac, c'était marrant, on entendait un gosse hurler à la mort pleurer, et comme on était en binôme on se séparait et 4 personnes se retrouvaient à aider le jeune praticien en détresse auditive. L'enfant pleure ou crie pour prouver son désaccord en attendant que sa mère le sauve. Les parents n'avaient pas accès aux box pour qu'on puissent les torturer allègrement. C'est faible une mère elle cède facilement face aux cris (parce qu'elle en a toute la journée). C'est normal, nous aussi au début on se laisse avoir. Puis on apprend à différencier des cris de douleurs à des cris de caprice. Si il gesticule et que tu n'as rien fait par exemple, tu sais que c'est mal barré la séance sera longue. Des vrais pleurs impliquent de vraies larmes. Je sais je suis horrible. Mais les enfants sont diaboliques.

Heureusement la pharmacie existe et a inventé l'atarax. Prescrit en tant qu'anti-histaminique (allergies), ses effets secondaires (somnolence) sont très utiles chez nous. Le petit monstre patient prend ses cuillères de sirop une heure et une demi-heure avant, et techniquement on a la paix royale. "Il a bien pris son sirop, ouh c'est bien ça, c'est bien !!!" . Si d'aventure le patient a plus qu'un problème d'anxiété (troubles mentaux, trouble du comportement), il peut être traité sous MEOPA. Là ils sont encore plus shootés. J'ai déjà essayé un mélange à 6 (pas le maximum), avec un masque, 1 minute et j'ai adoré je plannais et on peut dire que ça marche très bien (effet obtenu = saoule sans avoir bu)



La fac pour les enfants c'est magique, on soigne tous les petits rejetés par les cabinets de ville. Qui n'ont pas le courage ni les moyens de les calmer. C'est facile de soigner quelqu'un quand 4 personnes lui tiennent une partie du corps. (La tête, les bras, un assis pour bloquer les jambes, un qui rigole). Ne jamais sous-estimer la force développée par un gamin de 6 ans quand il se débat. Je me suis faite soulevée une fois et j'étais assise sur lui. Nous ne sommes pas des monstres, c'est pourquoi je tairais la façon archaïque que nous avons pour qu'ils ouvrent la bouche en 1 minute (ça implique un réflexe nauséeux) puis que nous avons de la garder ouverte avec un bouchon de champagne (bouchon de vin trop petit). 

Ah ça me manque ces journées à tenir des enfants hurlants "je veux de l'eau" avec la même voix que l'actrice de l’exorciste ! Ces êtres si mignons qui se transforment en démon et qui se font vomir sur le fauteuil (avec un concours à la clé "chope le haricot avant qu'il ne retapisse ta blouse ou la pièce"), qui font pipi ou qui te transmettent leur poux.




Le véritable problème de ces enfants, est leur parents. Ou plutôt leur éducation. De quoi faire passer en décret national l'utilisation de la fessée, ou de la punition. Le règne de l'enfant-roi fait des ravages et pas seulement dans les familles défavorisées. Ce qui tue le plus c'est la capacité des parents à te faire croire que leur enfant s'achète à 6 ans tout seul des bonbons et qu'il les boulotte toute la journée sans que ça dérange personne. Certains poussent le vice à te l'emmener au rendez-vous avec un soda à la main. 

L'autre souci reste l'anxiété des parents transmise au bambin la veille du rendez-vous. Au lieu de préparer calmement l'enfant à nous voir, ils les terrorisent en leur disant qu'ils vont avoir mal mais qu'ils n'ont pas le choix, qu'ils l'ont mérité vu  qu'ils ne sont pas brossé les dents. 

Rappelons pour finir qu'un enfant ne reproduit que les gestes de son environnement proche. Donc si il ne vous voit jamais vous brosser les dents c'est normal qu'il ne le fasse pas seul.




Update: Certaines personnes ne comprenant ni l'ironie ni l'humour au 35 ème degré et prenant tout ce qui est écrit comme vérité, je vous invite avant de me dire que je manque de psychologie, de patience (d'empathie), à lire, parcourir le reste du blog.

