vendredi 20 décembre 2013

Les excuses bidons

Il y a 2 types de patients, celui qui sait qu'il ne peut/veut pas honorer son rendez-vous et qui appelle pour nous prévenir et celui qui attend qu'on l'appelle pour nous fournir son alibi.

Cela fait très longtemps qu'on ne s'amuse pas à rappeler un patient qui nous colle un lapin. Sauf cas particuliers (patient sérieux qui est absent, patient qui a payé sa couronne et qui ne vient pas à la pose ...). Déjà cela permet de ne pas redonner un rendez-vous rapide à quelqu'un qui a eu "subitement un empêchement de dernière minute" et en plus on a pas que ça à faire (enfin surtout l'assistante).

Je commence à avoir un petit florilèges d'excuses bidons et par chance j'en ai des nouvelles régulièrement (il faut savoir se renouveler !).

  • "Mon patron m'a changé mon emploi du temps". Patient à qui on a redonné un rendez-vous le plus vite possible car il était pressé de faire son appareil dentaire. Alors qu'on voulait lui laisse un délai de réflexion (et d'attente pour la réponse de la mutuelle). Mais il faut croire que son patron l'a appelé le matin même 10 minutes avant pour lui annoncer ses nouveaux horaires. Il devait rappeler. Inutile de dire qu'il ne l'a jamais fait. Si le devis ne convient pas, je comprends mais par respect on le dit.

  • "Je suis coincé dans les bouchons, vu la situation je ne pense pas être là avant 30 minutes". Sauf qu'au téléphone on entend aucun bruit de moteur, de radio en fond, le silence complet, limite version grand bleu. Le patient est sûrement encore dans son lit, il a oublié de se lever mais plutôt que d'avouer la vérité (ça arrive de louper un réveil), il préfère mentir et nous prendre pour une conne.

  • "Je suis encore en réunion, je vous rappelle la semaine prochaine". Alors qu'elle avait rendez-vous pour sa fille qui ne dormait/mangeait plus, qu'elle a fait pression pour avoir un rendez-vous le plus rapidement possible en pleurant au téléphone. Et surtout que son mari devait l'emmener. Autant dire que sa fille n'a plus mal, qu'elle a du trouver que ça ne pressait plus tant que ça (alors que c'était juste un répit). autant dire que c'est "ne plus reprendre" directement. 

Liste non exhaustive ..

mercredi 11 décembre 2013

Légende urbaine : le détartrage abîme les dents

Vous me direz que j'adore parler de tartre mais c'est logique étant donné que c'est la première cause d'extraction de dents définitives (sauf orthodontie). Il n'est en effet pas rare d'avulser des dents complètement saines (donc sans caries énormes) mais rattachées par un micro-reste de ligament entre un micro-reste de gencive et d'os. En gros des dents qui ne tiennent qu'à un fil et qui manquent de se détacher seules pendant un repas.

Le tartre c'est tabou, on en viendra tous à bout.

L'argument n°1 quand on s'oppose à ce que je fasse un détartrage c'est ce que cela abîme les dents. Sous-entendu, moi menteuse comme une arracheuse de dents, je voudrais soustraire de la substance dentaire à cette pauvre dent entourée d'une gencive rouge et gonflée. Ce serait oublier premièrement que je sais ce que je fais (rapport aux 6 années d'études), que je sais ce que je vois (la différence entre du tartre et une dent propre) et que c'est moi qui décide (non mais).

Inutile de dire que n'importe quel entartré sévère refusant un nettoyage dans les règles (ou plutôt un dégrossissage  si le travail n'a pas été effectué depuis 5 ans) n'obtiendra aucun nouveau rendez-vous avec moi tant qu'il ne changera pas d'avis. 




Je suis méchante, vous pouvez me lancer vos pierres. Sauf que vous comprendrez que dans une bouche pareille tout soin est impossible, soit la gencive saigne au moindre contact, soit elle est hypertrophiée et recouvre la moitié d'une face qu'elle devrait libérer, soit le tartre cache l'existence de caries ... Bref on ne voit rien (à part du rouge, du blanc pourri et du vert parfois et là ça craint). 

Je rigole quand on me dit "vous voyez bien que ça abîme les dents, on a fait un détartrage en mai, on est en décembre et c'est déjà revenu".  Personnellement j'ai fait un détartrage en mai et mes gencives vont très bien. C'est juste qu'il faut brosser partout et correctement et passer consciencieusement  son fil dentaire entre les dents.

Et oui il n'y a pas de miracle, comme j'aime le répéter, les résidus alimentaires forment la plaque dentaire (le truc blanc mou pas beau qui colle aux dents au niveau de la gencive quand on nettoie pas bien) qui se solidifie au bout de 10 jours. Ensuite on ne peut plus l'enlever avec la brosse à dent et les nouveaux résidus s'agglomèrent et la plaque dure s'étend.

En somme on peut avoir fait un détartrage le 11 décembre et avoir du tartre pour Noël (c'était l'instant prévention, si tu veux choper le 31 et que tu as cru que tu avais 3 mois de tranquillité sans te brosser les dents, dommage).

Quand on nettoie au fauteuil, nous utilisons des ultra-sons. D'où le bruit désagréable et strident dans les oreilles. Je montre souvent l'instrument en question aux sceptiques qui pensent que je vais leur déglinguer leur émail. 

Insert à ultra-sons

Les habitués savent qu'ils ne craignent rien. Les autres comprennent vite que cet insert ne ferait pas de mal à une dent. L'insert est certes pointu pour pouvoir passer entre les dents (là où on devrait tous s'enfiler une brossette inter-dentaire ou y passer du fil) mais il est complètement lisse. Il agit par vibration, à proximité de la dent la plaque de tartre se désagrège. On peut le passer sur une dent couronnée, sur un implant ... les prothèses fixes ne seront pas descellées (croyez moi quand on veut déposer une couronne sur une dent, on aimerait bien que cela soit aussi facile).

Parfois on peut utiliser des curettes qui elles sont un peu plus agressives pour l'émail. Mais je ne connais plus personne qui fait un détartrage entier en grattant manuellement à la curette, c'est long et fatiguant pour le praticien et le patient.

Curette parodontale

Il y a très longtemps (dans une galaxie far far away) on utilisait des fraises diamantées pour éliminer le tartre. Et pour des raisons évidentes cela a été abandonné. C'est la seule méthode dont on peut dire qu'elle abîme les dents. Mais je n'ai aucun patient assez vieux pour avoir connu cette méthode à l'âge adulte. Et je n'ai trouvé aucune photo pour illustrer mon propos, aucun catalogue n'en propose plus.

Si vous ne voulez pas voir votre dentiste trop régulièrement ou lui donner tort quand vous répondez que vous vous brossez les dents 3 fois par jour, voici vos 3 nouveaux (enfin pas si nouveaux j'espère) amis.

-Une brosse à dent à poils souple (ou une brosse à dent électrique)






-Du fil dentaire 


Méthode de passage du fil dentaire




-Ou/Et des brossettes interdentaires

Regardez comme elle est heureuse !

Chaque espace inter-dentaire a sa taille donc sa brosse adaptée.


2 brossages rigoureux par jour et vous rendrez votre dentiste heureux !

mardi 3 décembre 2013

La désillusion

Quand on sort d'une première année de médecine, on pense qu'on a vu et fait le pire, que le reste des études sera un long fleuve tranquille.

J'avais eu un regain de clarté quand j'ai choisi de rejoindre "dentaire" plutôt que de rester en "médecine", je ne me voyais pas repasser un autre concours, y consacrer 3 ans en amont, sacrifiant encore une fois toute vie sociale. Une année à faire l'ermite ça me suffisait. 

Et puis j'ai eu mon concours, j'ai fait pleurer quelques copines qui pensaient qu'avec mon classement j'allais changer d'avis, comme si "dentaire" était réservé aux recalés. Dans ma promo de 2ème année (qu'on continuait à appeler chez mes proches "1ère année" "bah oui la première année c'était médecine, là c'est ta première année en dentaire" "laisse tomber"), je retrouverai des tas de "gens qui avaient choisi".

A la même époque, une cousine attendait les résultats de son internat et voyait qu'elle devrait quitter Paris et obliger son amoureux de larguer son boulot pour la suivre. Elle m'avait dit "si j'avais su j'aurais fait dentaire", l'air de dire dentaire = facilité.

