vendredi 4 avril 2014

La roue de secours

En "clinique" (par opposition aux années théoriques jalonnées de travaux pratiques) on avait un pool de patient très réduit. En somme on avait le patient du lundi 13h, celui du lundi 16h, les petits patients de pédo mercredi, celui du jeudi 16h, du vendredi 9h ... souvent on les suivait depuis la 4 ème ou 5 ème année (prends patience ...) alors vous pensez bien qu'on les connaissait plus que bien. La moitié avait mon numéro de téléphone portable personnel (plus facile de gérer les rendez-vous ainsi). Ceux dont je sentais l'envie d'aller trop loin non (plutôt des hommes bizarrement) non mais ça restait mes protégés. 

En sixième année, je possédais assez de temps devant pour moi pour en consacrer beaucoup à mes patients. J'ai été leur confidente, j'ai su plus que le dossier clinique pouvait m'apprendre, on a parlé de leurs craintes, du mari qui bat, du mari qui trompe, de leurs enfants que je suivais aussi parfois.  

Dans mon pool, il y avait BN. Les longues séances pour l'appareiller m'ont permises de mieux le connaître. Si j'avais un peu de temps je n'hésitais pas à continuer la discussion en l'accompagnant vers sa femme qui faisait le ménage au service de radiologie du CHU. C'est lui qui m'a dit que je roulerais en BMW une fois ma thèse passée. C'est lui qui était en colère quand son fils a annulé son mariage au bled en refusant de consommer la nuit de noce.

Une après-midi alors que je lui soignais ses caries, un ami est venu me trouver pour me dire que j'avais une roue crevée. J'ai fait une mine déconfite. Je sais changer une roue, du moins en théorie. Mais je savais pour avoir déjà essayé lors d'un entraînement avec mon père que le cric était trop court et qu'il fallait une force conséquente pour enlever les boulons (qui ne s'est jamais tiens je vais démonter ma roue pour voir ?).

BN s'est tout de suite proposé de m'aider. Je ne crois pas avoir hésité longtemps avant de dire "c'est trop sympa merci". Je nous revois encore partir à la fin du soin vers ma voiture, moi toujours en blouse et lui à côté. Je le revois les mains noircies me proposer d'emmener la roue chez un garagiste pour la réparer. J'avais refusé, ne voulant pas lui être trop redevable. 

Puis la fin de l'année est arrivée, je suis partie en ayant pris soin de faire la passation avec une amie. Il en profitera pour essayer de se faire rembourser un appareil fait au bled en faisant croire que c'était celui posé 2 mois plus tôt  par mes soins (sauf que je n'aurais jamais sous côté un acte, chaque point étant vital). Ma copine avait décidé d'arrêter de le suivre, elle devait le trouver trop intrusif.

Pour elle c'était "le gros lourd qui essayait de l'arnaquer", pour moi ça restera celui qui s'est sali sans que je lui demande rien pour changer ma roue.  

2 commentaires:

  1. Vous savez les hommes refusent rarement d' aider une jeune femme en détresse

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  2. Oui on hésite rarement à aider un femme heureusement ;-)

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