Comme je suis sympa je vous ai sélectionné 2 autres notes sur un thème similaire. 

 http://docteurcarie.blogspot.fr/2012/07/victoria.html
http://docteurcarie.blogspot.fr/2014/06/double-peine.html

8 commentaires:

  1. Certes certes....
    Moi j'ai la joie d'avoir des enfants dénués de caries (c'est parce que je suis une maniaque de la brosse, ils prennent exemple)

    Ceci étant dit je trouve ça limite maltraitant de ne pas autoriser les parents près des enfants à l'hosto... Si leur présence peut être problématique, il me semble que leur absence peut être particulièrement traumatisante pour les enfants à qui on applique des gestes inhabituels et intrusifs. Je ne discute pas le fait qu'il faille préparer les parents (et les éduquer oui bon).
    J'en vois souvent à la pmi:
    - Va voir la dame elle va te donner un bonbon
    - Non je ne vais pas lui donner un bonbon je vais la peser et la mesurer...
    - Si si elle va te donner un bonbon (dites lui sinon elle ne viendra pas)
    Ahem...

    Sans parler du nombre de fois où des gens inconnus (voire la boulangère) donnaient des bonbons ou des sucettes à ma fille dans la rue (à la boulangerie...) parce qu'elle était vraiment trop mignonne, et ce malgré mes protestations:
    - il est 11h55 après elle ne va rien manger
    - Si si elle est trop mignonne
    - Non merci vraiment
    - Tiens ma chérie
    - Raaaaaa je suis la mère et je dit non !!!

    Sinon pour le sirop qui fait dormir j'avais une collègue instit qui en donnait une petite cuillère à chaque gamin le soir en classe de découverte, pour qu'ils dorment bien et ne fassent pas la java. Véridique. C'était les années 90.

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  2. Dans les années 70-80, certains parents donnaient du valium en sirop pour avoir la paix (il était prescrit par les médecins pour ses propriétés anti-convulsives).

    Les parents sont acceptés à la 1ere consultation (ou si c'est une visite d'urgence), après ils restent en salle d'attente. J'en ai jamais vu protester. Ils ont l'habitude.

    Au cabinet, les parents rentrent mais ressortent si le petit ne se laisse pas faire. Je joue au "à 3 si tu t'arrêtes pas de pleurer, maman/papa sort", et ça marche. Le parent est généralement content qu'on le soigne même en forçant un peu car au moins ils auront la paix à la maison ...

    Pour ce qui est de l'offrage de bonbons à tout)va, je trouve affreux d'acheter le silence/gentillesse des enfants, c'est normal non qu'ils soient mignons, polis, sages ?

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  3. Pour l'avoir testé encore récemment au cabinet, je me joins (non je ne fume pas) à notre chère amie pour dire que les parents sont mieux en salle d'attente.
    J'ai eu un petit de 10 ans (pas si petit que ça donc) qui venait pour une dent qui ne tombait pas.
    En menant les parents et l'enfant vers la salle de soin je vois que la mère doit le pousser pour qu'il entre. Je m'absente 1minute et en revenant je le vois sur le fauteuil en pleurs, refusant de me parler.
    J'ai donc demandé aux parents d'aller en salle d'attente, ce qu'il ont immédiatement fait (même si j'ai perçu que ça les perturbait quelque peu).
    Dès lors c'était gagné, j'ai pu petit à petit capter son attention et instaurer une relation directe avec lui. Lorsque je lui parlais il m'écoutait, me regardait, et ne cherchait plus le regard de ses parents. Et là tout s'est passé tranquillement, dans le calme.
    Donc oui, il est préférable de laisser les parents dehors, d'une part pour éviter qu'ils ne fassent obstacle à la si célèbre et ô combien indispensable relation soignant-soigné que nous devons instaurer avec l'enfant, et d'autre part pour éviter qu'ils ne transmettent leurs appréhension à leur bambin.

