vendredi 11 avril 2014

Et tu vas arrêter de travailler ?

Par un beau dimanche ensoleillé, nous avons annoncé à ma belle-mère que nous allions être parents.

Passé l'émotion elle a eu cette question "du coup tu vas arrêter de travailler ?".

Je l'aime bien ma belle-mère mais des fois elle me rappelle ma mère quand elle me sort des trucs dont je ne comprends pas le sens (à la différence que ma mère elle connaît aussi bien que moi maintenant l'URSSAF, etc). Déjà elle pensait que mon contrat pro allait s'auto-détruire. "Bah t'auras pas de mal à retrouver après" (Alors qu'on connaît tout le mal que j'ai eu avant et la chance de bosser à 30 minutes de métro). "Euh pardon ?". C'est pas comme si abcdent regorgeait d'annonces de futures mamans à la recherche d'un remplaçant pour l'intérim qui reprennent leur place après. Comme dans une entreprise normale quoi (ou dans n'importe quel poste de la fonction publique).
Et là elle a commencé à me raconter quel bonheur c'était de rester avec sa progéniture avant qu'il entre à la maternelle, ou qu'elle plaisir de ne pas travailler durant sa seconde grossesse ...

Bien sûr à ce moment là je n'ai ni parlé d'allaitement ni évoqué que je comptais bosser jusqu'à la date d'accouchement moins 15 jours. Date arbitraire qui serait changée en cas de problème lors de ma grossesse. La gynéco n'a pas cillé, elle sait que je suis libérale, elle en a vu s'arrêter une semaine avant et reprendre 2 semaines après. Nous les congés mat' on ne connaît pas. Pas de maintien de salaire. Oui on a une aide de la sécu, les fameuses indemnités journalières qui allouent 1500 euros par mois. 1500 euros c'est énorme pour quelqu'un qui n'a pas de charges. Mais en libéral entre la caisse de retraite, la régularisation de l'URSSAF quand on est juste collaborateur, ça part vite (surtout que bon faut les attendre les indemnités journalières ...)

Et là à peine enceinte, je me suis demandée si c'était normal de n'avoir jamais pensé à cette option. Je veux dire je n'en n'étais pas encore aux démarches pour le mode de garde, ni à la recherche d'un remplaçant pour le cabinet. Jamais l'idée de m'arrêter ne m'avait effleuré l'esprit.

Mr Carie qui adore sa Maman a  répondu "c'est vrai que ça coûterait moins cher que la crèche".

Et moi j'ai commencé à pâlir comme si on évoquait notre discussion sur le mariage gay.

Et j'ai balancé mon célèbre "je ne me suis pas fait chier à faire autant d'études pour m'arrêter pour un enfant", "je n'ai pas fait bac + 6  pour ça quand même !".  Non mais flûte quoi j'ai un doctorat, un titre que je me suis battue pour avoir.

Et en plus j'aime mon travail, je ne me vois pas rester à la maison toute la journée et tourner tout mon temps vers mon enfant. Bien sûr que je l'aime déjà ma crevette mais mince je ne peux pas être cette mère wonderwoman qui court partout ? 

J'ai avancé un argument de taille; l'indépendance financière. Je pensais qu'en tant que femme divorcée elle comprendrait. Bah non, toujours pas. Selon elle "être mariée est une sécurité". Quand je pense que sa génération s'est battue pour le droit des femmes. Je devrais donc me contenter de vivre sur le salaire de Mr Carie, vive le progrès. Sans parler de ma retraite qui aurait pris un bon coup dans l'aile.

Et avec quoi je vais payer les régularisations de l'URSSAF et de la caisse de retraite ? Et mes impôts ? Et nos rêves de maison? Certes 1 salaire pour 3 ce serait 4 fois moins d'impôts dans 2 ans, on repasserait dans une tranche acceptable.

Je n'ai rien contre les femmes au foyer mais je n'en suis pas une, j'ai été élevée de façon à m'émanciper dans le travail, même si je ne me lève pas avec détermination tous les matins je suis heureuse d'occuper une fonction que j'ai choisi.

S'arrêter 6 mois, 4 ans ou définitivement pour moi ce n'est pas envisageable. Mon poste ne m'attendra pas, la technique ne m'attendra pas, c'est le meilleur moyen pour moi de ne pas évoluer et de soigner juste pour manger alors que je veux soigner et avancer.

12 commentaires:

  1. les messieurs aussi ont le droit de s'arrêter! Elle n'y a pas pensé belle-maman?

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    1. Non son idée de la famille c'est une mère au foyer jusqu'au moins l'école élémentaire.
      Heureusement le papa est "moderne" et prêt à s'arrêter.

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  2. Toutes mes félicitations!
    Prenez bien soin de vous et de la crevette et faites comme vous l'entendez!
    Oubliez votre belle maman.
    je vous embrasse
    danyhube

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  3. Belle nouvelle !
    Il y a ce que l'on pense avant...et puis ce que l'on ressent après...
    l'idéal c'est le mi-temps, moi je me régale.

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    1. J'étais déjà à 3 jours et demi par semaine donc on peut considérer que c'est un mi-temps.

      Après effectivement c'est différent quand le bébé est là.

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  4. 3jours et demi par semaine + papa qui s'arrête, le pied + working girl, le pied.
    Par contre, pas trop courir partout, hein, Carie, ça augmente le risque de MAP.
    En tous cas, c'est une chouette nouvelle.

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    1. La MAP c'est le truc qu'on redoute toutes quand on est en libéral. Heureusement je travaille assise la moitié du temps !

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  5. Comme quoi, en matière de congés (congé mat', congés payés), il ne suffit pas de donner des droits, il faut aussi les rendre obligatoire. La Suède impose à chaque parent de prendre 6 mois minimum, je crois.

    Certaines personnes font ton choix, qu'elles soient carréristes comme toi ou Rachida Dati ou qu'elles craignent pour leur poste ou pour leurs finances.

    Une obligation serait mieux pour les mamans, pour les papas, pour l'enfant, et aussi pour les chômeurs à qui tu piques le boulot.

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    1. Ce qui est drôle c'est qu'il y a toujours quelqu'un pour se plaindre.
      Déjà en France le congé maternité c'est 4 mois et demi pas 6, c'est peu c'est certain mais c'est comme ça. Je ne connais peu de femmes qui ne prennent pas plus, moi je ne peux pas et j'ai adapté mon emploi du temps.
      Par ailleurs je ne pique le travail de personne vu que je ne suis pas salariée, il n'y a pas une file de dentistes chômeurs qui attendent derrière la porte. De plus j'ai eu beaucoup de mal à trouver un remplaçant et par conscience professionnelle je ne pouvais ni abandonner mon titulaire ni mes patients sans personne à mon poste.

      Alors oui c'est triste de devoir choisir et de s'adapter mais c'est aussi ça la vie.

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  6. 6 ans? Un doctorat c'est bac+8 non?
    Je pensais que les dentistes faisaient plus d'études que ça.

    Cath.

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    1. Pour valider un doctorat il faut une thèse et un troisième cycle. Le notre ne dure qu'un an et a été rajouté dans les années 60 ou 70 pour qu'on accède au titre de docteur en chirurgie dentaire.

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