jeudi 6 octobre 2011

Ces poussées d'adrénaline ...


Personne n'est parfait. Encore moins un jeune soignant.

Forcément en sortant de la faculté, on a jamais vu tous les cas cliniques présentés en cours, jamais rencontrés tous les effets indésirables aussi rares que oubliables.

On a vu que le plus commun et avec un peu de "chance" ou plutôt de communication avec ses camarades/confrères on apprend à parer à des situations inconnues.

L'expérience est une lanterne qui éclaire le chemin déjà parcouru. Tu as vu, tu as vaincu pas sûr mais au moins tu as digéré/analysé le cas et tu en sors grandi.

C'est la grande différence entre le théorique et la pratique. La mise en oeuvre n'est pas aussi simple même en lisant le manuel (voir le problème que pose parfois la lecture et compréhension des kits ikea). "Mais elle est où la vis ????".

N'étant pas une adepte des sensations fortes (je ne risque pas de sauter d'une falaise, j'aurais trop peur que mon coeur lâche de peur et si je survis de me péter les membres et ne plus pouvoir exercer), j'ai horreur des poussées d'adrénaline, des mains qui grattent et ces petites bulles qui transparaissent sous le gant en latex, le coeur qui commence à battre la chamade, le regard qui devient flou ... Ça ressemble presque à un malaise vagal. Sauf que quand tu fais ton malaise, quelqu'un vient t'aider et là t'es tout seul avec ta merde. Qu'il faut que tu te réveilles, ce n'est pas un  rêve, le patient est là, il attend (et ne doit pas savoir que tu paniques). Tout l'art d'être en stress sans que ça se voit. Inspiration. Expiration. A l'aaaaaaaaaaaaiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiideeeeeeeeeee. 

Je me rappelle la première fois où j'ai du enlever une dent toute seule. C'était une canine (racine la plus longue), je me suis démenée. Je cherchais du regard dans la pièce le prof qui si j'avais été à l’hôpital, m'aurais dit "t'inquiètes je gère".  Bon à la place j'ai eu mon gentil maître de stage actif qui est venu m'aider. J'ai appris que face à une dent qui ne bouge pas alors qu'on y met toute son énergie, il faut fraiser au maximum l'os (pas de pitié).

Au chapitre, ça n'arrive qu'à moi; le patient qui se bloque la mâchoire en plein détartrage. Je sais parfaitement comment réduire la luxation. En plus j'ai déjà eu le cas une fois en urgence (un interne en plus en pleine extraction on était 2 et on a dû appeler un mec parce qu'on avait pas assez de force). Enfin en théorie. En pratique, tu zappes de mettre des compresses autour de tes doigts pour pas te faire mordre une fois que ce sera redevenu normal. En attendant, tu as devant toi un patient la bouche ouverte au maximum (on voit ses dents de sagesse à 5 mètres) et tu appuies avec ta force de naine de moins de 50 kg. Oui faut appuyer, ça a pas l'air logique mais faut appuyer et remettre l'os dans l'articulation. J'aurais pu demander à un homme ce jour-là mais j'aurais fait quoi le jour où ça me serait arrivée seule dans ma cambrousse ? J'aurais dit au patient "désolé, je sais pas faire, la dernière fois y avait un mec pour m'aider" ? Bilan, le patient est reparti bouche fermée (imaginez la honte sinon).

Au chapitre faute d'inattention ou de concentration; c'est arrivé à un ami (et à moi mais c'était moins grave), cet ami donc a reçu un courrier de l'orthodontiste de son patient pour extraire 4 prémolaires avant la pose de l'appareil. Le confrère avait noté le bon numéro des dents. Sauf que mon ami a mal lu, au lieu d'enlever les 1 ères prémolaires, il a enlevé les secondes. Une dent est une dent, vous me direz. Sauf qu'elles font pas la même taille et qu'esthétiquement elles sont un peu différentes. Il s'est fait crié dessus très fort par l'ortho (en plus c'est une fille de la fac et elle est conne). Ça m'est arrivé d'enlever une dent de lait de trop. C'est le syndrome je me précipite sur mon davier et j'enlève tout ce qui bouge. MAIS j'ai appelé la consoeur pour lui raconter ma boulette (et lui demander si ça changerait pas son traitement). Elle m'a rassuré, j'ai pu dormir.

Bon j'en ai à la pelle des histoires de cas pourris de gens qui ont mal mais tu sais pas d'où ça vient, qui te font une réaction de la mort (non pas au sens propre) à une pauvre petite anesthésie alors que les autres patients n'ont jamais eu ça, ces premières fois où tu prescris un médicament (et que tu es obligée de vérifier dans le vidal la posologie tellement à part le nom tu sais plus rien) et où tu n'as pas la moindre idée si ça va fonctionner ou non. La patiente te regarde avec cette confiance où tu te dis "faut pas que je me foire", tu la vois 48 h plus tard pour contrôler mais c'est aussi pour te rassurer.

J'ai pas fini d'en avoir des angoisses.

Le pire c'est que parfois j'ai envie de crier "maman" (ce besoin primaire revient souvent dans les phases les plus dures de mon existence comme en cas de gueule de bois ou de gueule de bois associée au mal de mer) (l'abus d'alcool est dangereux pour la santé à consommer avec modération). Sauf qu'elle n'est d'aucune aide.

Plus tard j'en rirai.

4 commentaires:

  1. Ma mère s'est faite retirer la mauvaise dent comme ça. Magnanime, le dentiste lui a offert la couronne pour s'excuser.
    La fois d'après il lui a fraisé la langue. Truc de fou, hémorragie de malade.

    Depuis elle a changé de dentiste.

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  2. Bon après j'extraie au minimum, et que des dents qui le nécessitent (à part pour l'orthodontie) donc je peux pas me tromper.

    Mais c'est arrivé aussi à un ami d’anesthésier le mauvais côté.

    Elle a pas de chance votre mère ! Bon sinon la langue ça pisse le sang c'est assez gore mais une bonne suture et ça repart !

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  3. Beurk le gore.

    Mouais l'orthodontie parlons-en. Je me souviens m'être fait retirer un paquet de dents, j'avais rendez-vous tous les mercredi pour me faire arracher une nouvelle dent. Ensuite je me payais un flan chez le pâtissier pour rafraichir après l'anesthésie, c'était un rituel. Non, ne crie pas après l'hérésie, on se console comme on peut.
    N'empêche, ils m'ont retiré une petite incisive, en haut à droite ( http://idata.over-blog.com/0/08/86/09/mamantoune/Mamantoune-4426.JPG ) . Etait-ce vraiment utile de créer ce déséquilibre pour que tout le reste puisse s'aligner?
    Avec le recul je crois que c'étaient les années où on s'en donnait à cœur joie niveau expérimentation orthodontique...

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  4. Ils auraient pu enlever une prémolaire. Après ils font leur calcul "tiens il me faut 7 mm quelle dent fait cette largeur" ...

    Ma mère n'a pas d'incisives latérales, quand on le sait pas on ne le remarque même pas. J'ai une copine dentiste qui a pareil, avant qu'elle me le dise j'avais pas remarqué.

    Après c'est vrai qu'elles se font pas photographier les dents tous les jours.

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