Je pense que l'effet de tomber de 15 étages avec un ascenseur en folie (aka tour de la terreur) à côté ce n'est rien.

Imaginez une jeune fille habituée à apprendre des cours par coeur depuis plus de 15 ans, à qui on demande maintenant de se servir de ses 10 doigts. 

On se retrouve à stresser quotidiennement pour que le modèle en plâtre confectionné pour le TP soit sans aucune bulles, que le boulon soit assez bien enfoncé pour qu'on puisse visser le modèle dans le fantôme, que les dents en ivoirine à 1,5 euros pièce (quand j'ai commencé) ne bougent pas dans la manoeuvre. 

Moule frasaco


Plaque de centrage frasaco


Dents frasaco avec vis (sinon ça tient pas).

"Voici votre outil de travail"


Tête de fantôme

Sans parler des blocs de plâtre pour les TP de morphologie, TP où nous devions faire fi de nos ambitions artistiques et où l'on devait sculpter des dents à partir d'un rectangle selon des côtes bien définies (2mm de trop et c'était fini). Inutile de dire que j'ai fait beaucoup plus de dents qui ressemblaient à des carottes selon ma prof (alors que bon c'était des dents quoi)...  Nous nous amusions alors avec nos morceaux de cartons pour faire un moule rectangulaire aux bords parfaitement parallèles (certains avaient des papas bricoleurs qui leur avaient préparé des moules en bois adaptables, la chance !).  Sur ces blocs nous dessinions la dent vue de profil, face gauche, droite, dos et il n'y avait plus qu'à dégrossir et arriver au résultat. Facile, non ? Non ...

Extrait des "cahiers de prothèse" 

En seconde année, on passe beaucoup de temps dans "la salle à plâtre" à produire ce que nous allions démolir d'un coup d'échoppe carrée ou de turbine. Inutile de dire que chaque TP était l'occasion d'une bonne montée d'adrénaline (à côté une épreuve d'examens écrits c'est des vacances). Un malheureux coup de fraise et la dent frasaco à 1,5 euros était foutue et on restait le reste du TP à observer le massacre. 

Je ris jaune maintenant quand on dit que l'état a payé mes études ou qu'elles sont "gratuites". Je pense à tout le matériel consommable que l'on a du acheter. A la caisse à outil qu'on nous a distribuée garnie la première semaine à la "corpo" contre 300 euros. Caisse qui comprenait du matériel non consommable (c'est à dire qu'on était censé le faire durer 5 ans au moins), des fraises komet, un bol à plâtre et sa spatule, un bol à alginate, des sacs de plâtre (oui le plâtre notre matière première est payant)... On avait peut-être 4 dents à l'intérieur mais vu notre rythme de consommation ce n'était pas énorme. Sans compter qu'il y avait d'autres choses à acheter ensuite en cours de route (les livres "immanquables", le matériel prêté à un "ami" jamais rendu ...).

Et encore on "devait être heureux" car dans certaines facs, ou certaines années, il fallait aussi louer voire acheter sa turbine, pièce à main ... (indispensables aux TPs) dont le prix est faramineux pour un étudiant.

J'avais de la chance d'avoir l'aide financière de mes parents et de n'avoir jamais eu à travailler en complément mais on peut aisément se dire qu'on aurait préféré être prévenus avant de signer.

Ma seconde année a été un long trou noir où je ne savais jamais à quoi m'attendre sinon au pire. On redécouvrait les soirées, l'alcool, les mecs ... mais dans le même temps on était confrontés au stress, à l'incompréhension et au questionnement métaphysique. Comment avait-on pu choisir cette voie sans se renseigner avant sur le contenu des études (rien que la vue du bloc de plâtre aurait suffi à me faire réfléchir) ? Pourquoi je n'étais pas restée  à apprendre par coeur des cours en médecine ? Comment avais-je pu croire que ce serait finger in the nose ?

Je suis tombée de haut . Quand une ancienne camarade de terminale m'a retrouvée après avoir redoublé sa première année, elle m'a dit "comment c'est possible ? Pourtant tu avais eu ta P1 bizuth !". J'ai fait un petit sourire qui voulait dire "tu verras". La tête ça fait marcher les mains, mais avoir eu une mention au Bac ou la P1 bizuth ça ne servait à rien ...








mercredi 27 novembre 2013

Lunatique

Qui est fantasque et capricieux.


C'est parfois dur de rester stoïque quand on voit des patients désespérants mais c'est aussi difficile de mettre fin à une séance quand on adore le patient et qu'on a envie de rester discuter avec lui.

Généralement comme je suis timide, et que j'ai toujours peur qu'on me juge pour inexpérience et inaptitude, je suis assez réservée au premier rendez-vous. J’esquisse des sourires quand même mais j'essaie de faire pro pour faire oublier mon jeune âge (surtout auprès des personnes âgées et des mères de famille). Au cours de la séance, mon visage s'ouvre plus et je suis toujours plus souriante à la fin.


  • Il y a ces patients que je n'ai jamais vu mais dont j'ai lu le dossier, si je vois qu'il alterne rendez-vous manqués et excusés, je suis sur la défensive, prête à bondir à la moindre remarque désobligeante. Ce que je ne fais pas finalement car je maîtrise ma colère mais mes yeux me trahissent beaucoup et là je fais le regard n°78 (celui de l'exaspération). Je reste sympathique car on m'a appris à respecter les cons mais qu'ils n’espèrent pas glaner un rendez-vous en urgence un samedi ou le soir. Je les soigne le mieux que je peux (moins tu aimes quelqu'un moins tu aimes le voir revenir et surtout mécontent) et au revoir.


  • Il y a celui que j'évite parce qu'il me cherche mon regard et cela devient lourd. Et qui doit se rendre compte au sourire béat devant le patient suivant qu'il devrait changer son comportement, voire son style vestimentaire si il veut avoir une chance (en même temps passer avant un FILF c'est dur pour tout le monde).



  • Il y a celui que je n'aime pas car il dégueulasse les chiottes en fin de journée, et je suis bonne à chaque fois (c'est le cas de le dire) pour tout passer à la javel. Qu'on ait des problèmes intestinaux je conçois, mais qu'on ne sache pas rendre les toilettes dans un état potable c'est inexcusable pour moi maniaque de l'hygiène (et sujette aux nausées qui plus est).



  • Il y a celui que j'ai envie de secouer car il arrive en retard et nonchalant mais qui me désarme par sa douleur (ou sa pauvreté), alors que j'étais prête à lui crier dessus, je me ravise et le soulage même si il me reste peu de temps.



  • Il y a celui qui annule son rendez-vous au dernier moment, alors qu'il aurait pu appeler la veille et que j'aurais pu rester chez moi une heure de plus à dormir. Mais dont le sourire et la gentillesse suffisent à le pardonner (le fameux FILF toujours lui).



  • Il y a celle qui devait revenir il y a 6 mois finir sa dent mais qui ne l'a pas fait, que j'essaie de croire sur parole mais en laquelle j'ai un peu de mal à m'investir. On avance pas, on avancera jamais mais à qui la faute ?



  • Il y a celui que j'aurais pu virer déjà 2 ou 3 fois à cause de ses retards systématiques. Il persiste à vouloir  venir ici alors qu'il habite à l'autre bout du 93, il persiste à ne pas prévoir de venir en avance pour contrer les bouchons. Mais il a une bouche dans un état pitoyable. Et ça me désole de laisser tomber. Mon côté humanitaire/grandes causes perdues sans aucun doute. Alors je lui laisse une chance inlassablement. (Jusqu'à quand ?)



  • Il y a celui dont j'ai envie de baffer la mère car finalement c'est elle qui ne prévient pas quand il ne peut pas venir, mais qui retrouve le numéro de téléphone quand il a mal, elle qui doit prendre rendez-vous avec un orthodontiste, mais qui va sûrement se réveiller dans 4 ans, quand il aura 16 ans et que ce ne sera plus remboursé et encore plus cher, elle qui laisse les dents avec des pansements provisoires pendant des mois alors que je me suis enquillée 1 traitement canalaire sur chacune de ses premières molaires. Mais lui est attachant et il n'y est pour rien. Ça me désespère juste de me battre contre des portes ouvertes, de vouloir sauver des dents que certains auraient extrait, de vouloir sauvegarder pour lui donner une chance quand il sera majeur mais de dépendre de la motivation irrégulière de sa mère.


