mercredi 16 juillet 2014

Nous ne sommes pas des prestataires de service, nous sommes des soignants.

Voilà MrX qui se présente à moi, il a vu un autre praticien  il y a  2 mois mais il n'a pas voulu accéder à sa demande alors il est reparti en claquant la porte. 

Comme souvent (avec certains patients) il a mal à une dent et c'est forcément celle que j'ai soigné moi (ça doit être la réminiscence de l'ancienne douleur). Il ne peut pas avoir mal ailleurs. Même si elle est dévitalisée et qu'il a mal au froid (ndlr : une dent sans pulpe ne peut réagir au froid, au chaud ou au sucre).

Il veut que je l'extraie. Je fais une radio, lui montre qu'elle ne présente pas de lésion à l'apex (au bout de la racine). Mais la gencive est un peu gonflée (bienvenue à toi Gingivite !). 

Il persiste à dire que c'est là alors que 2 dents plus loin un énorme cratère orne sa dent de sagesse.

Mais non sa dent de sagesse va bien. Je lui fais le test au froid, forcément il sursaute sur la dent de sagesse et m'autorise à l'extraire. 

Pendant 15 minutes cela n'a été que négociations entre lui qui voulait absolument qu'on lui enlève une dent qui va bien et pas celle atteinte et moi qui essayait de lui  faire comprendre que je ne fais rien sur commande.

Il est fini le temps des soignants paternalistes, qui savaient et dont le diagnostic était respecté.
Maintenant on remet tout en question en fonction de son expérience, de celle de sa concierge et de ce qu'on a vu sur doctissimo.

Maintenant le patient croit qu'il est un client (parce qu'il paie) et qu'il a donc tous les droits.

Le droit de décider par quel soin commencer. Le droit de décider si il vient à l'heure ou pas. Le droit de décider qu'un acte n'est pas nécessaire. Le droit de réfuter un diagnostic. 

Je fais de la résistance car je suis jeune, et c'est maintenant que nous devons nous battre pour leur faire comprendre que nous sommes des soignants. Nous avons fait des études, nous suivons des formations , nous savons reconnaître une carie, une infection, une maladie de la gencive ou de l'os.

Nous ne pouvons nous fier au seul ressenti du patient car la douleur peut se projeter ailleurs que là où est elle réellement. 

Nous ne sommes pas là pour satisfaire un désir mais pour prévenir/traiter/réparer.

Vous devez nous remettre votre confiance pour que l'on avance ensemble, et non vous méfier, remettre en question notre analyse, notre plan de traitement.

Vous pensez qu'en un clic vous pouvez avoir les dents blanches/réalignées/soignées vous vous trompez. Certaines choses se font par étapes et vous devez être patients. 

Vous êtes des patients pas des clients.

Nous ne sommes pas des prestataires de service, nous sommes des soignants.

PS: le patient est revenu. Il m'a affirmé la tête baissée que j'avais raison il n'a plus eu mal après l'extraction de la bonne dent.

A lire un post qui date mais qui fait écho à ce que j'évoque dans cette façon de vouloir faire de la médecine un commerce .

7 commentaires:

  1. C'est tellement pareil dans le cabinet de pneumologie où je suis... C'est désespérant. Mon patron a eu 63 ans cette année et il constate cette différence. Qui peut être comprise vu les antécédents de certains patients (erreur de diagnostic, etc.) mais qui pèse lourd dans les soins.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Que l'on puisse demander un 2ème avis en oncologie avant de se faire retirer la prostate pour cause de PSA élevées je comprends, mais là dire face à une radio qui ne laisse aucune doute qu'on a mal ailleurs ça me dépasse.

      Supprimer
    2. Oui tout à fait d'accord. Mais l'exemple tout bête que j'ai encore bien en mémoire c'est une patiente venue pour une bronchite simple mais qui traînait. Pas de douleur, rien. Radio et scanner du thorax, rien d'après le radiologue. D'après mon patron il y avait une opacité d'allure tumorale. Forcément, la patiente en est tombée des nues vu que le radiologue avait dit que tout était normal... Donc forcément dans un cas comme cela c'est difficile de faire entendre raison à un patient.

      Mais on a aussi ceux qui exigent des examens qui ne sont pas nécessaires mais "un copain m'en a parlé je me suis dit que ce serait bien" euhhhhh comment dire, ce n'est pas sur commande ? Et ceux qui refusent tout examen tout en disant qu'ils "veulent savoir". Pour les apnées du sommeil par exemple. Difficile de donner un diagnostic de SAS quand le patient refuse de passer une nuit à la maison avec un petit appareil et une canule dans le nez pour enregistrement ce qu'il se passe...

