mardi 11 juin 2013

Non le dentiste n'a pas une vie parfaite ...

Quand j'étais étudiante, les patients-cobaye savaient qu'on était payés au lance-pierre (220 euros par mois en 6 ème année pour une présence 5 aprems par semaine de 13 à 19 h ...). L'un d'eux me sachant sur le départ m'avait dit "vous verrez l'année prochaine vous roulerez en BM". 5 ans après ce n'est toujours pas le cas (je roule en ratp).

On a cette image de vie idéale, limite pub ricoré avec l'option sourire de star (et conjoint de star) . 

On finit le soir à 19 h et paf on se téléporte chez soi dans un loft de 200 m2, jamais on ne doit courir pour aller chercher du pain, préparer à manger. Notre mari et les 3 têtes blondes attendent patiemment notre venue. Et bien sûr on a aucun souci d'ordre matériel, sentimental ou de santé.

La vérité c'est que le dentiste est un humain comme les autres. Il/elle a du mal à choper une meuf/un mec trouver la femme/homme de sa vie, il se réveille saoul chez un inconnu. Il peut crever voire voir sa voiture le lâcher complètement alors qu'il a un remplacement la semaine suivante à 500 km.  Sa copine le presse pour le mariage, le bébé, le gigot du dimanche avec la belle-mère. Son grand-père est mort, son père a un cancer, son oncle a un cancer. Voire lui-même a son corps en train de le lâcher mais il doit travailler car il n'a pas de congés maladie même si l'ostéo et le médecin lui ordonnent de faire une pause ...

Il écoute toute la journée les malheurs des autres mais doit attendre comme tout le monde son rendez-vous pour consulter. Il se retrouve à devoir sourire alors que son fils est à l'hôpital. Elle travaille alors qu'elle vient de faire une fausse couche et qu'elle est pliée en 2 par les contractions (voire la nausée).

Il/elle pense à sa femme/mari qui vient de le larguer, à la pension alimentaire à payer, aux meubles à partager, à cette connerie de contrat de mariage qu'i n'avait pas été fait ("ça ne se fait pas quand on est amoureux"), à la moitié de cabinet qui est au futur ex-conjoint de ce fait, de la part à racheter, de la galère pour rembourser les leasings.

Il pense à son détartrage qu'il n'a toujours pas fait en 2 ans car pas le temps de fixer un créneau avec un confrère. 

Je passe sur les nuits blanches, les toux du petit, la gastro, les troubles intestinaux, les pannes de réveil, les problèmes existentiels de type "si je pose mes vacances hors saison comment je fais pour l'assistante qui veut ses congés en période scolaire" ou "mon remplaçant ne va t'il pas tuer mes patients pendant mon congé mat' ?".

Je passe sur l'assistante qui a décidé de ne pas se lever (ou de ne plus venir du tout tant qu'à faire), au logiciel informatique qui plante, à la live box qui ne se connecte plus, à tous les ordis du cabinet qui sont reliés en réseau donc qui ne servent à rien, à internet qui est donc bloqué, au logiciel radio qui plante et qui empêche tout traitement canalaire (ou alors un fait au pifomètre ce qui est tellement merveilleux), tiens j'avais oublié l'aspiration en panne (avec le scialytique c'est le top 1 des emmerdes qui te bousille la journée), le réparateur qui ne peut pas venir (car on est fâchés, je l'avais pas payé les fois d'avant, ça explique peut-être ?).

Je n'évoque pas non plus les patients qui pensent qu'on est salariés donc payés par l'état pour leur soigner les dents, qu'on peut donc se permettre de les voir arriver en retard, voire ne pas arriver du tout ou alors que payer le soin est facultatif, ils vont pas nous payer la piscine, non plus hein ? (Faudrait déjà que j'ai un jardin, donc une maison).

Non c'est vrai de quoi on se plaint, on a vraiment des vies parfaites.

Ps: Tout ça ne peut arriver heureusement en même temps à la même personne (quoique je me demande). Ne vous inquiétez pas (trop) pour moi.

18 commentaires:

  1. Non, la vie des dentistes n'est pas toujours drôle: une patiente qui vous menace des tribunaux car elle a envie de faire refaire gratuitement son bridge (qui va très bien ), que les canalisations d'eau ont explosé sous l'effet du gel sur le fauteuil, la radiologie, le pavé de lumière, qu'une patiente hystérique vient avec ses 2 grands frères pour vous forcer à la recevoir, que vous avez enterré votre grand-père la veille et qu'un patient vous accuse de ne jamais être là... Ma vie personnelle est heureusement plus simple. Enfin... pour le moment.