Finalement c'est ça aussi être humaine, essayer d'être empathique et bienveillante tout en ayant des réserves, des patients adorés et d'autres craints voire détestés, tenter de tous les soigner de façon identique en s'adaptant en étant plus ou moins agréable.



jeudi 21 novembre 2013

Mon tout tout premier patient



J'ai encore en tête le nom du tout premier patient que j'ai eu sur le fauteuil.

C'était à la fac, en 4ème année (les 2 années précédentes on ne touche que le "fantôme" ou simulateur), un vendredi après-midi pendant ma vacation d'urgence. 

Quand on est externe en service hospitalier, il faut d'abord "trouver" les patients. c'est à dire qu'on a des vacations, des objectifs à remplir mais quand on commence le "carnet de rendez-vous" est vide. La première option est de se ruer sur la liste des patients en attente (comme on se ruerait sur la dernière tablette à -50% un jour de soldes). Forcément quand une promo entière s'y met il ne reste pas grand chose à se mettre sous la dent. 

En gros on est des petits nouveaux, il nous faut des cas simples, des détartrages, des caries, des traitements canalaires (mais pas que des molaires si c'est possible), des couronnes et des stellites à poser.

Dans la liste d'attente tous les "cas sympas" ont déjà été attribués, ceux qui restent sont un peu les cas désespérants ceux dont on sait d'avance qu'on va passer les 3 prochaines années dessus (il est illusoire de croire qu'on peut poser une couronne en 3 semaines comme au cabinet, le moindre truc demandant l'aval des "profs" prend des semaines ...).

On se rabat donc sur la deuxième option (une fois qu'on est remontés jusqu'au mois de janvier précédent  pour trouver la perle rare). On ne fait pas de rabattage dans la rue non, on attend les urgences. Et heureusement (pour nous) il y a toujours du monde (pas du beau, juste les rejetés de tous les cabinets de la ville, ceux qui pensent que c'est moins cher et ceux qui ont vu de la lumière).

C'est mon tour de prendre un patient, ma binôme m'assiste.

Voilà donc Nadine P, quarantenaire pas super aimable (même si contente de se voir soulagée avant de partir en week-end).

Elle a une très grosse carie sur une molaire maxillaire (mâchoire supérieure). Forcément je ne pouvais pas commencer par une prémolaire. Je sais d'avance que je vais devoir me taper faire le traitement canalaire. 

Je sais qu'il faut anesthésier. Je sais comment en théorie. En pratique on ne l'a fait qu'une fois sur un être vivant en TP (et encore c'était moi le cobaye). 

La binôme va faire la queue pour me ramener l'assistant de la vacation. Si attendre le prof donnait des points, on aurait tous été validés au bout d'un mois.

Parce que la première fois qu'on anesthésie un patient, on est censé appeler un prof pour qu'il nous dise si c'est bien. (Meilleur moyen de faire flipper le patient sur le fauteuil).

Comme ce n'était pas non plus sorcier (et qu'il n'y a pas 36 manières de faire une injection pour une molaire maxillaire), j'y suis allée seule avec ma binôme qui me regardait avec les yeux brillants se disant que j'étais soit folle soit carrément couillue de faire croire que j'avais fait ça toute ma vie.

J'ai essayé de ne pas trembler, j'ai pris appui sur sa joue et j'y suis allée.

Nadine n'a pas eu mal et j'ai pu nettoyer sa carie, puis lui mettre un magnifique pansement (le premier d'une longue série à la gloire du fabricant du cavit).

Je lui ai redonné rendez-vous pour le lundi suivant (emploi du temps vide + envie d'engranger les points = grosse liesse).

Elle est revenue et face à la lenteur du processus (elle n'avait pas compris qu'en service hospitalier tout est long et que sa dent elle ne serait jamais finie en moins de 3 heures), elle a dit qu'elle voulait être soignée par un 4ème année pensant que j'étais en 1ère (sachant qu'en 1ère année tu n'as même pas passé le concours donc tu es loin de toucher un patient).

Je ne sais pas ce qu'elle est devenue.

Mais parfois je pense à toi Nadine.



vendredi 15 novembre 2013

Savoir dire oui

Je pense que je suis restée bloquée à mon terrible two, et que je dis Non à tout même quand on s'attend à ce que je réponde oui. 

Quand on me pose une question, ma première réaction est de dire "Non mais ça dépend", et pas d'accepter et de négocier après. (On a dû trop souvent me faire le coup du "T'avais dit oui").

Je passe pour une fille et une dentiste chiante (car oui cette capacité à dire non ne ne conjugue pas seulement au cabinet).

Je suis plus aimable qu'une porte de prison, mais quand je décide quelque chose c'est dur de me faire changer d'avis (mode têtue on).

Les Non les plus simples à formuler :

- Tu veux un arrêt de travail injustifié, double non, je n'en fais pas (et ne sais pas les remplir), et en plus je n'ai jamais vu un cas réel où il serait adéquat d'en faire un (surtout pour 1 semaine).

- Tu veux du lexomil car ton médecin a oublié de le noter sur l'ordonnance, c'est dommage je n'en prescris pas (pour le coup la pharmacie ne le délivrera pas, à part si elle est véreuse, car ce n'est pas dans la liste des médicaments de la sphère orale). (Sinon je me prescrirais ma pilule tu penses bien).

-Tu veux que je passe la carte vitale du mec du 5ème car il a la CMU, mais tu peux dire à tous tes copains que ça marche pas avec moi. Je m'offre de la tranquillité en plus.

-Tu veux du doliprane car tu ne connais pas le paracétamol ? Mon logiciel est bête et il ne connaît que le paracétamol alors tu verras avec le pharmacien, hein ?

-Tu finis le boulot à 19h et tu ne peux pas venir le samedi parce que tu dors le matin ? C'est bien dommage !

- Tu veux que je te cale entre 2 patients. Non, ça ne prend jamais 5 minutes. Surtout si tu n'es jamais venu. Surtout si tu as mal.

- Tu veux un rendez-vous rapidement mais le prochain à 15h ça va pas, "vous avez pas 15h30 plutôt ?". Je croyais que c'était urgent ?

- Tu veux payer ta prothèse en cash en 15 fois si ça te chante. Que mon titulaire accepte c'est son problème (surtout quand il doit recompter les enveloppes de billets et qu'il manque 600 euros au total). Mais en ce qui me concerne c'est non. Si tu ne peux pas me laisser 3 chèques à déposer à date fixe ou payer en une fois, je ne préfère rien commencer. Oui même si t'es prêt à me lâcher 3000 euros.

Les Non que j'enrobe un peu plus:

-Tu veux refaire ton sourire mais en gardant des chicots pourris derrière. Comment dire ? Déjà je suis une maniaque de la propreté, les bouts de racines qui se baladent ça jure un peu. Et en plus c'est comme rouler en BMW mais manger des pâtes tous les soirs, y a tromperie non ?

- Tu veux que je blanchisse tes dents alors que tu fumes comme un pompier et que tu ne veux pas de détartrage ? Faudrait déjà revoir la base, l'hygiène de vie.

- Tu veux les mêmes dents que la voisine. Sauf que c'est comme la coupe de cheveux que l'on veut copier, chacun est différent et on est pas tous égaux.

- Tu veux enlever toutes tes dents parce qu'elles font mal. Tu ne penses pas à comment les remplacer ensuite. Moi je sais ce que ça implique alors laisse-moi te proposer une alternative (les traitements canalaires ça existe).

- Tu as juste une dent à extraire. En vrai je suis capable de le faire. Sauf que je vois que tu es chiant, que tu vas m'énerver tout le long entre les questions, l'anesthésie qui est amère, les bruits que tu entends. Alors j'adresse. 33,44 euros ça ne vaut pas 30 minutes d'emmerdement.

