jeudi 23 janvier 2014

Ca va ?

Il en est de cette phrase une expression devenue trop usuelle, que l'on ajoute au poli "Bonjour".

Souvent on pose cette question en oubliant que c'est une interrogation qui appelle une réponse.

Combien de fois vous a-t'on demandé si ça allait, en ne vous laissant pas raconter que votre pauvre chat s'était fait écraser par la voiture de la voisine ?

Combien de fois avez-vous voulu crier "non, ça ne va pas du tout, j'ai découvert que mon mec couchait avec mon père" juste pour voir si l'interlocuteur vous écoutait encore.

Mais où ce post va-t'il nous mener ???

Quand on est professionnel de santé, on est amenés à poser souvent cette question. Et on sait que c'est un piège.

Car on ne peux pas dire à la patiente, que non ça ne va pas, "mon mec m'a largué et m'a laissé son gros chien qui met des poils partout et dont je ne sais que faire". On est pas dans un échange "normal" ou d'égal à égal (quand l'infirmière vient changer la sonde d'un patient il ne lui demande jamais si ça va elle, là c'est pareil). On est obligés de la laisser parler maintenant qu'on lui a laissé une ouverture. Et là terrible erreur.

Vous vouliez juste savoir si la teinte du composite fait à la dernière séance lui convenait, si la prothèse ne blesse pas, si le composite ne gène pas en hauteur, si elle n'a pas eu mal après l'extraction (rayez la mention inutile et insérez ce que vous voulez).

Mais elle ce que elle comprend c'est si ses hémorroïdes lui font toujours mal (non vous ne vouliez pas savoir), si sa toux s'est calmée, si sa belle-fille a accouché, si son chien est sorti de chez le véto (rayez la mention inutile et insérez ce que vous voulez).

Comment ça j'ai un problème avec les animaux ?

Ce sont des choses que l'on apprend pas à la fac mais que l'on acquiert après (une fois que l'on a croisé 15 personnes âgées qui font la liste de ce qui ne va pas).

Il faut cibler.

On a le droit d'être humain (ou en retard) et de vouloir abréger l'introduction (la mini-conversation avant la mise sur le fauteuil). Pour un nouveau patient, c'est facile, on ne le connaît pas. Pour ceux qu'on apprécie mais sans plus (patient ni antipathique ni méchant mais qui nous donne pas envie de bavarder autour d'une tasse de thé fumant), on peux directement enchaîner le "bonjour" par la question qui nous intéresse vraiment. On se montre agréable, intéressé, et en plus on a une réponse simple et rapide avant d'entamer le soin.

Il y a le cas bonus du patient pour qui rien ne va (bouche toutes options avec carie sur chaque dent) et pour éviter de laisser s'échapper un soupir d'exaspération mal venu, mieux vaut se pincer les lèvres et ne rien demander avant que le patient ne soit allongé sur le fauteuil (mode pas très sympa je vous l'accorde).

Il reste les patients avec lesquels on aime discuter. Et dont la vie nous intéresse (car on sait qu'ils vont nous parler de leur dernier voyage ou de leur nouveau mec et pas du furoncle qui vient d'apparaître). Ceux-là on leur réserve un créneau assez long. Et si on pouvait on leur offrirait un cocktail.

Maintenant que vous savez, ne dites pas "ça va?" n'importe comment. 


2 commentaires:

  1. Marrant en tant que patiente, je me suis déjà posé la question comment répondre à un comment ça va? demandé par un professionnel de santé. Ne voulant pas paraître envahissante (incontinence verbale quand je commence à parler de moi), je me borne au strict nécessaire d'ordre médical.
    Mais il me plaît de croire que certains médecins consultés depuis longtemps et qui ne sont plus tout à fait des étrangers, me trouvent sympa et que je suis dans la dernière catégorie, ceux des patients avec lesquels on aime discuter. :-)
    Calim

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    1. Je pense que tout dépend la manière dont la question est posée. Si on rajoute des éléments personnels (le nom de vos enfants, de votre chien, un détail déjà évoqué) vous savez que vous êtes écouté et un peu plus reconnu que si on se maintient au "ça va ?" automatique.

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