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    1. L'intimidation je connais, c'est dur de garder son sang-froid.
      J'espère que l'histoire des tribunaux n'est pas allée trop loin ou que tu as croisé le chemin d'un expert bienveillant.

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    2. Très petite bouche , décalcification à 12 ans , dents de travers en tous sens . né en 1959 . aucun orthodontiste à cet époque . Bref je suis la pépite des dentistes aujourd'hui et ils me le font bien savoir ils ne soignent même plus une fistule sur molaire dévitalisée qui a été sauvé par un autre dentiste ( c'est rien juste la pression de la couronne sur la gencive m'a t il dit ; c'est lui qui avait posé cette couronne et de rajouter ; on peut mettre un implant si vous voulez ; Monseigneur docteur Marcaud de Ploudalmézeau Finistère nord ) 15 000 euros donné en 3 ans . Bridge décollé ; c'est de ma faute ; " vous n'avez pas mis votre gouttière . Ben non la gouttière ne va pas elle fait pression sur le bridge qui bouge . 2 molaires sur pivot qui font souffrir ma langue car je me mords tous les jours presque ; il a implanté ces molaires très à l'intérieur de la bouche ; " c'est normal de ce coté et c'est de l'autre coté que c'est pas normal " effectivement de l'autre coté j'ai mes dents d'origine . Bref ; nous sommes encore à l'époque du maire du curé du gendarme et du toubib où ce sont eux qui détiennent la vérité .Nous LES CLIENTS sommes des cons qui ne comprennent rien . Jamais un RDV de rater . attendre une demi heure salle d'attente régulièrement . Il existe encore des dentistes qui savent qu'ils sont du corps médicale ??????????? Mon oncle était dentiste et n'est pas mort pauvre dans le domaine de l'argent ( soin jusqu'à mes 20 ans chez lui ) En plus aujourd'hui ces dentistes gueulent pour ne pas plafonner les soins chers ( implants couronne bridges ) Ils ne soignent très mal les "chicot" comme une salope de dentiste à prononcer plus bas . Scandaleux . On leur propose de rehausser les soins classiques et plafonner les implants . Non avec ces cons . Je vous dégueulent les dentistes à pognon . Bien cordialement .

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  2. Nous avons trop tendance à rêver le métier du voisin. Nous pensons à tort que l'herbe est forcément plus verte ailleurs. C'est facile et réducteur. On juge sur des signes extérieurs bien superficielles. Il est si facile de tomber dans ce travers, et c'est un tort. Peut-être aimons-nous râler, peut-être avons-nous besoin de cela pour justifier notre propre inconfort ?

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    1. C'est le syndrome "pilote de ligne", on voit le bon côté du métier des autres (ce de quoi on se vante) mais on oublie toutes les contraintes.
      Après on aime bien râler oui, même si je préfère largement ne pas avoir de congés payés mais aussi être mon propre patron avec tous les inconvénients que cela comporte.

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    2. C'est vrai qu'à chaque fois que je parle d'un métier comme Dentiste, Pharmacien ou Médecin, on me ressort ce type de cliché "Vacances aux Maldives - appartement de 100m² dans les beaux quartiers - portefeuille bien rempli".
      Souvent on oublie que -comme dans le privé- il y a des charges, du matériel et des assurances à payer, et que les horaires ne sont pas les mêmes.

      N'empêche que je connais de vrais métiers de "planqués priviliégés" et les métiers de la Santé n'en font pas partie.

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    3. Tu penses aux contrôleurs aériens et aux fonctionnaires-cadres supérieurs d'Etat ?

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    4. pour le pilote de ligne, mon beau-frère est en vacances euh je veux dire en récupération environ19 jours par mois...ça ne fait que 12 jours de travail et il ne découche même pas il est sur moyen courrier. Avec un gros salaire...sa vie est plus confortable que la nôtre.

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  3. Merde, c'est ma vie ça. On ne se connaît pas pourtant...

    Bon, blague à part, ces tracas de l'existence sont communs à tous... Majorés par la disponibilité nécessaire à notre exercice. Minorés par nos relatives facilités financières.

    Paraît que le taux de divorces chez les dentistes est un des plus élevés. (contrairement au taux de suicides, qui serait une légende, paraît-il)

    La vie, c'est de la merde, en vrai.

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    1. On galère tous un minimum, même si nos patients (et nos assistantes parfois) pensent qu'on a une vie de pacha. Après on est pas à plaindre non plus, on ne travaille pas dans une mine ...