- Tu veux planifier 3 rendez-vous la même semaine. Sauf qu'il n'y a aucune urgence, à part la tienne de retrouver une bouche saine après des années de perdition. J'aime bien garder des créneaux pour des urgences éventuelles ou des nouvelles consultations. J'ai en horreur ces emplois du temps surchargé qui te donnent l'impression d'avoir plein de patients alors qu'en fait le même schéma, les mêmes enchaînements de patients s'affichent sur plusieurs semaines. Certes en région parisienne, un planning n'est jamais plein à 2 mois et on a la liberté de pouvoir redonner un rendez-vous rapidement, mais bloquer trop de rendez-vous ça engorge toujours le système.

Les Non mauvaise foi :

- Tu veux un rendez-vous ce soir sauf que tu n'es jamais venu avant et que moi j'ai prévu de rentrer plus tôt pour aller au ciné. "Ah non ce soir c'est impossible".

Et tous les "Non" qui impliquent un rendez-vous non urgent câlé un vendredi soir à 18h30 ou un samedi à 9h. La place est libre, je le sais, l'assistante le sait mais elle n'est dispo que sous certaines conditions. Ce n'est pas bien, mais va expliquer au patient que tu veux te lever 30 minutes plus tard, ou profiter un peu plus de MrCarie (au lieu de partir tôt au lit tandis qu'il fait sa vie, et se lever sans se croiser).



mercredi 6 novembre 2013

A quoi pense le dentiste quand un patient ne vient pas ?

Option 1; le patient qui nous plante est le premier de la matinée ...

- Pu**** quand je pense que j'aurais pu dormir encore 30 min/ que j'aurais pu boire ma tasse de thé sans me brûler la gorge/ que j'aurais pu étendre le linge / que j'aurais pu faire un câlin sans dire à MrCarie "je peux pas je suis pressée".

- La prochaine fois qu'il veut un rendez-vous lui c'est pas la peine.

- Bon en même temps si j'étais partie 30 minutes après, j'aurais pas eu mon direct matin dans le métro.

- Là au moins je peux faire ma tournée de blogs tranquillement.

- Mais du coup, j'aurais plus rien à lire ce midi (je ne suis jamais contente je sais).

Option 2; c'est en plein milieu de la journée ...

- Je mange, je mange pas ? Ça se trouve il va arriver quand j'aurais le sandwich entre les dents et du saint-morêt plein les espaces inter-dentaire (ça colle ça devrait être interdit). ( Marche aussi avec la pause goûter).

- Je passerais bien l'aspi mais si il arrive, je vais être encore plus en retard.

- Du coup j'attends, heureusement y a twitter pour m'occuper.

- Si il avait prévenu, j'aurais pu garder le patient précédent plus longtemps. Si j'avais su !

- Ou prendre cette urgence au lieu de la caler dans 2 jours.

- Bon du coup j'ai pas passé l'aspi et j'ai rien fait pendant une demi-heure.

- Ah en fait il avait prévenu, c'est juste que personne n'a écouté le répondeur ...

Option 3; c'est le dernier patient de la journée ...

- Bon bah je vais commencer à ranger.

-Tiens je fais la télétransmission aussi tant qu'on y'est, on sait jamais.

- Je ferme les volets ?

- Bon là ça fait déjà 10 minutes, si il vient ça va être short pour aller chercher le pain.

- Dans un sens, ça m'arrange, je voulais passer chez monop' en sortant. J'espère qu'il ne va pas venir

- Allez 15 minutes, je remballe tout.

-J'éteins le lumière, j'ai pas envie qu'il voie qu'il y a quelqu'un et qu'il essaie de rentrer.

- Tant pis pour lui si il arrive en retard, on est fermés !




vendredi 25 octobre 2013

Low profile

Quand je sors du cabinet le soir, je ne suis plus DrCarie, je suis juste la Sophie qui part prendre son métro. Ça ne me dérange pas de dire bonjour à un patient sur le chemin, mais je ne préfère pas m'étendre si des oreilles indiscrètes passent par là. Non par respect du secret médical (je ne parle jamais de boulot sortie du cabinet, on échange alors que des politesses), mais surtout pour ne pas être repérée. Je veux déambuler tranquillement sans qu'on me colle l'étiquette "c'est elle la dentiste".

Parce que je sais que dans leur tête, je suis une notable (quoiqu'ils ne savent pas ce que ça veut dire), une nantie, celle qui pose des couronnes à 600 euros, qui se fait un fric fou. Mon entourage sait que tout cela n'est pas vrai. D'ailleurs on pleure tous quand on reçoit la régularisation de l'URSSAF. On est tous le riche de quelqu'un, mais plus l'autre est bas, plus le coefficient de richesse paraît élevé. Certes je n'ai pas de soucis à boucler mes fins de mois, mais je ne pars pas non plus à New York tous les quatre matins. Je fais mes courses chez monop' (signe utlime de richesse pour un parisien de choisir de ne pas aller dans les gros hyper situés en périphérie) mais je ne mange pas du homard tous les soirs.

A l'extérieur je suis juste moi, si on me demande ce que je fais je dis d'abord que je suis dans la santé. Et ensuite ça dépend de l'interlocuteur. Mon coiffeur sait, même si je vois qu'il a un peu de mal à y croire (je me donne beaucoup de mal pour ne pas être un stéréotype). La fille du guichet de la mairie mais j'étais obligée de lui dire. Je suis très contente de ne pas travailler dans l'arrondissement où je vis, au moins je suis sûre de maintenir mon anonymat et de marcher comme si j'étais une personne lambda (je suis une personne lambda, mais quand on soigne, notre visage est connu). Mes voisins n'ont toujours pas compris pourquoi certains jours je ne partais pas travailler ou pourquoi le samedi je fais tant de bruit à 7h du mat' (et oui je suis une libérale), pourquoi ils peuvent me croiser en tenue de course à pied ou revenant du marché (vis-elle sur le dos de MrCarie ???) pour 2 h après me voir courir vers le métro.

Par chance MrCarie a fait de longues études donc la plupart de ses relations a un niveau bac équivalent, donc je ne m'oblige pas à cacher la vérité. C'est plus dur avec certains membres de sa famille qui se battent dans leur métier pas trop payé. J'ai envie de leur dire "je ne gagne pas tant que ça vous savez", "d'ailleurs vous voyez on est pas propriétaires, nous". Mais dans leur tête et derrière leur regard, on a l'impression qu'ils pensent (que vous pensez qu'ils pensent) qu'on se croit supérieure parce qu'on a fait un doctorat (enfin juste un troisième cycle, je ne suis pas non plus docteur en université).

Avec la crise le malaise ne va faire que s'accentuer.

Puis un jour j'irais m'exiler à la campagne, dans un hameau de "nantis" et je me sentirais moins incomprise.

En attendant, je fais profil bas.


vendredi 18 octobre 2013

Courir



On me demande souvent comment je fais pour garder la ligne. En réalité, je passe mon temps à courir que ce soit après le temps, le métro, avant la pluie, avant la fermeture de la boulangerie, mais surtout au cabinet.

Lors de mon premier remplacement sans faire de régime j'ai perdu les 3 kg que je voulais perdre depuis plus de 6 mois (avec régime). En un mois c'était réglé. Il faut dire que c'est rare par ici les pauses thé + petits gâteaux donc les tentations ne sont pas les mêmes que quand on joue à domicile.

Mais surtout j'ai des journées fatigantes malgré ma station assise la moitié du temps.

Quand l'assistante n'est pas là (souvent en fin de journée), je suis (ou on est) seul(s). Dans ce cas il faut ouvrir la porte pour vérifier si c'est le coursier du laboratoire de prothèse, le patient suivant, celui qui a vu de la lumière et qui est rentré, celui qui doit repasser pour payer ... 

Dans tous les cas si on a laissé le patient seul sur le fauteuil, il faut se dépêcher d'y retourner (au moins pour qu'il puisse fermer la bouche), finir le composite, enlever le porte-empreinte, finir d'extraire sa dent ... Autant dire que même quelques secondes sont précieuses pour regagner la concentration pour finir correctement le travail commencé et s'assurer de ne pas trop tarder pour ne pas être en retard pour les suivants.

Je ne parle pas du téléphone car je n'y réponds que si j'ai les 2 mains libres. Enlever mes gants pour ouvrir la porte oui mais pour un combiné avec répondeur non. Je pourrais aussi les garder et en mettre plein l'appareil et la porte, mais rien que l'idée d'avoir mes gants contre mon oreille ou mes cheveux me perturbe (c'est dur de survivre aux cours de bactériologie) (mon titulaire ne semble pas dérangé lui). 

