mercredi 7 octobre 2015

Une poule sur un mur

On devrait toujours commencer par soigner les enfants de nos patients avant leurs parents.
Je ne sais pas si c'est la spontanéité de l'enfant, son incapacité à travestir ses émotions, sa franchise parfois déconcertante mais un enfant dévoile toujours plus qu'un adulte pourrait bien montrer (la faute à la pudeur), il est aussi cet éponge émotionnelle qui absorbe tout (et le retransforme en caries).

La petite A arrive systématiquement en retard à ses rendez-vous et ça m'agace car il y a de nombreux soins à entreprendre (et elle est anxieuse). Plusieurs fois elle les ratera pour de bon. Un jour son père vociférera au téléphone en ne comprenant pas pourquoi je ne voulais plus la reprendre. Puis elle a eu une seconde troisième chance.
Bien plus tard j'ai reçu toute la fratrie et j'ai compris. Que parfois ça pouvait s'enrouer dans l'engrenage, que pour eux tout c'était normal ça n'avait jamais été autrement , mais que certains jours il y avait une poussière de trop et le rendez-vous chez le dentiste pouvait bien attendre.
La seule chose que je puisse faire c'est de les soigner tous enfants et parents en oubliant pas que comme tout le monde, et peut-être encore plus que tout le monde ils ont besoin qu'on soit là mais sans trop poser de questions et surtout qu'on leur offre du confort pour ne pas alourdir leur quotidien. 

Le grand classique ce sont les enfants tiraillés entre 2 (3 foyers) noyés en plein conflit familial ou conjugal.
La petite A (prénom très très répandu chez mes patients !) a une mère qui vient pour lui soigner ses caries, qui achète tout le matériel optimal pour le brossage de dents (dentifrice fluoruré compris) mais dont l'ex-conjoint rejette tout et ne veut recevoir que sa fille sans aucune affaires (ni recommandations de ma part cela va sans dire). Les caries existantes et les douleurs sont source de conflit supplémentaire, une chose de plus à se reprocher et à noter à la rubrique "mauvais parent" dans leur dossier mental. Avant chaque vacances scolaires c'est le même rituel, vérifier, soigner, prévenir.
Souvent les parents vivent encore sous le même toit et le problème vient de la belle-famille.
On a tous connu ça le grand-parent qui donne des bonbons en douce (sauf qu'il garde l'enfant tous les soirs voire même le week-end), c'est un peu leur petit secret à eux.
Sauf que bon à un moment les caries elles arrivent (au trot au trot au galop) et ce n'est plus un secret pour personne, juste une source de tension (c'est tellement plus drôle la vie quand on passe son temps à se disputer à cause de belle-maman/beau-papa) (toute ressemblance avec une situation réelle ne serait que fortuite).

On sait depuis longtemps que les caries et l'hygiène bucco-dentaire des enfants est un grand marqueur socio-économique mais parfois il est le témoin d'autres petits détails qui ne sont pas quantifiables mais qu'on ne peut ignorer. 


1 commentaire:

  1. Les caries sont un vrai marqueur social, c'est une triste réalité. Je confirme le constat que vous faites sur le conflit entre deux parents séparés qui se répercute sur la santé bucco-dentaire de l'enfant. Comme vous dites, parfois il faut rester à sa place de praticien et tenter de donner ce que l'on peut pour que l'enfant n'en fasse pas les frais.

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