jeudi 27 juin 2013

Merci

Merci de m'avoir soulagé.

Merci d'avoir rappelé et pris mon fils en urgence.

Merci de m'avoir reçu sur votre pause déjeuner.

Merci d'avoir pris de mes nouvelles.

Merci de m'avoir rappelé quand vous aviez vu que vous aviez un trou dans votre emploi du temps.

Merci de m'avoir écouté et rassuré.

Autant de petites attentions qui ont l'air insignifiantes mais qui sont importantes. C'est un réel plaisir de savoir qu'un patient est satisfait des soins, qu'il est reconnaissant que vous ne l'ayez pas oublié, que vous le preniez en compte.

Souvent j'ai l'impression d'être une prestataire de service public. C'est à dire en somme d'avoir une obligation de présence et de disponibilité. De devoir sourire et reste calme en écoutant des doléances dont je ne suis pas responsable.

Nous devrions fournir des places d'urgences et répondre à n'importe quelles attentes à toute heure de la journée comme un hôpital public.

Sauf que nous sommes ni subventionnés ni même payés par les impôts de nos concitoyens, ou par les cotisations maladie prélevées sur salaire.

Quand on ouvre un cabinet, on va à la banque comme tout le monde demander un prêt, personne ne nous donne un local clé en main (sauf peut-être le maire dans des communes en zone désertée).

Je dois me justifier de ne pas travailler tous les samedis. Je dois expliquer que j'ai une famille et qu'on ne peut pas programmer une réunion ou un anniversaire en pleine semaine pour leur faire plaisir.

Je passe pour une ingrate à proposer un rendez-vous en fin de journée dans 10 jours car le patient ne veut pas de la place disponible le lendemain une demi-heure plus tôt ou le surlendemain en début de journée. Je devrais adapter mes horaires pour recevoir tout le monde, être là dès 8h30 jusqu'à 21h en étant contente de mon sort parce que je suis une nantie.

A entendre certains, il serait de mon devoir de faire entrer tout le monde même sans rendez-vous parce qu'ils ont mal et on vu de la lumière alors qu'il est 19h et qu'ils n'ont pas pris leur téléphone pour appeler avant (depuis 9h le matin). La blague "j'ai mal depuis 2 jours mais j'appelle Vendredi soir à 18h" ne passe jamais ...

J'oublie ceux qui voudraient que je fasse des nocturnes en oubliant que je puisse avoir envie de manger ou de me reposer, ou même de rentrer chez moi sans me faire agresser.

Je ne parle pas de ceux qui disent que "c'était mieux avant" (quand on pouvait réveiller son médecin généraliste à 3h du mat' pour de la fièvre) ou que l'ancienne collaboratrice était plus conciliante que moi (alors qu'elle terminait plus tôt).

Toutes ces personnes commencent toujours par m'engueuler ou me dévisager sans même s'excuser de leur comportement ou trouver cela anormal.

On voudrait que l'on soigne humainement, ne pas enchaîner les actes techniques de façon automatique mais on nie notre propre humanité.

Alors faisons un effort, remercions les soignants, nos médecins, nos dentistes, nos infirmières , nos auxiliaires de vie pour que notre envie de vous soigner ne disparaisse pas.


13 commentaires:

  1. Même si je déteste le bruit de la fraise contre mes dents ou tout autre ustensile hostile s’immisçant bruyamment dans ma bouche : merci. :)

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    1. Merci à toi pour ta vision de ton métier qui me donne un autre regard sur celles qui me piquent parce que moi non plus j'aime pas quand l'aiguille pénètre sous ma peau ... Même si je sais que tu ne fais pas que ça loin de là.

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  2. Merci à toi pour ce billet. Et en passant, merci pour les très gentils commentaires que tu laisses chez moi, ils me font chaud au coeur.
    Il faudrait une éducation au patient (et au soigné en général), parce que c'est vrai qu'il y a encore du boulot pour améliorer les relations soignant-soigné... Foi d'auxiliaire de vie! (et au fait, merci de les avoir citées :-) )

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    1. En te lisant j'ai appris qu'on ne valorisait pas assez les non-médecins alors que vous faites partie des soldats les plus actifs sur le terrain de la santé et un jour on aura tous besoin d'une aide et je serais contente qu'une personne comme toi prenne soin de moi.
      Donc merci à toi aussi pour tes écrits qui me touchent.

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    2. Ton blog est souvent cité sur Twitter, tu y as un compte?

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    3. Je l'ignorais. Mais non je n'ai pas de compte, faudrait que je m'y mette un jour.

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  3. Il y a toute une communauté de soignants... Mais très peu de dentistes hélas. Très bonne ambiance, avec quelques rencontres sympa à la clé, des billets à quatre mains, des échanges d'expérience (t'as vu ça comment je te vends le truc!). Bref... Tu viens? :-)

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    1. Le pire c'est que je suis une geekette, je programme ça pour mes prochains jours de congés (d'ici une semaine ... :-)

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  4. Super, on t'attend de pied ferme :-)

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  5. A l'hôpital, malgré tous les efforts qu'on peut faire pour être utile à l'institution (mais surtout aux patients) : revenir sur nos week-end de repos et autres changements de planning à la dernière minute, être présent(e) à une réunion qui tombe pile sur le repos qui coupe 8 jours de travail, et autres joyeusetés... Jamais une marque de reconnaissance.
    A l'hôpital, on a que les mercis des patients et de leurs familles. Et j'ajouterai qu'à l'hôpital psychiatrique, ces mercis arrivent souvent d'une manière un peu détournée.
    Des petites choses qu'il faut savoir reconnaitre. Mais finalement, quand le patient va mieux, qu'il est capable de ressortir dans la ville sans être criblé d'angoisse, de tenir un dialogue sans délirer (ou du moins en se rendant accessible), ce sont les petites victoires. Je les prends comme des reconnaissances.
    Ce n'est pas le même contexte, c'est sûr, mais ton article m'a fait réfléchir tout haut...tout écrit ;)

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    1. Bien sûr il y a ces petites victoires, les sourires qui reviennent jolis alors que c'était pas gagné mais combien de vrais "merci" même en fin de séquence de soin ...

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  6. Peut-être aussi que le côté client (avec l'aspect de prestation payée) entraîne ce manque de remerciement appuyé, surtout s'il s'agit d'un soin "bénin" ou courant. Puis quand la personne a bien souffert pendant les soins, elle est surtout soulagée de pouvoir partir :P

    Enfin comme de partout on trouve de mauvais professionnels et de mauvais patients. Chacun de nous (patient comme soignant)a l'occasion de vivre ces instants pénibles, plus souvent qu'on aimerait d'ailleurs.
    Quand on trouve l’osmose, alors c'est le paradis ou presque. Mais c'est rare, hélas. :/

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    1. J'ai heureusement peu de patients qui souffrent pendant les soins. Ils ont peur d'avoir mal en arrivant, sont soulagés en repartant, mais entre on essaie quand même de travailler dans de bonnes conditions, l'anesthésie n'a pas été inventée pour rien ce n'est certes pas une partie de plaisir mais on est pas des bourreaux (ou alors changez de dentiste ce n'est pas normal).

      Après je ne suis pas d'accord avec le côté client, je dis toujours merci aux commerçants ou aux garagistes par ex même si ils viennent de me délester de 600 euros.

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