Parfois j'ai envie de pousser le patient qui est venu un peu en avance (à 2 minutes près mon patient se rinçait la bouche et j'étais plus disposée à le lâcher) mais qui ne se bouge pas assez vite pour s'installer en salle d'attente (c'est dur de lui faire le coup du couloir de métro et de l'escalader pour le doubler).

Je peste contre le coursier qui attend que je sois enfermée dans les toilettes pour sonner. J'ai toujours peur qu'il parte si je le laisse attendre trop longtemps mais en même temps je veux me laver les mains et bien les sécher (rappel si on ne sèche pas ses mains, le lavage est inefficace)(et en plus on met de l'eau partout)(ma vie est difficile je sais).

Les rendez-vous suivants et les coursiers ça se cale encore facilement en comparaison avec le voisin qui passe. Ce dernier si il veut un rendez-vous nécessite un peu de temps et d'attention (pour ne pas trop se sentir poussé à la porte), voire de la patience si il n'est jamais venu mais ne sait pas quand il est disponible/ parler français correctement/ a un dossier à créer et un nom à rallonge ... Là on a envie de se tuer car on sait qu'à peine réinstallé au fauteuil on devra se relever pour ouvrir à un patient attendu.

Mention spéciale du jury pour le "patient qui est censé passer" mais pas à un horaire précis. On sait qu'on doit l'attendre (mission généralement donnée par le titulaire) car il doit déposer un gros montant en liquide (et forcément il ne peut jamais passer un autre jour que celui où je suis seule)(il ne peut pas non plus déposer l'enveloppe dans la boîte aux lettres). Cette personne ne vient jamais quand je m'ennuie à mourir mais toujours en plein rush (loi de Murphy).

N'oublions pas ceux qui me prennent pour l'assistante du titulaire et me parlent de leur devis ou autres traitements en cours dont je n'ai jamais entendu parler, et qui veulent une réponse là tout de suite alors que je suis pressée.

Je rêve de me téléporter mais en attendant je cours dans les couloirs.





mercredi 9 octobre 2013

Doit-on dauber sur ses confrères ?

C'est de l'ordre du quotidien de recevoir des patients qui viennent "d'ailleurs" et qui consultent parce qu'ils ne sont pas contents de leurs soins et de leurs prothèses. Forcement on a envie de leur dire et on leur dit de voir avec leur précédent praticien. Souvent ils ne peuvent pas, il est parti loin, il a pris sa retraite, il est décédé, parfois ils ne veulent pas y retourner.

Dans tous les cas c'est délicat de "reprendre" un patient, de lui redonner la confiance perdue, de comprendre pourquoi ça n'a pas marché avant.

On passe toujours après quelqu'un, les patients "vierges" du dentiste sont rares. Dans ces cas-là c'est à nous de pas les traumatiser

On rencontre différents cas de figures :

- le  gourou qui faisait et obtenait tout de ses patients. Qui leur faisait croire que s'il se mordait la joue c'est qu'elle est trop grosse alors que l'appareil est mal réglé (et que seules 2 dents touchaient). Qui arrivait à faire signer des devis mirobolants et des dépassements d'honoraires à des patients CMU. Qui te couronnait toute une arcade pour remplacer 2 dents ... Le pire reste que ses patients l'adorent et le regrettent alors qu'il agissait d'abord dans son propre intérêt (se remplir les poches), la preuve suprême il ne donne jamais de rendez-vous de contrôle, une fois le devis terminé vous n'existez plus.

- l'obsolète qui ne s'est jamais renouvelé, qui utilise des matériaux interdits voire périmés, qui a un poupinel tout pourrave en guise de stérilisateur, qui a le même insert à détartrer pour toute la journée (et qui ne le nettoie même pas entre chaque patient), voire bonus qui a son chien dans son cabinet qui vient traîner sa truffe contre les patients.

- le dentiste des adultes qui "ne fait pas les enfants" et qui dit à leurs parents que les dents de lait cariées tomberont (alors qu'elles sont loin de bouger et qu'elles menacent de se rebeller en grosse infection).

- le pragmatique qui ne fait pas les "soins pas rentables" et qui commence par faire le devis de la couronne avant de soulager la dent. Son avantage c'est qu'il sélectionne les patients solvables donc les mécontents (et les "pauvres")c'est pour bibi.

- le catégorique qui ne fait pas les CMU mais qui trouve un moyen détourné pour les éviter (un rendez-vous dans 3 mois pour une douleur).

- l’intéressé qui fait les CMU mais uniquement la prothèse avec des soins bâclés voire inexistants, de toute façon c'est la sécu qui paye si il faut refaire dans 2 ans et c'est bien connu les CMUs ont une hygiène dégueulasse (et pas entretenue telle quelle par des dentistes peu scrupuleux).

- le peu scrupuleux qui a "couronné" toute la bouche d'un patient mais qui est parti en vacances quand tout se casse la gueule alors que c'était prévisible depuis le début que ça ne tiendrait pas même pour "une somme astronomique " (l'os se fout de l'argent, quand y en a plus, y en a plus encore).

- l'anti-prévention qui ne dit pas à son patient qu'il soigne depuis 15 ans qu'il a une maladie parodontale chronique (gros problèmes de gencives) et qu'il va perdre ses dents si il n'a pas un vrai détartrage et qui laisse le patient dans la nature sans lui expliquer qu'il faut qu'il se fasse suivre régulièrement.

- le blindé de l'agenda qui voit les patients au quart d'heure, qui fait passer ceux qui travaillent à la demi-heure pour des feignasses mais qui n'est foutu de détartrer des molaires (oui un détartrage ça suppose de passer sur toutes les dents pas uniquement les incisives mandibulaires).

- le mise en danger de la vie d'autrui qui laisse des débris de racines à extraire en bouche chez un patient qui doit se faire opérer d'une prothèse de hanche et qui dit au patient tout va bien, tout ça parce qu'il est sous kardégic alors qu'il a de quoi faire une hémostase complète au cabinet (sutures comprises).

- le dépassé, qui continue de prescrire les mauvaises molécules et qui fait empirer la situation plutôt que de soulager.

- le bricoleur qui veut conserver des dents inconservables, ou faire plaisir au patient en temporisant en le laissant croire que toute solution plus radicale (extraction) ou onéreuse (couronne) serait une pure arnaque de notre part, au final on a une bouche avec des énormes amalgames posés n'importe comment sur n'importe quoi qui cassent les uns après les autres et qu'on ne peut remplacer durablement avec un composite.

- le fâché de l'hygiène, qui ne met ni masque ni gants, ne se lave pas systématiquement les mains entre chaque patient, touche tout avec ses paluches sales, ne décontamine pas son unit, ni ses empreintes ("pff n'importe quoi la jeune" alors qu'il a un produit spécial dans un placard), ni les prothèses qu'il pose ("pourquoi faire ?" bis), voire qui met des gants mais touche tout avec quand même du bébé qui pleure, à la pomme que vous vous apprêtez à croquer en dessert ...

- l'incompétent, qui propose des actes pour lesquels il ne s'est pas formé, uniquement parce que ça rapporte, il pose des implants n'importe comment, il fait de l'orthodontie sans savoir où il va, des gouttières pour le bruxisme qui ne servent à rien, voire des injections d'acide hyaluronique au pif sans connaître l'anatomie des muscles et des tissus, ou encore  des traitements des gencives "miracle" . Quand on sait pas, on le dit, et on adresse.

Liste non exhaustive.

Un confrère peut être tout ça à la fois. Beaucoup n'ont rien de tout ça, mais comme ils travaillent bien, je ne vois jamais leurs patients pour des problèmes.

Le serment nous obligeant à rester confraternels, on ne peut prendre position directement face aux patients, surtout qu'ayant une seule version on ne sait qui croire et à qui se fier. L'esprit déforme souvent quand on est mécontent (surtout quand on consulte en urgence) et on sait qu'un patient qui râle ou se plaint fera pareil pour nous à la moindre erreur.

