vendredi 12 avril 2013

Doit on craindre pour notre sécurité dans un cabinet dentaire ?

Avant les soignants en hôpital ou cabinet privé étaient respectés. Personne n'aurait insulté une infirmière, crié sur un médecin voire tenté de les agresser physiquement.

Dorénavant le contrat tacite de respect et d'écoute envers le soignant a volé en éclats. 

X est mécontent d'attendre 2 heures aux urgences, il se permet de faire partager sa haine à tout le service. Certes il est désagréable de patienter, d'autant plus quand on voit le nombre de patients devant soi qui ne diminue pas, mais est-il pour autant utile d'être insolent, menaçant ?

Y ne comprend pas pourquoi on ne le prend plus au cabinet alors qu'il rate systématiquement ses rendez-vous et ne vient qu'en urgences, au dépourvu, mettant l'équipe au pied de la lettre. Criant qu'il veut être pris tout de suite, qu'il n'est pas une bête. A quel moment s'arrête notre devoir de soin ? Doit-on toujours être au service du patient même si il se fout ouvertement de notre travail ?

Z ne veut pas payer sa prothèse et s'enflamme quand il reçoit les lettres de relance de son praticien. 

Ces situations on les vit tous plus ou moins chaque jour. 

Pour avoir vu un reportage sur les urgences de l'hôpital Avicenne de Bobigny (93), je me sens bien contente de ne pas y travailler. Quand je vois la faune qui se croit tout permis, je me dis qu'elle contribue à la désertion médicale de ce département déjà très mal en point. Comment peut-on imaginer motiver de jeunes soignants à venir s'installer dans le département quand on voit la violence qui y règne et dont la blouse blanche n'est même plus une barrière ? Doit-on supporter de se faire insulter, blesser, menacer dans le cadre de son exercice ?
Le pire est que c'est une infime partie de la population qui détruit tout le service médical des autres, qui oblige les familles à aller aux urgences car SOS Médecin ne passe plus dans leurs communes, qui incite certains à abandonner l'idée de se faire soigner car le médecin est trop loin ou ne se déplace plus en visite à domicile...

En tant que dentiste on pourrait se sentir protégé. Je me sens plus en insécurité dehors que dans mon cabinet qui est ma seconde maison. Nous ne travaillons que sur rendez-vous donc la liste des patients est connue. La porte ne s'ouvre pas toute seule. Nous sommes dans un immeuble (vu le prix de l'immobilier même en petite couronne ça aurait difficile de faire une maison isolée), avec digicode, caméra (plus pour les voyous du coin qui ne savent pas qu'il y a des dentistes dans le bâtiment), et gardien donc à priori l'entrée principale ne se fait pas comme dans un moulin (contrairement à tous ces cabinets de campagne où la porte n'est jamais verrouillée et tout le monde peut aller et venir). La porte d'entrée du cabinet est sécurisée, on ne peut rentrer si personne n'ouvre à l'intérieur et on a un judas pour vérifier avant.

Bien sûr le soir je m'interroge quand quelqu'un sonne (en bas)  et que je n'attends personne. Généralement je n'ouvre pas, il y a une chance sur deux pour que ce soit un dealer ou son guetteur, ou quelqu'un qui veut attendre au chaud. Tant pis si c'est un patient qui veut un rendez-vous, on a le téléphone après tout et des horaires d'ouverture.

Je me méfie des hommes à casques de moto. Même si j'en ai jamais vu à travers la porte. Et que ça pourrait être les Daft Punk.

Je me rassure en me disant que sur le palier on pourrait m'entendre si je crie la porte ouverte.

Le danger viendrait plus de l'intérieur donc je soigne ma patientèle. Certes je n'ai pas accès à leur casier judiciaire et j'ignore si l'un deux a été condamné pour meurtre ou violence. Dans le doute, je pratique des mesures de sécurité.

Un patient à la fois dans le cabinet, les accompagnants en salle d'attente, seul on est moins fort.

Je reste cordiale, n'hausse pas le ton.

Je n'accepte pas de me faire payer au black, pas de traces, mais le meilleur moyen pour avoir des ennuis.

Je ne propose pas des résultats extraordinaires à des patients dont je sais que leur bouche sera en travaux longtemps, encore moins sur une durée raccourcie. C'est le meilleur moyen pour créer des déceptions donc des reproches, voire une procédure, voire une demande de remboursement ...

Je ne dis rien quand je ne sais pas, je n'avance pas de diagnostic sans être sûre et de pouvoir en apporter la preuve.

D'une manière générale, je reste pessimiste. Au pire j'aurais prévenu et ils auront vu que j'avais raison. Et au mieux, ils penseront que je suis douée et que j'ai réussi l'infaisable.

