mercredi 11 mars 2015

Don't look back in anger

J'aurais aussi pu appeler ce post "Non rien de rien non je ne regrette rien".

On m'a récemment demandé si je regrettais mon choix de vie. Pas celui de courir partout pour concilier le cabinet et BébéCarie mais celui de soigner des dents. 

Ces questions émanent toujours (ou presque) de futurs aspirants aux études de médecine qui ne comprennent pas bien quel plaisir on peut avoir à être dentiste.

Comme je l'avais déjà écrit, dentiste n'est pas ma vocation d'enfant, j'adorais la biologie et le corps humain, j'aurais bien fait prof ou infirmière, mais je voulais un métier qui "rapporte" alors je me suis inscrite en médecine. (On notera que durant mes études j'ai essayé de me caser avec un futur médecin pour atteindre mon 2ème but dans la vie c'est à dire avoir un mari riche) (spoiler je n'ai pas réussi mais ce n'est pas plus mal).

Le problème dans le choix de l'orientation scolaire est qu'on embrasse souvent des études sans savoir ce qu'est réellement le métier qui nous attend. J'ai l'impression en ce moment que tout le monde veut faire médecine. Parce que ça fait bien dans les réunions de famille, parce que ça pète comme titre "docteur", parce que ça gagnerait bien (notez le conditionnel). 

Je note que ces personnes ne doivent pas avoir beaucoup de médecins dans leurs proches pour en garder cette vision fantasmée ou qu'ils ont une énorme poutre dans l’œil (la faute à la pénurie d'ophtalmologistes ?). Ou alors j'ai toujours eu un point de vue biaisé par le mari de ma marraine, médecin généraliste à la campagne. Oncle que j'ai toujours vu quitté le table du 25 décembre pour une urgence, ou que je voyais veiller devant la télé tard le soir pendant ses gardes. Je pourrais aussi dire qu'il a une superbe piscine mais tout comme sa maison c'est lui qui l'avait bâtie. Et on ne peut pas dire qu'il parte beaucoup en vacances.

Bref quand on me demande si je regrette mon métier, sous-entendu si je regrette de ne pas avoir choisi médecine, je rigole.

Déjà je souris qu'on puisse penser que je n'ai pas eu le choix (c'est vrai dans la tête de beaucoup de médecins ou de personnes nous sommes des médecins ratés). Car je l'ai eu et il était tout sauf cornélien à faire. Tout à fait réfléchi mais si j'ignorais complètement dans quoi je mettais les pieds (j'ai eu un aperçu avant la rentrée en allant chercher un livre et j'ai eu un peu peur).

Passé le moment où je pleurais dans les toilettes de la fac car je n'avais pas réussi cette cavité parfaite pour amalgame sur ma dent frasaco, j'ai arrêté de me dire "pourquoi n'ai-je pas choisi médecine? ça aurait été plus simple)(simple dans le sens où je suis une intellectuelle et apprendre bêtement par cœur ne m'a jamais posé de soucis)(et ça paraît beaucoup plus simple que faire ce foutu 4 en fil de fer). En somme quand je suis rentrée à l’hôpital et que je suis devenue externe avec mes vrais patients, j'ai su que je ne m'étais pas trompée.

Et il faut dire que la réforme de la loi de santé, la peut-être future obligation à ne pas s'installer où on veut (ou du moins à être contraint comme les pharmaciens) me donnent raison.

Si je devais ne plus soigner de dents, je ne soignerais plus tout court.




4 commentaires:

  1. Merci pour ce témoignage, j'espère que de nombreux étudiants en médecine le liront. Être dentiste ou sage-femme, ou pire encore généraliste, ne veut pas dire être un médecin raté. Il est temps de révolutionner la formation...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'aime bien le " pire encore généraliste" ...C'est vrai que malheureusement cette spé a vraiment le goût de l'échec pour les autres.

      Ce qui serait bon c'est qu'on revalorise les autres branches médicales et para-médicales pour ne plus en faire les plans B.
      Et surtout qu'on informe les étudiants avant qu'ils s'engagent avec leurs rêves de porsche dans les yeux.

      Supprimer
    2. Avec le vote de la loi santé, la médecine généraliste sera encore plus boudée ! Les médecins ne vont plus avoir aucune liberté. Je suis assez surpris du traitement que l'on réserve aux professionnels de la santé. Ils sont tellement utiles à la société... Il n'y a qu'à voir les conséquences dramatiques des déserts médicaux.

      Supprimer
    3. Si on veut être logique et dans la continuité de la loi actuelle il faudrait créer de gros pôles de santé et obliger les soignants à s'y installer ... la médecine libérale est morte de tout façon.

      Supprimer

Une erreur est survenue dans ce gadget