      Supprimer
  2. Bonjour

    j'aime beaucoup ce blog :) Je peux pas te dire que tu m'as fait aimer les dentistes car moi j'ai jamais eu de carie ni de gros soins.
    Ce que tu dis ici est vrai je n'en doute pas. Je voulais juste tempérer. Moi un soignant (du chirugien à l'infirmière en passant par tous les corps de métier) je l'écoute, lui il sait. Mais ce que je ne sais pas c'est quelle est l'honnêteté/ la compétence de ce soignant. Et des fois je me pose de questions.
    J'ai vu un dentiste à la Réunion (visite tous les deux trois ans pour moi, pas de douleurs, pas de caries en général). Je lui dis en arrivant : 'moi on me trouve jamais de carie' lui 'moi j'en trouve toujours'. Et il me dit :'4 caries, une sur chaque molaire, je fais les soins sur les deux du bas' (il me fait mal, il n'arrive pas à limer le biocomposite comme il faut (au bout de 4 ou 5 tentatives ça me gène toujours mais comme il a l'air de s'agacer je finis par lui dire ok (alors que non pas vraiment))), je reprends rdv pour la semaine suivante (moi je préfère faire vite les soins hein, tant qu'à faire, lui me dit 'c'est pas urgent non plus'). Et effectivement semaine suivante c'est un remplaçant (c'est sûrement pour ça que c'est pas urgent). Et ce remplaçant me dit, 'ah pas non pas de carie, j'ai juste nettoyé et posé un pansement car les molaires sont pas trop atteintes.' Et bien moi dans l'histoire le premier m'a coûté (et à la sécurité sociale) deux fois plus cher que le deuxième, m'a fait mal. La question est : avais-je réellement besoin de soins la première semaine? Ou est ce que le remplaçant était un jeune "con" qui m'a pas soigné. N'ayant pas mal, ayant revu entre temps un autre dentiste qui m'a dit RAS, je penche pour la première option. (je déménage souvent, pas simple une fois qu'on a un bon soignant d'en retrouver un bon)
    Alors il faut voir aussi que le patient il se confie au soigné et avec vos histoires de confraternité et bien on ne sait jamais sur qui on tombe, des fois c'est bien, des fois non. Au final moi j'ai deux dents foutues pour un maniaque qui trouve toujours des caries.... Et je peux rien faire. Un moyen pour que les soignés fassent confiance aux soignants ce serait d'avoir des notes provenant : des patients déjà soignés (basé sur humanité, bienveillance, qualité des soins ressenties (il m'a fait du bien ou non)(avec tout ce que cela peut avoir de subjectif), et d'autres soignants de la même spécialité (avec un avis plus objectif peut être).
    Non vraiment ce qui fait que les patients deviennent plus chiants c'est aussi la confraternité qui refuse dans les faits de dénoncer un soignant malhonnête, dangereux, incompétent voire maltraitant (dans le sens contraire de la bienveillance) (et dite pas que vous le faites pas, ma tante SF a bossé avec un gynéco bourré pendant des années et rattrapait ses erreurs voire faisait son job (hiérarchie pas possible à dénoncer), et d'autres exemples que j'ai en tête....
    Bon j'ai été longue, mais voilà juste pour dire que en tant que soigné je veux bien qu'on me dise quoi faire, mais comme ma santé j'en ai qu'une, si je pouvais avoir affaire qu'à des supers médecins compétents, capable de dire 'ça je sais pas, allez voir machin qui est fortiche pour ça....' on aurait tous bien moins de soucis :)
    sans rancune (pour toi, hein pour mon dentiste réunionnais : grrrrrrrrrrr)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le problème des "caries superficielles" c'est que certains les traitent systématiquement. Parfois c'est juste une coloration de surface et l'orthodontiste veut qu'on les soigne quand même de crainte que ça remette en cause son traitement.
      Souvent je surveille sauf bien sûr si la sonde s'enfonce. Si c'est mou il n'y a aucun doute.
      Effectivement c'est dur d'avoir confiance quand on a 2 avis différents voire contradictoires. Souvent l'âge (et l'ancienneté des études) y est pour beaucoup. La fac d'enseignement aussi. On reproduit ce qu'on a appris.

      Supprimer
  3. hum... je veux bien croire (c"est pas moi la spécialiste) mais si il m'avait dit carie superficielle à vérifier dans un/deux... mois je l'aurais fait.
    Merci pour cette mise au point.
    Mais ça ne retire rien à ce que j'ai dit : si on était sûre de pouvoir faire confiance à 100% on serait peut être moins pénible comme patient ;) et finalement vous êtes humain et donc faillible. Mais surtout certains sont malhonnêtes (tu le remarques toi même dans ce blog) et ça quand on doit changer souvent ou quand c'est spécialiste que l'on ne voit pas souvent et bien on a que l'annuaire pour faire un choix, pas "une note" ou des critères neutres!!! (il y a le bouche à oreille qui fonctionne SI on connaît du mal!!)
    bises

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le bouche à oreille est le plus efficace moyen de savoir où l'on va (si tant est que la personne avec laquelle on parle est objective et n'a pas pas à tendance l'exagération facile).

      Supprimer

Share It