Et surtout quand je vire un patient du cabinet,je le préviens avant du nombre de chances qu'il lui reste (à chaque retard/absence), je ne mets jamais devant le fait accompli.

Je revois mon énervé, avec le stress qui diminue à chaque séance, ce stress est finalement constructif, il l'évite d'être trop à l'aise avec lui pour ne pas baisser la garde (même si en réel c'est poker face et rien ne transparaît).

Et j'espère que plus aucun dentiste ne se fera tué dans son cabinet peu importe le motif.

6 commentaires:

  1. Tout cela est un peu triste. Et après on s'étonne de ne plus voir de jeunes soignants s'installer dans les coins moches... Et encore, en tant que dentistes, nous sommes relativement protégés, contrairement aux hospitaliers.
    Je pense très sérieusement que notre société est décadente, mais je n'ai pas plus que les autres de solution à y apporter.

    Quelques conseils tout de même, sur des points que je gère différemment (mais je travaille dans un coin bien plus calme):

    -les emmerdeurs, ça se vire. Le premier qui hausse le ton, qui râle, qui manque ses rendez-vous, c'est dehors. Le mot passe vite, et de fait le suivant est à l'heure et calme.

    -à l'inverse de toi, je ne préviens pas. Une amie bossant dans un centre mutualiste me racontait qu'il était affiché en salle d'attente que les patients ne seraient plus repris après 3 rdvs manqués. Résultat des courses, tout le monde avait 2 lapins à son actif.
    Je préfère la version totalement arbitraire: celui qui me chie dans les bottes ou dont la tête ne me revient pas est redirigé ailleurs. Simple.

    -Effectivement, plus on est fort, moins on se fait emmerder. Donc plus gros, plus costaud, plus nombreux, plus armés, plus sûrs de soi. Une formation à la protection personnelle ne me paraît pas absurde.


    Néanmoins, bonne chance, il faut une certaine motivation pour bosser dans ce coin, c'est tout à ton honneur. Mais ne va pas t'y pourrir la vie.

    Sethef

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  2. En fait je préviens (ou je demande aux assistantes d'expliquer quand c'est au téléphone) pour qu'ils comprennent pourquoi ils ne sont plus pris. Et si je les reçois après 1 retard ou une absence, je leur dis que je n'accepte pas. Cela passe mieux quand on les vire, au moins ils arrêtent d'appeler. Et je trouve qu'ils s'énervent moins. Généralement après un rappel à l'ordre ils appellent dès qu'ils vont être en retard pour prévenir ou alors ils disparaissent totalement car ils savent que c'est mort.

    Je pense que la force c'est les grosses structures pour ne jamais être seul. L'ordre a édité un nouveau guide de protection je vais y jeter un oeil.

    Sinon je ne pense pas rester dans le coin plus de 5 ans, j'ai des envies de campagne ! Mais en attendant c'est agréable de se sentir utile et appréciée.

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  3. Atterrée par l'assassinat de cette dentiste de Marseille... Ca a ravivé toutes mes angoisses. Je travaille seule avec mon assistante qui part à 18 heures. Je ne prends plus de nouveaux après cette heure. J'ai décidé de virer tous ceux qui élèveront le ton, etc ... Pourtant je travaille dans la périphérie de Toulouse, dans une commune très agréable, j'ai été menacée de représailles 4 fois, j'ai été insultée, j'ai craint d'être projetée contre un mur, j'ai déposé 2 mains courantes. Dorénavant, je déposerai plainte à chaque agression ( verbale ou physique), mais JAMAIS je n'aurais pensé en choisissant ce métier que j'aime tant, avoir peur en l'exerçant... me dire qu'on peut en mourir...

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    1. Dans la dernière "lettre" du conseil de l'ordre, ils dressent la procédure à suivre après une agression. http://www.ordre-chirurgiens-dentistes.fr/chirurgiens-dentistes/securisez-votre-exercice/divers/securite-des-chirurgiens-dentistes.html

      Le téléphone de l'accueil est relié à la gendarmerie, mais mon assistante m'a dit qu'on avait le temps de mourir avant qu'ils arrivent.

      Mon "avantage" est qu'au vu de l'extérieur j'ai appris à être sur mes gardes, ou du moins vigilante par rapport à l'environnement.

      J'ai acheté un livre d'auto-défense (http://www.editions-zones.fr/spip.php?article60) pour apprendre verbalement et physiquement à désamorcer une situation.


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    2. Je ne connais pas le bouquin cité. Néanmoins, le guide REPERES est remarquablement bien foutu et gratuitement mis en ligne. A lire selon moi.

      http://stages-survie-ceets.org/reperes2_vf.pdf

      Sethef

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    3. Je vais regarder ça pendant ma pause de midi.

      Le livre cité est plus un livre d'auto-défense créé pour les femmes pour faire face aux situations de violence et d'agressions de la vie quotidienne.

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