mercredi 17 septembre 2014

La mère, le dentiste et l'enfant.

Il était évident qu'en devenant mère j'allais soigner différemment les enfants au cabinet. 

Il y a ce côté amusement que j'avais déjà à voir leurs petites bouilles rondes, maintenant je les identifie à mon fils, je l'imagine plus grand.

J'avais déjà beaucoup changé pendant la grossesse, surtout compte tenu des positions parfois acrobatiques face aux récalcitrants (non pas pour les tenir mais pour les soigner dans une position qui NOUS convient). Après quelques coups dans le ventre (sur des enfants encore une fois non immobilisés mais très énergiques) et surtout des coups de chaleur/fatigue, j'ai vite décidé de ne plus me prendre la tête.

Compte tenu du tarif final du soin, je ne vois plus m'ennuyer pendant 20 minutes à négocier avec un enfant qui n'en a rien à faire. Si il est violent/dangereux envers moi/lui, dorénavant j'arrête le soin et je fais un courrier. Bien entendu si il a juste peur et qu'il ouvre la bouche, je continue. (Tout en expliquant et en prenant le temps comme je l'ai toujours fait).

Souvent la mère me supplie de continuer, parfois l'enfant voyant sa mère pleurer et par crainte de la punition (ou de la non-récompense) me dit qu'il va faire un effort. Généralement je ne change pas d'avis (souvent il ne me reste à ce moment là que 5 minutes).

Ces séances sont rares mais me laissent toute aussi fatiguée que l'enfant et sont délétères pour le reste de ma journée. Si certains parents offrent de me payer pour mon temps, la plupart (faute de soin pas d'acte à coter, à part si c'est le premier rdv) part sans me remercier pour le temps passé à essayer.

J'avais toujours convenu de ne jamais faire souffrir un enfant, j'essaie de m'y tenir même si parfois les parents me menacent ou m'insultent (souvent le père d'ailleurs qui ne comprend pas pourquoi je m'interrompt alors que j'ai fait l'anesthésie par exemple).

Je dirais que le plus dur c'est la culpabilité. Celle d'abandonner. De savoir que l'enfant ne sera pas soigné, que les parents devront prendre rendez-vous ailleurs et devront attendre. Partagée entre le devoir de ne pas les traumatiser et la nécessité de les soulager, je cherche des solutions et leur trouve des adresses où ils seront mieux accueillis . En sachant que ce ne sera pas immédiat certes mais que les soins repartiront sur des bases saines.

Je sais qu'en province cette accès sera plus difficile et impliquera alors un dépassement d'honoraires mais comment peut-on envisager de faire des soins corrects en prenant le temps autrement ? 

D'un autre côté je n'ai aucune reconnaissance de ces parents qui bien souvent se font suivre par mon titulaire et ne me consultent qu'en urgence. 

La seule chose que je sais dorénavant est qu'une mère peut se tromper.
Dire à son enfant qu'il n'a pas mal juste peur alors que c'est faux.
Je sais aussi qu'elle peut être débordée et exténuée et oublier parfois de contrôler le brossage des dents le soir.
Qu'elle peut aussi abdiquer et donner un biberon de lait pour la nuit pour que le bébé puisse s'endormir.
Je sais que parfois on est à bout après 2h, 3h de pleurs incessants, que le père râle en rentrant et que la belle-mère nous dit de donner une tétine pleine de miel et qu'on finit par abdiquer.
Je sais que parfois on voudrait juste qu'il finisse le biberon alors on rajoute du sucre.
Je sais qu'on trouve ça drôle que la petite goûte au coca même si elle a 18 mois et qu'on va même prendre une photo et la mettre sur facebook.
Je sais que parfois on est dépassés, têtus.
Je sais que souvent on ne sait pas pourquoi c'est mal parce qu'on l'a toujours vu faire.
Je sais qu'on ne peut pas juger des parents qui n'ont pas le même bagage culturel ni le même accès à l'information. 

C'est pourquoi maintenant ma bataille est de détecter ces parents dans mes patients, et de leur expliquer avant qu'il ne soit trop tard. 





4 commentaires:

  1. Avez-vous des suggestions pour donner envie aux enfants d'aller au dentiste ? Les miens ne veulent pas y aller. Je vais appeler le Centre de dentisterie Dallaire et associés.

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  2. Vous pouvez vous aider de ce site très bien fait pour préparer la séance de soin http://www.sparadrap.org/Parents/Conseils-sur-la-sante-de-mon-enfant/Mon-enfant-va-chez-le-dentiste/Chez-le-dentiste

    Mais le mieux reste d'emmener vos enfants avant qu'ils n'aient des caries ou des douleurs, ils vous accompagnent par exemple à une séance de contrôle pour visiter les lieux en dehors d'un contexte de stress et de douleurs.

    Il faut par ailleurs désacraliser la visite, ne pas la présenter comme une punition si il a des caries, ne pas lui dire qu'il va avoir mal, ni lui parler de piqûres.

    Ils n'ont pas envie d'y aller, mais ont-ils le choix ? Leur avez-vous raconté vos expériences pour qu'ils en aient peur ? Ou est-ce leurs camarades de classe ?

    Dans ce cas préparez le terrain avec des lectures adaptées.

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    1. La pub, c'est le mal. Pas besoin de prendre le temps d'y répondre.

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