lundi 3 décembre 2012

Tachycardie

J'ai vu son nom en ouvrant l'emploi du temps et tout de suite je me suis sentie mal. J'ai atendu que l'assistante arrive pour lui demander pourquoi il avait repris rendez-vous mais ce n'était pas elle qui l'avait fixé.

J'ai attendu l'heure du rendez-vous.

La porte s'est ouverte. Il lui a dit bonjour. J'ai reconnu sa voix et mon coeur s'est mis à battre très fort.
J'ai failli poster sur facebook qu'il me "foutait la trouille" mais j'ai préféré faire 2 ou 3 grandes expirations et aller le chercher.

Je me suis dite pour me rassurer qu'il pouvait venir juste pour un simple détartrage.
Mais quand je lui ai demandé si il allait bien, il a dit "non" et j'ai compris qu'il y avait un problème.
Il fait partie de ces patients chez qui un problème est un gros problème.

Il parle, il parle, je l'allonge sur le fauteuil et mets mes gants en me parlant à moi-même. "J'espère que c'est pas une infection apicale".
En fait il a un abcés parodontal, sa gencive est gonflée, lui pensait que le bridge installé 2 mois plus tôt était en cause. Je suis contente, c'est la gencive, pas de douleur à la palpation apicale (bout de la dent), juste cet abcés bien visible sur la gencive attachée (gencive proche de la dent).

Il m'annonce qu'il a pris rendez-vous chez un confrère pour avoir un autre avis mais ça ne me touche pas, il me fait tellement stresser que je n'ai pas envie de faire d'autres travaux prothètiques sur lui.

Je suis passée à côté de chez lui en bus un soir avec Mr Carie. Je lui ai dit à voix basse "c'est là que X habite". Rien que de voir la plaque de la rue, j'avais peur de le voir débarquer.

Tout avait bien commencé avec lui. Il était venu pour un devis, je lui avais fait. Il faisait des blagues, on rigolait bien. Et puis un jour il devait être en descente alcoolique, il a dérapé. Il s'est énervé sans que je n'y comprenne rien. il criait sur le fauteuil. Et moi j'étais morte de peur parce que j'ai pas senti le truc arriver. Il ne ressemblait pas aux patients méfiants, méchants chez qui je m'implique un minimum. J'ai cru qu'il n'allait pas revenir mais il est revenu comme si de rien n'était. Il avait dû prendre la bonne dose, il était calme. Alors j'ai continué aussi. J'ai commencé à parler avec une voix basse à lui comme aux autres patients. Juste pour les calmer et les apaiser. Puis on est arrivés à la fin et j'ai soufflé.

C'est bizarre ce sentiment de savoir qu'un jour la colère va revenir. Je sais maintenant que je couperais court en lui demandant de changer de praticien. Tout l'or du monde ne vaut pas ce stress.

9 commentaires:

  1. 1) Ca craint
    2) Celui qui élève la voix au cab, contre moi, mes assistantes ou mes associées, il se fait virer sans ménagement et ne refout plus les pieds par chez nous.
    3) D'où l’intérêt de l'exercice de groupe

    Bonne chance quoi qu'il en soit, et n'oublie pas que les nouvelles vont vite: vires-en un, le suivant se tiendra à carreau.

    Sethef

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  2. Bonsoir Docteur Carie,
    Je viens là saluer votre style et la façon de faire vos récits. Grâce à votre lien vers notre portail dentaire "Le Courrier du Dentiste", j'ai pu lire et passé un moment agréable à contempler votre univers, qui n'est autre que l'univers de tous les médecins dentistes. La seule différence et elle est de taille, c'est que vous racontez et décrivez très bien toutes les situations... Bravo
    Bonne continuation
    Contact : editextii@yahoo.fr

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    1. Merci beaucoup, je vais continuer à consulter votre site qui comprend des articles très intéressants.

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  3. Heureusement je n'étais pas seule, l'assistante est intervenue et mon titulaire était au courant.