      Dans la moyenne on est tous plutôt bien, mais il y en qui s'en sortent très bien et d'autres qui attendent la fin de la tempête en silence.

      Pour ce qui est des divorces, je pense que ça dépend des générations (celles sans contrat de mariage ?)

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    2. C'est un boulot exigeant. Beaucoup de contraintes, beaucoup d'avantages également... L'un va rarement sans l'autre.
      J'ai tendance à penser que ce n'est pas réellement un job, mais un état. On EST dentiste, on ne travaille pas juste dans un cabinet dentaire. Ca a forcément des conséquences. (ce n'est pas le seul bien sûr).

      Pour la vie de pacha, fallait faire odf.

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    3. Pour l'ODF, j'y ai pensé mais vu la sélection dans ma fac d'origine j'ai préféré rester en omnipratique, en plus tordre de l'arc juste pour le train de vie c'était pas pour moi.

      Pour le reste, dentiste reste un statut, un titre, comme bien d'autres professions, après on a choisi, on assume. C'était plus le miroir pour les extérieurs à la profession.

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    4. Je suis rentré en dentaire avec l'odf comme objectif, pour le train de vie.
      J'ai vu ce que c'était, et ça m'a paru vraiment trop chiant! A croire que je préfère gratter du chicot.

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    5. Je pense qu'il faut faire ça par vocation et non pas uniquement pour des raisons financières, c'est quand même particulier comme profession et le CECSMO n'est pas non plus une partie de plaisir.

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  4. En effet, les plupart des soucis que tu nous énumères sont des soucis quotidiens communs à bien de professions... (presque toutes en fait). Ce ne sont pas des problèmes directement liés au métier de chirurgien dentiste. Il faudrait être fou pour penser qu'une profession nous mette à l'abris des soucis conjugaux, familiaux, financiers... Pense aux ouvriers, aux caissières, aux femmes de ménages, au profs, aux ingénieurs sur qui on exerce une pression énorme, aux jeunes journalistes pigistes qui ne trouvent aucun journal preneur de leurs articles...Honnêtement on se rend vite compte qu'on est plutôt bien lotis.

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    1. Ce que j'évoquais c'est surtout qu'on est pas les rois du monde qu'on imagine.
      On vit bien quand on travaille (parce que quand on a une collab pourrie on a pas de revenus et c'est plus fréquent qu'on ne le pense).
      Et je parle de la génération des moins de 10 ans d'exercice.
      Les dentistes proches de la retraite vivent très bien eux.

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  5. Notre challenge : rester fier de soi dans un système de soins où plus tu t'appliques moins tu gagnes ...
    Oublier l'image commune du dentiste super riche qui nous a peut être fait rêver, mais garder son honneur et ne pas céder au fric facile, tout en se collant impérativement aux réalités économiques, car l'idéalisme c'est la faillite...
    Organisation de travail aide +++
    Vive la motivation à l'hbd, la paro, la digue, la dentisterie adhésive (onlay...), cosmétique...
    a bas les inlay cores/couronnes !!!! et a bas soins faits en 2 minutes.
    Une bonne dentisterie est devenue un sacerdoce.
    J'avais pas signé pour cela, mais j'étais ignorant, et meme a la fac on m'a proné l'inlay core couronne par exemple, une vaste connerie et conditionnement sécu.
    Quant à l'image du dentiste pour la population en générale : fuck, rien a rajouté. Les patients voient que je m'applique et me le rendent bien. les cons je les vire. Pas se focaliser sur l'image du pacha dentiste mais sur la qualité des soins prodigués. Sur l'amour et pas la haine ;)
    bise

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    1. Oui c'est ce que j'essaie de faire. Soigner en me disant qu'est ce que je ferais si c'était mon fils ou ma mère/ ma grand-mère.
      Depuis le dernier ADF je me suis mise à la dentisterie adhésive, et c'est vrai que c'est gratifiant de conserver des parois au lieu de tout tailler. Surtout que mine de rien je touche un public plus large, les mutuelles remboursent bien mieux un inlay/onlay qu'une ccm, et ceux qui n'en n'ont pas font un effort financier moindre.
      Je pense que c'est cela notre avenir, proposer des soins de qualité faits dans de bonnes conditions (sans être speedé par la rentabilité horaire à la Binhas).

      Dans les mois qui viennent les patients vont continuer à nous quitter pour se faire soigner en mutuelle, si on veut garder nos patients, il faut proposer ce "petits plus", sinon on va ferler les uns après les autres .

      Vive la digue ! A bas les screw-post !

      peut-être à demain à l'ADF !

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