vendredi 7 mars 2014

Relais H

En entrant j'en ai vu certains attablés au relais H, ça m'a rappelé tous ces midis où on avait que 30 minutes pour manger  avant de courir pour retourner en cours.  Je me souviens des sandwichs que j'ai tous essayé même celui au thon-mayo qui n'était pas fameux. Je me rappelle de ma tante qui m'avait dit que ce n'était pas équilibré et donc dangereux pour mon poids. J'étais passée alors  aux salades qui était bien plus chères. Je ne prenais pas de dessert, pas le temps. Je ne prenais pas de bouteille d'eau non plus. Je buvais l'eau du robinet dans mon box. Une prof m'avait dit "c'est bien si il y a une épidémie de légionellose tu seras immunisée". Le lendemain j'avais ramené ma petite bouteille d'eau personnelle. Un jour on a eu plus de temps (ou plus cours l'après-midi) et on est allés manger au self du personnel.

On est là dans cette salle d'attente qui ne semble jamais se désemplir. Chacun sursaute quand un nouveau nom de famille est prononcé. L'heure du rendez-vous est dépassé, un ballet de blouses blanches, roses, vertes voire bleues défile. Pourquoi j'attends ? Combien de personnes devant moi encore ?

De l'autre côté, les soignants marchent, ne s'arrêtent que pour saluer leurs collègues, regardant à peine la foule qui attend. Parfois ils discutent brièvement entre eux, se racontent leur journée de la veille. Je me souviens du camarade qui a oublié que quand l'on est avec un patient on s'abstient de certaines questions de type "t'es rentré comment hier ? t'as vomi ? non parce que qu'est-ce que tu t'es mis !!!". 

Le patient a rendez-vous à 13h, on a appelé 10 fois son nom en salle d'attente et personne ne répond pas, alors on attend avec les filles de l'accueil. Puis on se fait enquiquiner par un cadre qui nous dit de ne pas poireauter là  devant les patients qui ne comprennent pas pourquoi on ne les prend pas. Alors on se cache un peu plus bas avec un autre camarde qui s'est pris un lapin. Parfois on est de vacation d'urgences et on attend que le patient du dernier arrivé soit enregistré. Le dossier est là dans ta main et c'est le grand moment de solitude. Celui où tu dois prononcer un nom que tu vas écorcher ou tu devras t'empêcher de rigoler tellement c'est une blague (mention spéciale pour le petit "Will Smith" 5 ans ). tu vas scruter toute la salle d'attente en espérant voir quelqu'un se manifester, en retour tout le monde va te dévisager comme si tu étais folle ou demeurée ou insignifiante ou juste t'ignorer ce qui est pire finalement. Puis tu vas attendre à nouveau et recrier le nom si toutefois il était sourd. Et c'est l'instant que va choisir ce patient qui tu le sais est suivi par  Martin qui te demande "où qu'il est l'autre ?". Mais tu n'en sais rien tu n'es pas les renseignements. 

Un homme se lève, interrompt une infirmière dans sa déambulation. De loin je crois entendre un  "puisque vous ne faites rien pourquoi vous ne prenez pas ma femme ?". J'ai envie d'intervenir et de lui dire que ce n'est pas elle qui peut faire la consultation. Mais il ne comprend pas que le jeu n'est pas de passer avec n'importe qui. Chaque blouse a sa fonction. C'est dur à comprendre qu'on est pas tous intervertibles.

Un patient se lève et vient nous trouver mon camarde d'infortune et moi, alors qu'on était tranquillement en train de parler de nos vacances futures ou bien du remplacement je ne sais plus. Il s'est interposé, nous coupant la parole sans s'excuser. "Ça fait 3 heures que j'attends, puisque vous ne faites rien pourquoi vous ne me prenez pas ?".  Va lui expliquer que tu n'es pas de vacation d'urgences et que tu n'as pas de box de libre pour l'examiner ou qu'il doit attendre l'étudiant qui s'occupe de lui d'habitude. Ou que vu ton salaire minable (220 euros par mois en dernière année), tu as le droit à ta pause syndicale. Plus tard le chef de service mettra en place une nouvelle mesure visant à réquisitionner tous les étudiants qui glandent dans les couloirs pour qu'ils prennent les urgences dans des box vides. C'est ce jour-là qu'on a commencé à arrêter de discuter près de la salle d'attente et qu'on est partis discuter dans des endroits plus discrets.


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