    Si il avait été agressif à la séance suivante, je ne l'aurais pas repris mais il "s'est bien tenu". Subsiste juste l'appréhension de "sa colère" quand je le vois mais heureusement il a retrouvé un autre dentiste (enfin je pense).

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    1. Je ne sais, je trouve qu'une fois est suffisante. On a déjà un boulot compliqué, stressant, on passe nos journées à se faire chier dessus dans les médias, je ne vois pas la nécessité d'en rajouter en acceptant de se faire agresser au fauteuil. Notre job peut être fantastique, riche, complexe, varié, stimulant, à condition de l'exercer sur (avec) des personnes qui le méritent vraiment. Polies et à l'heure aux rdvs, ça me va.

      Je commente ce post, mais ça aurait pu être les précédents: tu as le droit d'avoir une vie, de partir en vacances, de ne pas bosser 50h par semaine, de te faire payer pour ton boulot... Plus on s'écrase, plus on se fait marcher sur le coin de la gueule; et je ne tends pas l'autre joue.
      Désolé si c'est un peu en vrac, on ne se connaît pas, un proche ne t'aurait sûrement pas dit ça d'ailleurs. Mais ce que je lis de ton blog, très chouette par ailleurs, me laisse imaginer une certaine lassitude; et je trouve ça dommage. Question d'image de moi, je ne soigne pas un mec qui n'est pas réglo avec le cab.

      Sethef

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  4. Humm.. interessant comme vocabulaire "anonyme", j' espère que vous ne parler pas de cette manière à vos patients sinon ne vous étonnez pas qu' il ne vous respecte pas...

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    1. C'est la forme qui vous déplaît? Eussiez-vous préféré que je déclare que face à un individu peu urbain à mon égard, je ne me sentais pas l'obligation morale de me comporter en gentilhomme? Ou, de manière plus frustre, si toi briser dig dig à moi, toi foutre le camp de ma grotte et aller te faire mettre par un mammouth?
      Allez, simplifions: le respect c'est mutuel, et insulter son chirugien dentiste, comme son boulanger, sa conseillère de la caf ou son plombier, ça ne doit pas être toléré.

      Quant à mes patients, ils me jugent, à tort ou à raison, sympathique et compétent, sinon ils iraient chez le voisin (qui l'est tout autant). Du coup, ça fait des années que je ne me suis pas engueulé avec un patient, et je compte bien faire en sorte que ça dure.

      Bisous
      Sethef

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  5. En effet, le respect est mutuel, je suis bien d'accord avec vous.

    Ce que je voulais dire, c' est que j' espère que lorsqu' un patient est désagréable avec vous, vous ne lui dite pas d' aller se faire "mettre par un mammouth" comme vous dite, il y a l' art et la manière de dire les chose je pense ...

    Pour conclure , n' oubliez pas que c' est les patients qui vous font vivre ( désagréable ou pas ) et qu' une rumeur se répand comme une trainée de poudre...


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    1. Une certaine lassitude je ne sais pas. J'étais contente de retourner travailler, je ne me suis jamais dite pendant les vacances que j'allais tout plaquer pour ouvrir une cabane à frites.

      Après certains patients m'énervent mais j'ai trouvé un bon moyen de me calmer au lieu de m'énerver (je parle doucement avec une voix limite bébête).

      Pour une fois je n'ai pas envie de changer de cabinet au bout de 6 mois, donc c'est bon signe.

      Pour revenir à l'énervé, on avait des soins prothétiques en cours donc c'était pas facile de le virer d'un coup. Et pour tout dire sur le coup j'étais un peu "choquée" donc en essayant de le calmer (et de pas m'énerver), je ne lui ai pas dit de partir, je pensais qu'il ne reviendrait pas.

      J'en reparlerai bientôt mais autant j'adore virer les patients au bout de 3 rendez-vous manqués (mais toujours avec calme et délicatesse), autant j'essaie de ne jamais hausser la voix même si on me crie dessus, qu'on m'insulte ... Tout simplement parce que sinon je me mets à pleurer et là ce n'est plus possible. Du coup je suis une ice queen alors qu'à l'intérieur ça bout.

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