mercredi 18 juin 2014

Double peine

J'ai un peu trop d'empathie. Surtout avec les enfants. Je ne sais pas si le fait d'être mère ou juste parce que je leur veux du bien. Mais c'est dur pour moi de voir des gamins souffrir, surtout sur le fauteuil. C'est d'ailleurs pour ça que je ne soigne plus les patients contre leur gré malgré le consentement des parents qui sont prêts à les attacher pour "qu'on en finisse". Mais ces jours-ci j'en ai de moins en moins, la plupart se laissent faire sans broncher.

(Par contre j'ai moins d'empathie pour les enfants qui délibérément me disent qu'ils en ont marre alors qu'on a rien commencé, dont le père me regarde comme si j'étais une méchante femme qui avait battue son fils quand je lui ai dit de garder la bouche ouverte.)

Là où ça se corse c'est quand se présente à toi un gamin mignon mais associé à un parent que t'as envie de taper contre un mur. 

Exemple 1:  enfant polycarié qui aurait besoin d'un suivi régulier et d'un traitement orthodontique, qui bénéficie de la CMU dont rien à débourser pour la mère, sauf qu'elle s'en contrefiche et ne fait rien. Voilà comment tu te retrouves à soigner un enfant sur les jours de garde du papa pour sauver les meubles.

Exemple 2:  enfant polycarié dont j'ai fait le traitement canalaire de ses 4 premières molaires mais qui ne revient pas pour " étanchéifier " le tout car la mère oublie, pansement qui partent, dents qui se réinfectent, abcès répétés, pas de guérison, pas de présentation à l'othodontiste. Bilan 4 dents foutues que je veux devoir extraire un jour.



Exemple 3:  le classique du "je prends rendez-vous quand la petite a mal mais j'oublie de revenir aux suivants".

"Mais il reste des dents à soigner !"


Le point commun c'est que le gamin reste avec ses caries qui s'amplifient (jusqu'à preuve du contraire le processus carieux est irréversible), avec des douleurs qui augmentent, des abcès qui percent, des nuits sans sommeil, des journées sans manger, une bouche presque foutue à 10 ans (ou avant). 

Ces patients on a une grosse envie de les virer (enfin sauf le premier vu que le papa est cohérent lui) sauf que ce n'est pas de leur faute, mais celle de leurs parents qui ont toujours une bonne excuse pour louper un rendez-vous. C'est difficile de dire "non je ne le prends plus" en sachant qu'aucun dentiste ne risque de les prendre rapidement (car nouveau patient et enfant en plus). On a envie de leur laisser une énième chance, de les croire.

Puis à contre-cœur on les note sur la liste noire en sachant qu'on a fait le maximum et que ce n'est pas à nous d'éduquer les parents. 

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