Et bien sûr n'étant ni Dieu ni la perfection sur terre je suis sûre que certains auraient aussi des choses à me reprocher.



mercredi 2 octobre 2013

Déformation professionnelle



A chaque fois que je croise cette affiche dans les couloirs du métro, je ne vois qu'une seule chose, ou plutôt une seule chose capte toute mon attention et mon regard, la dent du premier enfant qui sourit à gauche.
J'ai beau déconnecter assez facilement du cabinet et des impératifs professionnels les soirs et week-end, autant depuis que j'ai commencé le cursus "dentaire", les dents des "autres" m'arrêtent toujours.

Une cousine qui sourit le jour de son mariage et je m'en rends compte que depuis des années elle a une dent plus courte que les autres et que je ne l'avais jamais remarqué (maintenant même si elle est très jolie je ne vois que ça).

Un premier rencard avec un garçon à l'incisive fracturée à l'horizontale ? Alors qu'il parle, la seule chose que je pense reste "comment a t-il pu passer autant d'années avec cette dent comme ça sans aller consulter un dentiste pour poser un composite ?" puis "est-ce qu'il zozotait avant d'avoir sa dent cassée ou est-ce du fait de la fracture que l'air et la langue passent ?". Autant de questions auxquelles je n'aurais jamais de réponse vu que nous nous sommes jamais revus (la dent n'était pas en cause rassurez-vous).

La caissière du carrefour market a perdu sa couronne provisoire ? Le jeune dans le métro à côté de moi a la bouche pleine de tartre ? Cette dame qui sourit malgré les 5 dents qui lui restent ?

Je ne vois plus les visages dans leur ensemble mais seul le détail qui bloque.

Ça ne m'a jamais empêché de sortir avec des jeunes hommes qui avaient des sourires imparfaits (je trouve ça craquant les diastèmes). 

Ne croyez pas non plus que je suis la seule dans ce cas, mes amis orthodontistes ont la même déformation et arrivent à diagnostiquer qui a une mâchoire trop ou pas assez avancée en 1 seconde, d'autres voient si les dents en bouche sont vraies ou fausses. C'est parfois un jeu même quand on regarde la télé. 

Au sujet de l'affiche, j'ai compris que je n'étais pas dingue quand MrCarie m'a dit "il a pas un problème le gamin avec sa dent ?". "Si si en fait il a une mâchoire trop petite, il lui faudrait un appareil dentaire, du coup la canine n'a pas de place et sort au niveau de la gencive". "Ah pardon tu voulais pas mon avis pro ...".

mercredi 25 septembre 2013

Mutilation

Atteinte volontaire à l'intégrité physique d'une personne entraînant la perte d'un membre ou d'un organe.

Ces derniers mois on parle beaucoup de mutilation de dents concernant les patients CMU mais il faut savoir que les "actes mutilants" ne leur sont pas spécifiques.

Pour "mutiler" une dent, c'est à dire faire un acte irréversible non nécessaire alors qu'un soin moins invasif aurait été suffisant (voire pas de soin du tout), il faut que le patient en fasse soit la demande soit qu'il puisse l'accepter sans remettre en cause la décision du praticien, mais dans les cas il faut que l'acte facturé puisse être réglé.

Ainsi c'est plus rare chez les personnes à revenus modérés, mais fréquent chez les patients CMU qui ne déboursant rien, n'ont pas à "réfléchir" au devis proposé. Les autres concernés sont les patients fortunés (oui ça existe), surtout dans les beaux cabinets de ville (et les beaux quartiers). 


La plupart des mutilations répondent à des demandes formulées par le patient de type :

- "Je veux qu'on me taille les canines en pointe" (merci Twillight). Dans ce cas c'est juste de l'émail enlevé, mais ça reste toujours une dégradation injustifiée et irréversible.



"Chérie, j'ai faim !!!"


-"Je veux aligner mes dents mais je ne veux pas faire de l'orthodontie" (alors qu'au final ça coûterait le même prix). Là le patient veut explicitement qu'on lui taille 6 dents parfaitement saines pour qu'on lui pose des facettes céramiques (pour les malpositions les moins importantes) ou des couronnes céramiques quand l'encombrement est trop important à ajuster. La question est juste esthétique. Bien sûr si le patient paye il est prêt à y mettre le prix, et si il est CMU il s'en fiche car c'est pris en charge. Dans les 2 cas pour moi c'est non, je ne couronne pas des dents saines (même contre un chèque de 5000 euros).






- "Je veux avoir les dents blanches et que ce soit durable" (donc pas un blanchiment qu'il faudra renouveler telle une injection de botox tous les 6 mois). Le patient veut donc des facettes céramiques comme Céline Dion lui assurant un sourire bright (et de star). Certains confrères se sont spécialisés dans ces actes 100% cosmétiques/esthétiques. Pour ma part ça me dérange toujours de tailler de l'émail sain même si c'est juste une fine pellicule, en sachant que dans 5-10 ans il faudra recommencer.


- "Je veux remplacer ma dent manquante par quelque chose de fixe mais je ne veux pas d'implant". (C'est dommage au final ça coûterait le même prix et en plus il n'y aurait qu'une dent concernée). Si les dents adjacentes (qui encadrent la dent manquante) sont dévitalisées ou déjà traitées par un gros soin pourquoi pas, sinon non. L'implant reste la meilleure des solutions à moyen et long terme. Mais pour les patients CMU faire un implant ça signifie sortir de l'argent de sa poche donc c'est généralement refusé.

Parfois le patient vient en consultation sans attente particulière et se retrouve 1 an après avec toute sa denture couronnée.  Encore une fois soit il est très fortuné (ou a une très bonne mutuelle) soit il a la CMU. Ou alors il a un dentiste très bête qui ne facture qu'à la fin (j'espère qu'il connaît un bon huissier pour récupérer les sommes). Tout acte prothétique ne se faisant pas en une séance (ou alors très longue) il est difficile pour le patient de ne pas se rendre compte des travaux commencés. J'ai toujours du mal à croire qu'on puisse faire tout ça "à l'insu de son plein gré", même si je conçois parfaitement que c'est souvent difficile de contester une proposition faite par un soignant qui a du charisme (et du bagout).  Il est parfois impossible de dire "stop" ou "je ne veux pas" aux soignants qui ne proposent pas mais font directement (ce qui est courant quand on attend pas l'acceptation d'un devis) surtout quand on pense qu'ils agissent avec bienveillance. Le consentement éclairé n'est pas recherché par tous mes confrères (ça ne devait pas être enseigné à la fac).
Avant (il y 10-15 ans), on ne faisait pas de prothèse chez les patients CMU car ce n'était pas assez rentable. Puis la prothèse d'importation est arrivée et le panier de soins CMU a été revu par la sécurité sociale et maintenant il n'est pas rare de croiser plus de céramique dans la bouche d'un patient CMU que chez un patient non-CMU. Ce n'est pas juste une question de mauvaise hygiène ou de détérioration générale, c'est juste que chez certains confrères la CMU c'est le nouvel eldorado (la sécurité sociale est solvable contrairement aux patients des classes moyennes qui subissent la crise). 

Parfois j'ai des sueurs froides quand j'ouvre le dossier d'un patient que je reçois en urgence. Où je vois  que officiellement mon confrère a facturé 8 céramiques alors qu'en bouche je ne vois que des amalgames et composites. Parfois je demande au patient si il sait quand les couronnes vont être posées et il n'est même pas au courant que des actes prothétiques étaient en cours. (Communication ...).

Je ne sais pas comment font mes confrères pour ne pas avoir peur de se faire contrôler. Passer la carte vitale  quand l'empreinte est déjà faite et que la prothèse va être posée ça passe encore mais télétransmettre des actes inexistants quand le patient peut encore partir dans la nature (ou chez un autre confrère qui aura une belle surprise après l'appel de la sécu) c'est vraiment jouer avec le feu. 
Moralité quand vous allez chez le dentiste c'est un peu comme un coupe chez le coiffeur, vérifiez que vous parlez de la même chose avant de vous laisser embarquer vers l'irréversible (les cheveux ayant eux cette capacité de repousse que les dents leur envient toujours).


















vendredi 20 septembre 2013

De la prothèse d'importation

Encore un paradoxe français, ça ne chiffonne pas grand-monde de voir s’effondrer les usines du Bangladesh où sont fabriqués des masses de vêtements de basse qualité mais on s'offusque qu'on puisse importer la prothèse dentaire.

Qui plus est la notion de rentabilité est oubliée. Nous les vilains dentistes qui voulons procéder de la sorte on est forcément des méchants.

