jeudi 20 mars 2014

Et toi t'extraies des dents de sagesse ?

Je suis obligée de pratiquer la plupart des actes peu rémunérateurs mais quand il s'agit de la chirurgie je n'hésite pas à déléguer.

Si je pouvais et surtout si mes patients avaient les moyens de payer un traitement canalaire haute qualité fait sous microscope par un endodontiste, je les enverrais. Mais dans mon 93, et dans ma patientèle payer un acte avec un tel dépassement ce n'est pas imaginable. Je veux dire ils ne font déjà pas la prothèse pourtant nécessaire, pourquoi payer 300 euros le canal au lieu de 20-30 euros remboursés. Ça nous donne envie que la sécu se bouge et revalorise à ce tarif les traitements pour qu'on y passe plus de temps, qu'on ne les bâcle pas en pensant à la rentabilité. 300 euros le canal c'est peut-être excessif, mais déjà 300 euros un traitement canalaire au lieu de 46 et des bananes pour une prémolaire ça nous changerait nos journées. A ce tarif on pourrait enfin baisser notre marge sur la prothèse parce qu'on aurait enfin plus l'impression de travailler à perte 80% du temps.

Je connais des confrères parisiens (mais il doit y en avoir chez ces bâtards de Bordeaux) qui ont une patientèle tellement hype/aisée qu'ils ne font plus que le "rentable", prothèse et pose d'implants. Même pas sûre qu'ils aient tous une collaboratrice pour "les petits soins" ou "les petits enfants".

Bah oui les enfants, pourquoi tout le monde les rejette au service hospitalier ou aux centres mutualistes ? Je veux dire c'est mignon un enfant. Sauf quand ça crie. Mais est-ce qu'ils crient et pleurent tant que ça ? Pas chez moi. Certains oui mais pas la majorité. La plupart j'ai envie de les kidnapper, de les habiller en zara mini tellement ils sont sages. (Ne vous inquiétez pas aucun enfant n'a été maltraité pour cet article). Mais ce n'est pas rentable de soigner des enfants. A part de leur combler les sillons de leurs molaires définitives en 5 minutes. La pédodontie c'est le top des actes à perte, où t'as limite envie de leur dire "non y a pas de caries, circulez" tellement tu sais que la séance suivante ce sera une pure perte d'argent et de temps pour toi. Mais je me raisonne toujours, en pensant à leur avenir et à ma mission de service public (mode dentiste humaniste on).

Mais la chirurgie je n'hésite pas.

Pourquoi se priver d'adresser certaines extractions difficiles à un stomatologue alors que lui (oui j'ai rarement vu d'elle) a un plateau technique optimal pour ça, une assistante au fauteuil, la maîtrise suffisante pour les  faire avec la même aisance que si il cueillait des carottes, et surtout une cotation plus intéressante ?

Dans chirurgien-dentiste, il y a le mot chirurgien mais cette partie ne m'intéresse pas, faire des lambeaux, décoller, cureter, déplacer, pourquoi faire ? La spécialisation chirurgie buccale n'est pas reconnue, les cotations sont dérisoires (à l'image du reste) et vu le peu de patients en nécessitant je ne vois pas l'intérêt de me forcer.

J'extraie des dents, mais ça ne constitue pas la majorité de mon exercice, souvent elles tiennent tellement peu que je les ai juste aidées à disparaître un peu plus tôt, parfois elles s'accrochent et sont de petits challenges que j'aime relever. Rarement je n'arrive pas à les sortir et je fais un courrier. Parfois le patient a l'air tellement stressé/énervé/énervant/dangereux que j'adresse. Rarement pour des problèmes type "je prends du plavix/previscan", ça je gère. Ce qui me fait plus peur c'est les dents qui n'ont pas l'air dures à extraire mais qui seront dures à anesthésier car le terrain est enflammé, le patient râlera, voire sera violent car il ne comprendra pas pourquoi "il sent" alors qu'il n'a pas mal (rarement des femmes d'ailleurs, surtout celles qui ont accouché sous péridurale). Je me suis "embrouillée" avec plusieurs "gars" pour ça, maintenant je me protège et je me méfie (quand on menace de te frapper alors que tu es seule t'as pas trop envie ...).

Je ne pratique jamais certaines dents, les dents de sagesse sous muqueuses voire incluses dans l'os (celles qu'on ne voit qu'à la radio), celles dont je n'ai aucun accès direct, aucune vision, une ouverture buccale limitée, celles dont je sais que mon temps/attention/stress/retard probable ne vaut pas les 33,44 euros (ou attention promo la 2ème est à moitié prix !) (non ce n'est pas une blague) que j'aurais à la fin. Surtout celles-là en fait. si on me "donnait" 150 euros pour extraire une dent je suis persuadée que je les ferais toutes.

Heureusement je connais de très bons stomatologues qui eux s'éclatent à pratiquer ces interventions. 


4 commentaires:

  1. Il y a maintenant, il me semble, une spécialité de chirurgie orale, c'est le DESCO avec l'internat de 4 ans qui l'accompagne.
    Les premiers internes en chirurgie orale ne sont pas encore sortis mais ça ne saurait tarder (:

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    1. J'espère qu'ils iront aussi s'installer dans les campagnes !

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  2. Comment savoir s'il vaut la peine de faire enlever les dents de sagesse ? Les miennes ne me font pas mals. Il faut que je parle avec quelqu'un de la Clinique Dentaire Saint-Charles.

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  3. Est-ce qu'on a jamais entendu parler de la clinique dentaire salaberry ? Je viens de déménager au Québec et je cherche un bon dentiste.

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