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  4. De même pour des raisons évidentes, si la mère se ramène avec ses 2 autres enfants, je leur demande d'emblée de rester en salle d'attente. D'une part, parce que les frères et soeurs gênent souvent le soin par leur remarques au petit sur le fauteuil. D'autre part, je déteste travailler avec un "public". C'est difficile pour un enfant de faire confiance quand il perçoit de la réticence de la part de ses propres parents.

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  5. Hum. Le truc que je comprends pas, ce sont les généralités. Quand en stage on a eu a faire des vaccins a la chaine chez des enfants, il y en avait pour lesquels la présence des parents étaient problématique (facteur de stress supplémentaire +++), d'autres non. Et on faisait avec, sauf cas rarissime. Comme en pédiatrie, de ce que j'ai pu en voir, faire sortir les parents pour un soin, même douloureux, désagréable ou quoi, était souvent exclu, même si le personnel préférait sans.

    Ensuite, personnellement je trouve ça très sain comme réaction, de la part d'un gamin, de chercher a se défendre quand on lui fait un truc désagréable qu'on lui impose, éventuellement de force ... Je veux pas faire un parallèle douteux, mais les gamins bien polis et bien obéissant ("les adultes sont des dieux") qui suivent bien ce que les adultes leur disent sans se poser de questions, ben moi, ça me fait méga flipper...

    Ca me laisse un gout un peu amer, ce post, même si je comprends qu'en tant que praticien, ça doit être compliqué, en tant que soignante, et en tant que maman, ça me perturbe. Remplacez le terme "enfant" par le terme "déficient mental" ou "personnes âgées" et on tombe sur quelque chose d'un peu glauque...



    Mais j'aime bien le sujet abordé, hein, juste que ça me met mal à l'aise, la pour le coup (bon, je sais que le ton force un peu le trait pour le bonheur de la lecture ;))

    Kat

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  6. Rassurez-vous les patients handicapés et les personnes âgées ne présentent pas les mêmes problèmes, surtout parce qu'ils expriment différemment leur peur.

    Je parle là des gamins qui s'excitent alors même qu'on a rien commencé. Je ne force jamais un soin. Mais si le petit a une infection, avec ou sans fièvre, qu'il n'a pas dormi la nuit, si il faut enlever la dent on l'enlève.

    Les enfants qui suivent ce qu'on dit font confiance et nous écoutent. J'explique tout ce que je fais de l’anesthésie à l'obturation. Je lui dis qu'il va sentir, que ça va faire bizarre. Après ils voient par eux-mêmes que c'est vrai et le soin continue.

    Ceux qui n'ont pas envie, ne le font pas parce qu'on les torture mais parce qu'ils ont peur. Jamais quand on leur demande après, ils disent avoir eu mal.

    Après la dérive c'est que ces enfants-là, personne n'a plus envie de prendre le temps de les soigner (car il faut bien le dire, il faut être rentable, donc on passe pas 4 séances à regarder un gosse hurler). Et qu'à 15 ans, ils ont déjà plus de 1ère molaires.

    Quand au "les adultes sont des dieux", j'ai juste dit que mon mec était un dieu. Pour la blague.

    Si un adulte refuse un soin, je ne fais rien, et je lui indique de changer de praticien. Parce qu'il le fait en toute connaissance de cause.

