vendredi 2 novembre 2012

La dentiste est enrubée

Je me rappelle d'un cours de mathématiques en seconde où la prof avait du précipitamment quitter la classe "bougez pas je reviens". Puis de revenir 10 minutes plus tard et dire "non on va arrêtez là ça va pas être possible". Personne n'avait rigolé à l'idée qu'elle puisse avoir une diarrhée foudroyante (on avait un coeur) trop contents qu'on était de laisser les fractales de côté pour une matinée.
Parfois quand je suis malade j'ai une grosse envie de faire pareil. Dire qu'on annule toute l'aprem. Sauf que ma prof de maths elle était salariée et elle a le droit à un arrêt de travail par la sécu minorant je ne sais plus 1 ou 2 (ou 3) jours de carence. Nous pauvres libéraux, on est libres (Max, y en a même qui l'ont vu voler), nous avons une carence de 90 jours, autant dire que l'option prévoyance est bien ancrée dans notre esprit. Prévoyance = somme que l'on paye tous les mois pour nous assurer un maintien de "salaire" en cas de gros pépin pour payer les charges, l'assistante, manger aussi accessoirement (pas de patients = pas de revenus). Autant dire qu'on va pas prendre une journée de repos à chaque fois qu'on a une angine, un rhume, une gastro. Mes copines accouchent presque sur le fauteuil (entre 1 mois et 15 j d'arrêt avant). La seule raison valable pour s'arrêter vraiment étant une opération urgente ou un cancer (ou un décès).
Pour ceux qui seraient choqués à l'idée d'être contaminés chez le dentiste, ne nous inquiétez pas on met des masques et on se lave les mains en sortant des toilettes (nous).

Une seule fois seulement, j'ai annulé 4 patients (dans l'ancien cabinet celui où j'avais que des rescellements). J'ai maintenu le rendez-vous de ma patiente (une petite grand-mère à qui j'avais posé un appareil et que je tenais à revoir pour vérifier) mais j'ai dit à l'assistante "les autres vous pouvez les rappeler". En même temps j'étais partagée entre mal de ventre et grosse fatigue (virus de la montagne transmis par Mr Carie on s'en souviendra). Bizarrement le moment où j'ai moins pensé à cette douleur qui me tordait le ventre était quand j'étais au fauteuil avec ma patiente.

Là ça a commencé par un mal de gorge. Mon prodrome à moi (=signe précurseur). Difficulté à déglutir sans fièvre. Je sais que ce n'est pas une angine, j'en ai fait une depuis mon ablation des amygdales en 1995 et c'était à cause de la clim'. Je ne prends rien, je sais que le lendemain j'aurais le nez bouché, je suis fatiguée, je sens "que ça monte" mais je ne prends rien.


Lendemain bingo, je suis encore plus crevée (état grippal), je prends direct un ibuprofène 400 (dose anti-inflammatoire). Pourquoi pas un paracétamol ? J'ai fait une intoxication en 1999 et après 1 g je vomis (MIAM) (et là 1g pour une journée ce serait pas suffisant). Je tiens le choc l'aprem. Je ne dois pas avoir le nez si bouché que ça vu que je sens les effluves nauséabondes d'une bouche mal lavée dans le métro.

Arrivée chez moi je me tâte pour prendre un gluco-corticoïde (solupred) puis je me souviens qu'un pharmacien m'avait rétorqué "t'as raison tu risques juste une nécrose de la tête fémorale". Et mon fémur j'y tiens, je suis une sportive. (L'auto-médication c'est mal). Je recherche dans mes affaires (j'ai déménagé donc les huiles essentielles de l'armoire à pharmacie se sont volatilisées ...). Miracle mon bon vieux Olbas oil.



Un mélange d'huiles essentielles qui te débouchent le nez en quelques gouttes. Le mieux c'est l'inhalation (mais j'avais mis ma crème de nuit), au pire tu t'enfonces 2 cotons imbibés dans les narines et tu respires.
 
L'avantage c'est qu'après le nez est débouché et les sinus dégagés, tu gardes une voix nasale mais au moins ça coule tout seul.
Alors justement ça coule, comment envisager une journée avec 15 patients qui s'enchaînent si on doit se moucher à horaires non réguliers  ? (ça revient à programmer une sortie expéditive chez monop' alors que bébé vient de naître et qu'on allaite). En s'enfonçant 2 cotons salivaires dans les narines (enfin un dans chaque on s'est compris) et en gardant son masque (sinon vive la perte de crédibilité et le quotient glamour qui descend en flèche). Du coup on peut soigner sans avoir à enlever son masque et se laver les gants et se moucher entre 2 patients. Le gros désavantage de cette technique c'est qu'on a un sauna sous le masque à force de respirer par la bouche (en plus de l'inconfort respiratoire) et que ça finit en toux.
 
A un moment m, je vais finir par prendre du paracétamol (moment où la fièvre monte). Mr Carie m'avait dit la veille au soir que j'avais pas mal donc je pouvais prendre sur moi, alors quand l'assistante m'a proposé d'annuler l'après-midi, j'ai dit dans un élan de bravoure (des fois j'ai l'impression d'être un gladiateur qui part affronter les lions), "non laisse, je vais tenir le coup, en plus je sais pas combien de temps ça va durer donc je vais pas annuler 3 jours". C'est l'énergie du désespoir qui te booste (celle qui te fait courir en sprint les derniers 100 m alors que tu n'as plus de jambes depuis 4 km).
 
Dans le métro, tu te diras que finalement c'était pas si dur. Même si maintenant tu n'auras plus aucune pour te faire chouchouter et les patients n'auront aucune empathie pendant ta quinte de toux.



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