Alors que la moitié des porteurs de lunettes possède une monture fabriquée en Chine dans de l'acétate douteux, et dont les verres proviennent des mêmes usines. Qui se soucie de la fermeture des usines de lunetterie du Jura ? Qui se soucie de tous ces artisans qui font du bon boulot mais pas assez pas cher pour que les grosses entreprises qui font de la lunette à 1 euro y trouvent leur compte. D'ailleurs en parlant de paire de lunette à 1 euro, vous savez quel est son prix de fabrication en Chine ?

En France tout le monde veut du pas cher mais manifeste quand une usine dépose le bilan et part s'expatrier dans un pays au salaire horaire indécent. Et bien sûr on refuse de travailler pour ce salaire, même si on nous promet un reclassement en Europe de l'Est.

Bah oui, faire poser ses prothèses mammaires en Tunisie ou ses implants en Bulgarie on veut bien, mais on  veut juste profiter du faible niveau de vie sans se poser de questions de comment sont payés les assistantes, le personnel de la clinique ...

D'ailleurs on veut bien que la couronne sur implant soit fabriquée par un prothésiste chinois ou bulgare parce qu'on sait que la clinique "est très très bien", la preuve les photos sur le site internet.

Mais "la prothèse dentaire ça touche la santé", c'est pas comme les chaussures en cuir douteux qui brûlent les pieds (c'est dommage ça coûtait 10 euros la paire) ou comme les montures de lunette qu'on aurait acheté 20 euros si on pouvait.

Idem acheter des fruits et légumes ou des volailles qui n'ont jamais vu la lumière et qui ont été élevées sous serre ou en cage, ça ne chagrine personne. Non mais c'est vrai il se touche le mec avec sa coeur de boeuf à 4 euros le kilo ? Pourquoi il l'a vend pas à 2.20 comme la roma de Carrouf ? Et l'autre avec son poulet à 12 euros le kilo ? Non mais il croit que je suis un pigeon ? Alors que je peux en avoir 2 pour 5 euros ?  Quoi j'ai mangé du cheval en barquette mais c'est un scandale! Il manquerait plus que je n'apprenne que mon poulet à 2 euros est bourré aux hormones et aux antibios et que ça peut me causer des soucis de santé ?

Pourquoi je parle d'alimentation ? Parce qu'on me rétorque tous les jours que "les dents quand même c'est important, c'est la santé, ça devrait être gratuit". Et manger sainement ce n'est pas important pour la santé ?. Et qu'on ne me dise pas que c'est une question de prix, quand je vois des gosses avaler des chips vico dans le métro, je sais que cette somme aurait pu être injectée dans un aliment plus sain et moins cher (genre une tartine de beurre).

Donc le patient lambda veut une couronne à 300 euros car le groupe mutualiste les lui propose à ce prix-là et ne comprend pas pourquoi en moyenne nous la "vendons" 500 à 700 euros. Le fait qu'on travaille avec un laboratoire de prothèse différent ne l'effleure pas. Le groupe mutualiste (ou le centre de santé) n'est pas bête, il fait un appel d'offres, et prend le prothésiste le moins cher. Souvent il a même un laboratoire de prothèse en son sein avec des employés payés pour des clopinettes et qui ne se foulent pas beaucoup (j'ai travaillé en mutuelle je sais de quoi je parle croyez-moi).  Après ça reste de la prothèse française et pas chère alors le fait que le dentiste ajuste 10 fois l'inlay-core pour qu'il rentre ou le point de contact, on s'en fiche un peu.

Et moi j'en pose de la prothèse d'importation ? Oui. Uniquement pour les patients CMU.

Pourquoi une telle ignominie ? Un seul mot, rentabilité.

En tant que praticien dans une zone à taux de CMU important si je travaille avec mes prothésistes français classiques, je suis déficitaire. Et certains mois je ne fais pas de prothèse autre qu'à des patients CMU, donc non seulement je ne suis pas rentable mais en plus je ne peux pas me rattraper avec d'autres actes.

Pour un inlay-core par exemple, je paye 50 euros mon labo parisien (contre 20 l'européen), la Sécu me verse 122.55 euros, ça signifie qu'après ma réversion à mon titulaire (50 % de mon CA), il me resterait 11.275 euros pour me payer la séance d'empreinte et la pose. A ce prix-là tu mets un compo pourri.

Je pourrais aussi faire le choix de ne pas soigner les patients CMU comme certains de mes confrères ou de leur demander un dépassement systématique même pour les actes qui sont dans le "panier des soins" pris en charge. Mais un je veux soigner tout le monde (sauf les cons) et deux je ne me vois pas demander 300 euros en plus pour une couronne qui entre dans le cadre.

Et la qualité dans tout ça ? Ces labos (la plupart, je ne connais pas tout le marché) sont pilotés par des prothésistes implantés en France (région parisienne généralement), traçabilité, normes CE, tout est enregistré et documenté (avec le certificat de conformité légal comme pour mes labos parisiens). Bien sûr il y a aussi des labos clandestins dans les caves du 13ème (la vraie prothèse chinoise est parisienne), quand on est soucieux de son travail on vérifie ce qu'on pose, la fiche de traçabilité et la qualité finale du dispositif.

Est-ce que ça me gène de ne pas poser la même prothèse chez un CMU et chez un non-CMU ? Ça ne me gène pas en terme de qualité ni de rendu (car à part sur la facture je ne vois pas la différence), au contraire je suis contente "d'offrir" un dispositif à un patient qui n'a rien déboursé sans trop y perdre non plus. Par contre ça m'embête plus vis à vis des prothésistes locaux que je ne fais pas travailler mais à qui ne je ne peux pas demander non plus de faire la même chose 2 fois moins cher car ils ont des charges comme tout le monde.
Je pourrais tout envoyer à l'extérieur mais je préfère travailler au maximum avec mes prothésistes franciliens pour les patients qui payent (ce serait super rentable pour moi si je ne le faisais pas mais je ne trouve pas cela honnête au vu du devis proposé).

Pourquoi je ne prends pas un prothésiste français moins cher ? Car souvent ils envoient sans nous le dire à l'étranger aussi, ou bien la qualité n'est pas au rendez-vous non plus. (Qualité : propreté de l'ensemble, finitions, mise en place en bouche, nombreuses retouches pour faire rentrer en bouche, suivi des consignes ...).

Pour finir, je dirais qu'il faut aussi se méfier de sa crémerie, je connais des dentistes qui font tout en importation alors qu'ils ne prennent aucun patient CMU et que le prix n'est pas le plus bas.




vendredi 13 septembre 2013

Doit-on soigner ses proches ?

Si dans mon serment d'Hippocrate prêté lors de ma thèse il y a déjà une éternité, j'ai dit que je soignerai mon prochain, j'aurais du demander si on pouvait rajouter un astérisque "mais pas la famille".

Souvent quand nous embrassons notre carrière médicale la famille se frotte les mains, pas en pensant à notre avenir radieux de libéral mais en se disant "chouette je ne vais plus devoir payer alors que je suis remboursé des consultations pour mes renouvellements d'ordonnance". Sans le vouloir tu deviens "LE" médecin de la famille et tout le monde t'appelle pour tes conseils. Quand on est dentiste, mieux vaut avoir une famille assez éloignée géographiquement sinon tout le monde voudra refaire sa prothèse chez vous à l’œil (bah oui on fait pas payer la famille, hein ?).

Chouette dilemme. On veut que nos proches soient bien soignés, mais on préfère que ce ne soit pas nous (manque d'objectivité, stress engendré...). Si j'ai des copines qui me font mes détartrages, je sais qu'elles me demanderait d'aller ailleurs pour un traitement canalaire et je les comprends. 

Autant je suis contente de soigner mon père (parce qu'il refuse de voir un dentiste et que je n'ai pas envie qu'il soit édenté), ou ma mère (même si elle disait que j'étais manchot petite, elle doit avoir confiance maintenant), j'évite le conjoint (faut dire qu'il veut pas).

En parlant de MrCarie je déteste quand en soirée il essaie de me caser des rendez-vous à des Sans Dentiste Fixe comme si j'étais la seule dentiste sur terre. Je déteste encore plus quand c'est pour leur mère ou grand-oncle "elle est pas chère allez-y" (le paradoxe du mac qui veut que je fasse plein de sous mais qui vante à tout va que je n'ai pas des tarifs parisiens  ce qui est normal vu que je suis au fond du trou du 93).

