samedi 4 février 2012

D'accord ?

Il y a des mots et expressions que j'emploie très souvent. 

J'ai appris à expliquer ce que je vais faire en détail. Ça fait limite plan d'action d'ailleurs. C'est avantageux, ça permet de n'oublier aucune étape et de rassurer le patient qui a toujours peur qu'on sorte une seringue et qu'on lui fasse une extraction par surprise. J'adore parler aussi, et ça me donne une contenance quand je sais pas quoi leur dire (j'en ai marre du "il fait froid, il fait chaud, vous avez vu il pleut ?"). Ça donne un côté très scolaire, genre je récite ma leçon mais ça leur plaît. Dans le passé souvent, ils ont fait confiance mais ne savent même pas ce qu'ils ont en bouche, combien de caries soignées, pourquoi un amalgame, pourquoi un composite, pourquoi une couronne, pourquoi extraire ? Ils disent que j'explique bien, pas tous, certains s'en fichent ou ont tellement peur qu'ils disent "oui oui " mais n'ont rien enregistré, certains me demandent de ne rien dire ("je préfère ne pas savoir").

En somme j'assoie ma position de soignant et non de charlatan. Je détaille tout comme si j'allais exposer au prof responsable de vacation en stage mon patient. C'est aussi pour ça que je n'arrive pas à vendre de la prothèse dans les cas qui le nécessitent pas, je n'ai pas d'arguments ( si ce n'est je pars à Bali, je compte sur toi pour me payer l'hôtel). 

Et pour ponctuer je termine toujours mes phrases par "d'accord". "Alors je vais commencer le détartrage, si jamais c'est trop sensible, vous me le dites, d'accord ?". Je ne cherche pas leur approbation du plan de traitement ou du déroulement du soin, je leur demande si ils ont compris. Je ne m'en rendais pas compte jusqu'à ce qu'un patient retraité le remarque et me dise qu'une de ses anciennes employées faisait pareil. "Vous dites "D'accord !" mais en fait on a pas le choix !". Enfin si on a toujours le choix, de rester sur le fauteuil mais l'autre alternative est de ne plus revenir et se faire soigner par un autre praticien. Je ne suis pas paternaliste au point d'asseoir mon autorité et de faire trembler autour de moi. On peut discuter. Mais le monde se divise en 2 catégories, ceux qui tiennent la turbine et ceux qui ont la bouche ouverte. Et on ne contrarie jamais celui qui tient la turbine.

Après je me suis analysée, je me suis mise en mode abstraction, j'écoute ce que je dis. Et je me suis rendue compte qu'on dirait un disque rayé à répéter les mêmes phrases en première consultation. A pousser mes petits "hop" quand j'ai fini de polir mon composite, ou de détartrer la dernière molaire. Mes "voilà" , mes "non ne fermez pas", "vous gardez ouvert", "allez encore 30 secondes et je vous enlève le porte-empreinte". 

J'imagine le jour où j'aurais une assistante dans mon cabinet qui cochera sur une feuille le nombre de fois où je dirai "d'accord", comme je le faisais avec mes profs qui répétaient "si vous voulez". Et je criais intérieurement (je rigolais même ) "NON JE NE VEUX PAS". 

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