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  7. Je tombe sur votre site et je suis plus que mal à l'aise de vous lire.
    Parce qu'un enfant ne pleure pas "avec des larmes", cela relèverait du caprice ?? Quand il y a douleur, il y a des larmes ?! Et seule la douleur est à prendre en compte ? Les cris de peur d'un enfant "avant même qu'on le touche" relèveraient de la comédie, d'une attitude d'enfant-roi ? C'est inquiétant de voir le peu de psychologie dont vous faites preuve à l'égard de ces petits patients... et de leurs parents.
    Heureusement, de nombreux praticiens comprennent aujourd'hui la nécessité de faire participer les parents aux actes médicaux pratiqués sur leur enfant. ( http://www.medecines-douces.com/impatient/277avr01/hopital.htm )
    Je suis professeur des écoles depuis plusieurs années et suis souvent confrontée à l'attitude plus que contestable de certains parents vis à vis de leur enfant. Mais je suis entre mes débuts et aujourd'hui devenue maman et cela m'a fait réaliser qu'il fallait éviter de les juger trop vite. Certains ont tout faux et n'y mettent aucune bonne volonté, je vous l'accorde. Mais tant d'autres, moi la premièrei, tentent de faire de leur mieux et ne sont simplement pas parfaits. Tous ceux qui ont un enfant agité et désobéissant ne sont pas des laxistes, ceux qui ont un enfant en surpoids ne l'ont pas forcément "gavé", ceux dont le petit a les dents "pourries" comme vous dites ne sont pas systématiquement des abonnés aux sodas et bonbons qui ne se brossent jamais les dents (lisez quelques témoignages sur des forums de mamans désemparées par des caries de tout petits n'ayant pas le profil que vous décrivez).
    Et quand bien même ces parents auraient une responsabilité dans les malheurs que vivent leur enfant, pouvez-vous pour autant vous permettre d'en tirer des conclusions sur leur "éducation" en général ?
    "C'est faible, une mère..." "nous aussi, au début, on se laisse avoir"... Une mère ne se laisse pas avoir, elle ressent un besoin viscéral, indescriptible pour qui ne l'a pas vécu, de protéger, de rassurer son enfant. Mais vous ferez (faites aujourd'hui ?) peut-être partie de ces mères qui, par peur de trop de "faire avoir" par les "petits êtres démoniaques" que sont leurs enfants, ne les portent pas trop souvent, ne les prennent pas trop quand ils pleurent, etc, etc, pour ne pas qu'ils s'habituent à être des enfants-rois. A titre personnel, le seul enfant de mes amies que je connaisse qui hurle quand il veut quelque chose et qui a à peine dix mots de vocabulaire à presque trois ans est le fruit d'une éducation dans le style de celui que vous préconisez certainement.
    On peut rechercher l'épanouissement plus que la docilité et l'obéissance chez son enfant. Le fait qu'il ait peur du dentiste s'expliquera peut-être simplement par le fait que d'autres médecins qu'il a vus avant vous (pédiatres...) l'aient fait "hurler à mort" depuis sa naissance et non par le fait qu'il soit un petit capricieux. Les enfants, les tout-petits ont un rapport particulier à leur corps dont ils commencent à prendre conscience et possession. Les séparer de force d'un parent, les maintenir immobiles, ne sont pas des actes qui font mal mais qui peuvent marquer pour longtemps (mon fils de deux ans qui va spontanément bavarder avec des inconnus est très inquiet lorsque la "dame" du magasin de chaussures veut mesurer son pied ! Comme une personne dans un commentaire précédent, je trouve plutôt normal et sain qu'il se demande (à cet âge-là) pourquoi une inconnue lui attrape le pied pour le placer sur un "appareil".
    Dans votre profession, il me semble que dialogue, la patience, le respect des craintes sont indispensables pour éviter de faire de ces enfants de futurs adultes phobiques du dentiste.
    Pascale

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    1. Il est vrai qu'à l'époque où j'ai écrit ces lignes je n'étais pas mère.
      Il est vrai que dorénavant je veux faire ce qui est de mieux pour mon enfant mais que ce n'est pas facile.

      Par ailleurs la démarche extrême de tenir immobile un enfant sur le fauteuil était réalisée à l'hôpital en terme de dernier recours pour des actes urgents.

      Il est évident que je n'ai jamais procédé ainsi au cabinet, même avec une assistante.

      Par ailleurs souvent c'est le parent lui même qui me dit de continuer et qu'il va le tenir.

      Et c'est toujours moi qui dit stop.

      Je n'ai jamais forcé un enfant à recevoir des soins ni utilisé la violence. En sachant justement que ça les traumatiserait.

      Dorénavant si "le dialogue" ne passe pas (la maman est toujours présente d'ailleurs), j'adresse ailleurs.

      Et je suis plus que patiente.

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