Le clou du clou est arrivé pendant les vacances. Je profitai tranquillement d'une marche quand le meilleur ami de MrCarie a appelé paniqué pour une douleur dentaire. Forcément on me passe le portable, à moi qui voulais profiter de mon repos pour penser à autre chose qu'aux dents (et aux autres accessoirement). Donc voilà le dit ami était embêté car il a vu un dentiste pour une douleur, qui lui a dit qu'il fallait dévitaliser et couronner la dent. Comme il ne veut pas se faire arnaquer parce qu'on est tous des salauds, il voulait mon avis. Donc me voilà avec le pote sur le fauteuil à mon retour de vacances, où j'ai confirmé le diagnostic du dentiste 1. Finalement comme toujours on oublie vite qui est sur le fauteuil ("mince je fais un traitement canalaire à mon père et il a 2 racines calcifiées") mais ça n'empêche qu'on a toujours envie que ça passe vite.

Dans mes arguments ad hoc pour ne pas soigner les proches, je pourrais lister les suivants :

- La gratuité. Ne crois pas que ce sera gratuit (à part Papa, Maman, soeurette, Mr Carie, amis confrères), je ne joue pas à la dînette. Si tu veux une consultation digne de ce nom dans mon cabinet, je passe la carte vitale. Surtout que les soins sont remboursés. Pour la prothèse, je fais payer au moins le tarif remboursement sécu et mutuelle pour couvrir les frais de prothésiste (qui ne travaille pas gratos non plus). On pourrait croire que je suis une grosse radine mais quand tu as une grande famille et que tu dois soigner ton oncle par alliance qu tu ne vois jamais et qui pense que tout est normal c'est usant. (Surtout quand il ne peut venir que le samedi aprem et que t'as un énorme travail en bouche qui te prend 2 mois donc tous tes week-ends). 

- Le dérangement. Ne m'appelle pas le soir. Le gros avantage du patient lambda c'est que si il a un doute il rappelle au cabinet ou laisse un message, mais surtout qu'il n'a pas ton numéro de portable donc jamais ça ne lui viendrait à l'esprit de soit t'interrompre en pleine nuit pour te dire "je crois que la dent bouge" ou encore il ne peut te voir en dehors du cabinet donc il ne peut te demander de vérifier en plein repas du dimanche si il n'a pas une carie. Le proche est souvent sans-gêne. Même si il n'a pas participé à ton éducation ou ne sait pas quand est ton anniversaire, tu DOIS être tout le temps dispo pour lui (et avec le sourire), tu lui dois bien ça. 

- La non-reconnaissance. Voir point précédent, tu leur dois tout (pourtant ce ne sont pas tes parents), donc n'espère ni un merci ni aurevoir. Attends toi juste à ce qu'ils te refilent le reste de leurs proches qui espéreront aussi la ristourne maison.

-La disponibilité. Ils ont un boulot et viennent de loin. Donc soit tu acceptes de finir tard le soir, soit tu les prends le week-end, sur ton temps de repos pour être tranquille. 

Finalement la Lozère c'est pas si mal, non ?



mercredi 4 septembre 2013

Rentrer

Rentrer de vacances, un mot bien symbolique quand on s'est absenté même pas une semaine, rien à voir avec un vrai décrochage de 1 voire 2 mois. 

Les plantes ont à peine le temps de faner, les yaourts sont encore bons à la consommation, si je n'avais pas une tonne de photos et de mails à trier je pourrais croire que ce n'était qu'un rêve.

J'évite de penser quand seront mes prochains vrais congés, la perspective de travailler 4 longs mois avant de pouvoir glander face à une dinde aux marrons n'est guère réjouissante.  Surtout quand la perspective de cette semaine d'été loin du cabinet était tout ce qui m'a fait tenir ces dernières semaines.

Maintenant plus d'espoir pour souffler un peu, à part les week-ends mais par contre comme toujours plein d'idées qui se bousculent dans ma petite tête.

L'air de la province que j'aime tant m'a donné des envies d'ailleurs. Si non peut néanmoins avec MrCarie barrer la Lozère des départements où s'implanter (je veux dire trop de virages pour arriver à la grande ville), on a une liste longue comme le bras de déserts démographiques où il ferait bon vivre. Impression encore plus augmentée quand on se retrouve coincés à 10 km du périph' pour des heures (enfin des minutes mais on se comprend).

Partir pour mieux revenir certes mais l'air du large remet les idées au clair et nous rappelle que si Paris est géniale pour trouver tout sans bouger beaucoup (alors qu'en vrai je fais souvent 30 minutes de métro pour aller faire du shopping et ça ne me choque plus), on est quand même beaucoup plus stressés ici entre le monde, les voisins, l'ascenseur en panne, la cage à lapin qui nous sert d'appartement dans lequel on ne peut pas planter de fleurs parce qu'on a pas de balcon ...

Donc voilà je suis rentrée, et j'ai envie de déménager.

L'avenir nous dira si on tient 2 ans (sachant que si on voudrait faire apparaître une jolie maison avec jardin dans un claquement de doigts, la réalité est nettement plus longue).

vendredi 23 août 2013

Légende urbaine : on ne soigne pas les dents de lait.

Cette légende a encore de beaux jours devant elle, vu le nombre de praticiens qui refusent de voir un enfant de moins de 10 ans pour des soins ou des parents qui pensent qu'ils ont autre chose à faire.

Techniquement la sécurité sociale "offre" un bilan de prévention à tous les enfants de 6,9,12,15 puis 18 ans. Donc généralement on soigne les enfants à partir de 6 ans, sauf si leurs parents les amènent avant. 

Parfois je vois des enfants de 4-5 ans, souvent ils viennent en contrôle avec leurs parents, et tout est ok.

D'autre fois ils viennent car c'est la cata intégrale et on sait qu'on est pas rendus

Souvent on se demande comment leurs parents ont pu laisser la situation se dégrader à ce point. Quand un enfant a un cratère sur chaque dent, on peut se questionner sur son alimentation, est-ce qu'il se plaint à chaque repas, est-ce qu'il peut manger des aliments durs .... Certains y voient une forme de maltraitance de laisser son enfant souffrir en attendant que ça passe (ou surtout en ne prenant pas rendez-vous).

Les dents de lait contrairement à la légende ne tombent pas toutes d'un coup à l'école primaire.



Les incisives par exemple tombent entre 7 et 9 ans et sont remplacées entre 7 et 10 ans par les définitives. Parfois elles viennent plus tôt sur l'arcade mais c'est rare, souvent elles viennent après l'éruption des premières molaires définitives (dents de 6 ans).

Les autres dents sont remplacées au fur et à mesure entre 9 et 14 ans en fonction de la place sur l'arcade dentaire. Les canines sont généralement les dernières dents définitives à se mettre en place, c'est pourquoi souvent si l'espace est trop étroit elle poussent de travers dans la gencive.






Un enfant qui ne présente pas de caries dentaires n'est pas exempt de rendez-vous annuel chez le dentiste. D'une part parce que ses parents ne sont pas forcément dentistes et n'ont pas vérifié avec une sonde si toutes les dents sont saines mais d'autre part parce qu'il faut très vite déceler les problèmes orthodontiques à venir.

Entre 6 et 9 ans on peut encore faire ce qu'on appelle des traitements préventifs ou interceptifs, qui évitent de lourds traitements orthodontiques à venir (voir chirurgicaux à l'âge adulte). 

Qu'est-ce qu'on intercepte ? Ce qu'on appelle dysfonctions (respiration/ventilation anormale, position anormale de la langue ) et parafonctions (utilisation de la tétine, pouce, mordillement doudou ...). Ces anomalies peuvent être irréversibles si elles ne sont pas traitées avant la fin de la croissance de l'enfant et entraînent le plus souvent des problèmes d'ordre masticatoire, et ventilatoire (voir des problèmes de sommeil puis de concentration).

Quelques exemples :




Dyharmonie dento-maxillaire ou Encombrement dentaire




Tout ces problèmes fonctionnels seront traités par l'orthodontiste (qui n'intervient pas que sur les dents définitives) ou par un chirurgien-dentiste qualifié.


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