jeudi 20 octobre 2011

Cette langue de malheur ...


Comme je vous le disais il y a quelques semaines, "avant", je m'entraînais sur un "fantôme" qui n'avait pas de langue. J'avais accès à toutes les dents tranquillement, même les molaires. Pas de problème de séchage, de salive. La paix quoi (si on oublie l'aérosol quasi-permanent à cause de l'eau libérée par la turbine) !


Puis on a tous grandi et on a eu le droit de soigner des "vrais" patients avec des vraies bouches (on avait déjà des vraies dents). Avant le passage initiatique, les anciens nous ont prévenu. "Vous allez voir, c'est plus compliqué, ils ont une langue". 

Cette p***** de langue que le patient ne sait jamais où mettre. Enfin pas tous heureusement. Langue qu'ils adorent fourrer dans l'aspiration, qu'ils adorent passer contre les dents alors que je suis en train de détartrer. Langue qu'ils ressortent quand je leur dis de garder la bouche ouverte pour obturer ma cavité (enfin la leur). Langue vigoureuse et musculeuse (une langue = 17 muscles !) qui repousse même l'aspiration (invention magnifique pour aspirer mais aussi tenir la langue à l'écart).
Souvent je leur demande si ils tiennent leur langue comme ça au repos (franchement on dirait les chiens quand ils ont la langue qui pend). Je veux dire, y en a un sur deux qui comprend "sortez la langue", quand je dis de la garder "en bas" là où elle ne gène pas et où les molaires sont dégagées.

Il y a pire, les enfants (que j'adore vous aurez compris) qui ont pour passion de passer leur langue sur la dent pendant que j'ai le dos tourné. C'est aussi pour ça (enfin surtout) que je ne fais jamais de composite en première intention sur un enfant. Ce n'est jamais étanche entre la langue (et donc la salive qui arrive comme par magie) et la fermeture de la bouche malgré les 10 avertissements (voire le doigt qui se voit sous la menace d'un écrasement). 


Il y a deux fois pire, les grosses langues, méga langues, chez les patients atteints de macroglossie. Bien sur ce n'est pas de leur faute. Sauf que là pour retrouver la dent dans le champ de vision, il faut caler la langue avec plein de cotons, l'écarter avec l'aspiration (la grosse voire la petite), garder assez d'énergie pour avoir la force de résister à la musculature sans se taper une crampe. Tout un programme. Et là tu rends compte qu'il va falloir faire un traitement canalaire (sans digue parce si tu pouvais en mettre tu le ferais) et tu pleures. Tu appréhendes par avance cette séance où tu protégeras la dent de l'attaque de la salive en faisant rempart par la force de tes doigts avec la canule de la main gauche, tout en passant tes petites limes avec des rotations de 1/4 de tour du côté droit. Puis un jour, tu diras à une patiente "là, ça va pas être possible". Vu la situation géographique de la dent (enfouie sous des couches et des replis muqueux), jamais le traitement ne sera étanche sans digue ou alors j'aurais insulté 10 fois le mobilier par énervement (malgré les exercices de respiration et de détente).

Parfois la langue est si baladeuse qu'elle vient "m'embêter" quand je travaille "en haut". Provoquant un réflexe nauséeux par contact avec mon aspiration adorée. Aahhhhhhhhhhh j'adore quand ils ont la nausée (ou quand ils toussent) ...

Heureusement la plupart de mes patients ont une langue normale qui reste bien sagement à sa place.




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